On était dans la plus grande incertitude, lorsque, dans le lointain, on entendit sur la côte sept ou huit coups de canon.

L'expédition vogua dans cette direction, aborda avec armes et bagages à l'embouchure de la rivière Kichichouane, que l'on n'avait pas aperçue d'abord. On parvint à un endroit où il y avait une sorte d'estrapade au haut de laquelle on plaçait une sentinelle pour signaler l'arrivée des vaisseaux. En ce moment, d'Iberville arriva avec Sainte-Hélène dans la chaloupe qui portait tous les pavillons de la compagnie de la baie d'Hudson. Iberville, avec son habileté ordinaire, avait su se diriger en droite ligne en partant du fort Rupert vers l'embouchure de la rivière Kichichouane que l'expédition avait eu tant de peine à rencontrer.

Aussitôt arrivé, Sainte-Hélène fut encore désigné pour reconnaître l'assiette de la place. Il revint bientôt et annonça que le fort était semblable aux deux autres. Il était sur une hauteur, à quarante pas du bord de l'eau, et environné d'un fossé en ruines.

Au centre d'une palissade, s'élevait une redoute de trente pieds de haut, à plusieurs étages, avec une plate-forme au-dessus; mais il y avait, de plus qu'aux autres forts, une artillerie considérable: quatre canons dans chaque bastion, et 25 ou 30 dans le corps principal, placés aux différents étages.

Le chevalier de Troyes, sachant que son arrivée avait été signalée, voulut procéder par voie de conciliation. Il envoya demander au gouverneur qu'il voulût bien lui remettre trois Français qui étaient détenus dans la place. Le gouverneur, qui ne savait pas à quels ennemis redoutables il avait affaire, ne voulut répondre que d'une manière évasive. Aussitôt le chevalier de Troyes décida de recourir à la force.

Il fit établir une batterie de dix canons de l'autre côté de la rivière, sur une hauteur, dans des buissons, et puis il attendit le soir. Alors, ayant reconnu avec sa longue-vue que le gouverneur s'était retiré, avec sa famille, dans sa chambre, qui était sur la façade, il démasqua sa batterie, et envoya une volée sur la table du gouverneur. Tout fut mis sens dessus dessous, mais il n'y eut heureusement personne de blessé.

L'on continua à tirer, et en moins de cinq quarts d'heure, on tira près de cent cinquante coups de canon, qui criblèrent tout le fort.

Les Canadiens, voyant que tout allait bien, se mirent a crier: Vive le roi! L'on entendit en même temps des voix sourdes qui semblaient sortir du soubassement du fort qui en faisaient autant: c'étaient les assiégés, qui s'étaient retirés dans les caves, et qui, ne voulant pas se risquer à aller sur la plate-forme pour amener le pavillon, avaient fait tous ensemble ce signal, pour faire connaître qu'ils voulaient se rendre.

Les Canadiens ne comprirent pas le sens de ces acclamations, et ils se préparèrent à renouveler l'attaque.

Ayant tiré tous leurs boulets, ils s'occupèrent à en faire de nouveaux avec leur moule, lorsqu'on entendit les tambours du fort qui battaient la chamade. Aussitôt on vit paraître un homme avec un pavillon blanc, qui s'embarquait dans une chaloupe.