En 1676, le duc de Vivonne, assisté de Duquesne, lieutenant général de la marine, se rendit en Sicile. Il y trouva les Espagnols et les Hollandais réunis. Ceux-ci avaient pour commandant leur plus grand homme de guerre, l'amiral Ruyter.

Un premier combat, livré près de l'île de Stromboli, fut indécis; mais un second, livré près de Syracuse, fut une complète victoire pour les Français; Ruyter y fut tué. Enfin, Vivonne et Tourville, continuant leur course, atteignirent encore une fois, devant Palerme, les flottes ennemies et les écrasèrent. La France eut dès lors l'empire de la Méditerranée.

Les Hollandais avaient, cette même année, pris Cayenne et ravagé nos établissements des Antilles. Le vice-amiral d'Estrées, avec huit bâtiments, reprit Cayenne et détruisit, dans le port de Tobago, une escadre ennemie de dix vaisseaux. En 1678, d'Estrées enleva cette île, puis il traversa l'Atlantique et prit tous les comptoirs hollandais au Sénégal. Le pavillon français régna alors sur l'Atlantique comme sur la Méditerranée.

D'autres succès suivirent: Duquesne bombarda Alger en 1681 et 1684; Tripoli et Tunis éprouvèrent le même sort, et pendant quelque temps, la Méditerranée fut purgée des corsaires.

Dans l'intervalle, Duquesne avait bombardé Gênes, en 1684. En 1689, le convoi destiné pour l'Angleterre traversa la Manche, et le commandant Château-Renaud battit l'escadre anglaise à Bantry.

Tourville, avec 78 voiles, attaqua l'escadre ennemie sur les côtes de Sussex, et détruisit 18 vaisseaux près de Beachy Hood (10 juillet 1690). Alors la France eut l'empire de l'Océan, jusqu'au désastre de la Hogue, où Tourville, avec 40 vaisseaux, soutint le choc de 80 vaisseaux anglais et hollandais. Mais l'année suivante, cette défaite fut réparée, car en 1693, à la bataille de Lagos, Tourville anéantit les flottes anglaise et hollandaise, et saisit pour 80 millions de marchandises.

Pendant ce temps-là, Jean Bart avait fait connaître son habileté et son audace. En 1691, après de brillants exploits, il avait été nommé chef d'escadre dans la marine royale. Étant sorti de Dunkerque, malgré le blocus des Anglais, il brûla 80 vaisseaux ennemis, débarqua à New-Castle et revint avec un immense butin. En 1694, malgré tous les efforts des ennemis, il alla prendre un convoi de grains, et défit la flotte hollandaise, supérieure en nombre. C'est alors qu'ayant abordé le vaisseau amiral, il tua le commandant et enleva toute l'escadre.

Lorsque les jeunes Le Moyne eurent acquis la science compétente, il paraît qu'ils furent envoyés à Montréal, où le gouverneur méditait des entreprises considérables, comme nous le verrons bientôt.

Vers 1684, les Le Moyne retrouvèrent leur père avançant toujours en mérite et en considération; il n'avait que 50 ans. Ils revirent aussi leur sainte et admirable mère, riche en piété, on tendresse et en vertus: elle était entourée de douze enfants, dont quatre étaient déjà des hommes faits, et elle n'avait alors que 44 ans.

Montréal avait pris, pendant ce temps, un grand développement; la population était arrivée à 1,500 âmes; la ville était protégée par une milice dévouée et intrépide, et elle était environnée de remparts en palissades avec des bastions.