LE ROY A L'AMBASSADEUR D'ANGLETERRE.
du XVIIe jour d'octobre 1570.—
Déclaration faite par le roi à l'ambassadeur d'Angleterre que c'est par son ordre que Mr de Vérac est passé en Écosse, et que des préparatifs se font en Bretagne pour secourir Marie Stuart.—Espoir que le traité entre la reine d'Angleterre et la reine d'Écosse sera bientôt conclu.
Monsieur l'ambassadeur, j'ay veu par vostre lettre, escripte du jour de hier, la remonstrance que vous aviés à me faire de la part de la Royne d'Angleterre, Madame ma bonne sœur. A quoy je vous diray que je suis bien fort aise de la vollonté qu'elle a de prendre une si bonne résollution sur les affaires de la Royne d'Escosse, ma sœur, et que, pour cest effaict, elle envoye le secrettaire Cecille et aultres ses ministres; mais, pour ce que je desire que cella soit accéléré, et qu'il y soit mis une prompte fin, je ne puis que je ne la prie ceste fois, pour toutes, et sans plus de remise ou longueur, ne voullant pas vous nier que je n'aye ci devant envoyé le sieur Vérac, dont vous faictes mention par vostre lettre, avec quelques gens et munitions, pour secourir Dombertrand, que j'entendois, lors, que l'on voulloit aller assiéger, et que, pour l'ancienne alliance qui est entre ce royaulme et celluy d'Escosse, et particullièrement, parce que la dicte Royne d'Escosse, ma sœur, me touche de si près, je ne sois délibéré de la secourir en ceste nécessité, et de procurer sa liberté par tous les moyens que Dieu a mis en ma puissance; ayant véritablement, selon cella, donné ordre de faire quelques préparatifs en Bretaigne pour cest effaict, sans voulloir toutesfois rien offenser ni altérer de la bonne amitié et intelligence qui est entre la dicte Royne, vostre Maistresse, et moy; qui mettray, de ma part, tousjours peyne de la nourrir et confirmer par tous les bons et honnestes moyens et déportements dont je me pourray aviser; m'asseurant que, de sa part, elle voudra faire le semblable, et que, ceste fois, elle faira parroistre à ma dicte bonne sœur, la Royne d'Escosse, que, quand il n'y auroit que l'instante prière que je luy en fais, qu'en cette faveur le traicté, que j'espère qui se faira bientost, sera si bien establi que dorsenavant ce sera une mutuelle amitié entre elles et moy, aussi comme, de ma part, je le desire bien fort. Et estant ce que je puis escrire pour le présent, je prieray Dieu, Monsieur l'ambassadeur, vous avoir en sa garde.
Escript à Escouen, le XVIIe jour d'octobre 1570.
Signé CHARLES; contresigné PINART.
Et dessus: à Monsieur de Noreys, ambassadeur de Madame ma bonne sœur, la Royne d'Angleterre.
LXII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.