Négociation concernant Marie Stuart.—Affermissement de la paix en France.—Communications faites au nom du roi d'Espagne.—Surveillance à exercer sur les négociations du duc d'Albe.—Discussion des articles relatifs à Marie Stuart.—Mission de Mr de L'Aubespine.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz deux despesches, des XVIe et XVIIe de ce présent moys[75], par vostre secrettaire, présent porteur; et ay veu par la première ce que contiennent en substance les articles présentés à la Royne d'Escosse, ma bonne sœur, par le secrettaire Cecille et Me Mildmay, députés de la part de la Royne d'Angleterre, leur Maistresse. J'ay aussy veu, par le mémoire et instruction qu'il a apporté avec icelle[76], en quelle opinion ils sont par delà de l'establissement et continuation de la paix que Dieu m'a faicte la grâce de remettre en mon royaulme; en quoy ils ne se trompent pas. Et vous prie les y conforter, aultant qu'il sera possible, les asseurant tousjours que je n'oublieray rien de ce que je penseray pouvoir profiter à la rendre perpétuelle, cognoissant combien c'est chose utille et nécessaire pour le bien de mes affaires et de mon dict royaulme; ayant esté fort aise d'entendre que, non seullement les Anglois, mais aussy tous ceux qui en avoient contraire opinion, croyent et voyent, par effaict, comme le dict establissement s'en faict si bien qu'il ne se pourroit mieux desirer.

J'ay bien considéré ce qui vous a esté dict sur ce propos par l'ambassadeur du Roy Catholique, Monsieur mon bon frère, et ce qu'il vous a discouru, en le continuant. Sur quoy, vous luy avés fort bien respondu et à la vérité, mesmes pour le regard des garnisons que j'ay renvoyées en Picardie et à Calais, ainsi qu'elles estoient auparavant les troubles, et aussy sur ce qu'il vous a discouru de la ligue d'entre le Pape, le Roy son Maistre, et les Vénitiens, contre le Turc, en laquelle il semble qu'il espère que l'Empereur pourra pareillement entrer.

J'attands, comme je vous ay escript par mes précédentes despesches, ce qui réhussira du différend d'entre la dicte Royne d'Angleterre et le duc d'Alve, lequel, ainsi qu'il est porté par vostre dict mémoire, entretient les dictz Anglois en telle opinion de l'amitié du Roy Catholique, son Maistre, qu'ils s'en tiennent asseurés. Mais je ne puis penser à quelle fin il a envoyé recognoistre quelque commode descente en Escosse; et sera bon que vous ayés tousjours l'œil ouvert affin que, s'il se faisoit quelque entreprinse de ce costé là, ou que le dict duc voullust entrer en traicté avec les dictz Escossois, que j'en sois incontinent adverty.

Et, quand à vostre seconde dépesche, j'ay veu la coppie des articles que m'avés envoyés, conformes à ce que vous m'en escrivés en substance par vostre première lettre; et si, j'ay aussy veu la responce que vous avés sur ce faicte, par forme d'advis, sur chascun article à l'évesque de Ross. En quoy vous avés très bien desduict mon intention, spéciallement sur le troisième article que vous avés pris comme il se debvoit prendre, pour la ligue qu'ils proposent de faire entre la Royne d'Angleterre et ma dicte sœur la Royne d'Escosse; car, si cella se faisoit ainsi, ce seroit du tout au préjudice de l'alliance qui est, de si longtemps, entre mon royaulme et celluy d'Escosse. Et, pour ce, se faudra conduire en cella ainsi qu'avés bien desduict par vostre dicte responce.

Mais vous n'avés pas assés expressément respondu au dict évesque de Ross sur le neufviesme article, en ce que, par icelluy, la dicte Royne d'Angleterre demande que la dicte Royne d'Escosse soit tenue de faire amener son fils en Angleterre comme ostage, devant qu'elle puisse estre mise en pleine liberté, vous priant luy faire bien entendre qu'il se garde d'accorder aulcune chose de cest article, n'y ayant point d'apparence en icelluy, car ils auroient tout ce qu'ils demandent, s'ils tenoient le dict Prince d'Escosse. Et ne fault point, soubz quelque coulleur que ce soit, qu'il soit mené en Angleterre, mais, au contraire, il fault que vous advertissiés soigneusement ceux du conseil et parti de la Royne d'Escosse qu'ils ne sauroient mieux faire que de tenir le dict Prince d'Escosse en leur païs: et leur remonstriés et persuadiés que, s'il en estoit hors, qu'il faudroit qu'ils fissent tout ce qui leur seroit possible pour le ravoir; car il n'y a plus de salut ni d'espérance de leur repos que par ce moyen.

Et, aussy, ne semble pas raysonnable que la Royne d'Escosse quitte aulcune chose des tiltres et prétentions qu'elle peut avoir au royaulme d'Angleterre, à tout le moins fault incister sur ce poinct, tant que faire se pourra, comme vous fairés entendre au dict évesque de Ross; auquel toutesfois vous remettrés, et à ceux du conseil de la Royne d'Escosse, de traicter et se laisser aller en cella, aultant qu'ils verront estre nécessaire pour accommoder les choses et faire un bon accord et traicté.

Quant au dousiesme article, il ne faut, pour responce à icelluy, que les déclarations en forme qui ont esté envoyées d'icy il y a quelque temps, signées et scellées, et mises ès mains de la Royne d'Angleterre[77], qui l'asseurent et esclaircissent assés pour ce regard.

Les aultres responces, que vous avés faictes au surplus, sont telles que j'eusse pu désirer. Et ne pense avoir autre chose à vous dire, sinon que ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et ceux de son conseil doivent plustost demander ostages que d'en bailler pour l'entrètenement de ce qui sera accordé, et moins encore de laisser aucunes places à la Royne d'Angleterre; comme vous avés bien sceu respondre au dict sieur évesque de Ross.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, vous aurés esté bien satisfaict par le secrettaire de L'Aubespine, que je vous ay naguères envoyé, sur le contenu en vos précédentes dépesches, et instruict de la responce, que j'ay faicte à l'ambassadeur de la dicte Royne d'Angleterre, sur la remonstrance qu'il m'a faicte de la part d'icelle. Attendant au retour du dict de L'Aubespine ce que vous aura dict la dicte Royne sur ce que je donnai charge au Sr de Walsingham luy dire, et que je vous ay escrit, despuis, luy faire doucement entendre; et aussy de ce qui se peut espérer de ceste négociation, pour laquelle je vous prie vous emploïer d'affection, et faire en sorte, par tous les moyens que vous pourrés trouver, qu'elle preigne bientost quelque bonne fin; donnant en cela toute l'assistance et confort qu'il vous sera possible à ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et à ceux de son conseil; et me tenés adverti, à chaque occasion, de ce qui se faira en la dicte négociation, afin que je vous puisse faire sçavoir mon intention là dessus. Sur ce, etc.