Il rencontra d'abord le village des Bayagoulas, dont plusieurs habitants étaient venus le visiter au port de Biloxi; là il trouva le meilleur accueil.
Ensuite, il alla au site des Mahongoulas, où l'un des chefs lui vendit, pour une hache, une lettre de M. de Tonty, adressée à M. de La Salle, dans laquelle il lui disait qu'il était venu à son secours, et qu'il avait trouvé toutes les nations des rives du fleuve bien disposées pour les Français.
M. d'Iberville reconnut la vérité de ces dispositions et il continua sa course.
Le pays apparaissait dans toute sa beauté. «Les terres sont les plus belles que l'on puisse jamais voir; elles sont traversées par une infinité de belles et grandes rivières; elles sont couvertes de bois franc, comme chênes, ormes, noyers, de vignes d'une grosseur excessive; des prairies sans fin, les rivières couvertes de canards et d'oies sauvages; les arbres remplis d'oiseaux aux couleurs éclatantes, de perroquets, de geais, d'oiseaux-mouches de toutes sortes.»
Des légions de boeufs sauvages paissent par milliers à travers les prairies.
Voici quel était le plan de M. d'Iberville dans cette exploration. Il voulait choisir un site qui serait au centre des tribus indiennes, pour pouvoir facilement communiquer avec elles, et de plus, qui serait en communication directe avec la mer par l'une des branches du fleuve, de ces fourches dont M. de La Salle avait parlé dans ses relations.
Il trouva d'abord, à 40 lieues de l'embouchure, la nation des Pascomboulas, et au delà, il reconnut qu'il y avait une voie directe vers la mer par ces lacs immenses qui occupent la baie du Delta. Il explora ces lacs, et eu l'honneur des ministres du roi, appela le plus grand du nom de «Pontchartrain», il nomma l'autre «Maurepas».
En remontant, il rencontra une station où se trouvait un mat peint et décoré que les sauvages appelaient Bâton-Rouge. C'était un point de démarcation entre les terrains du chasse des Pascomboulas et de la nation suivante, les Oumas, dont M. d'Iberville voulut visiter le principal village.
Il arriva le 20 mars au village des Oumas. Des chefs l'attendaient sur le rivage avec le calumet de paix. Ils l'entourèrent, le mirent au milieu d'eux et le conduisirent au village en chantant et en dansant. «Arrivés au village, dit M. d'Iberville, nous nous sommes salués et embrassés. Il était une heure de l'après-midi.» Il fallut s'arrêter et recommencer à fumer, «ce qui me fatiguait beaucoup, n'ayant jamais fumé.»
Tout le village était rassemblé. Les tambours et les calebasses accompagnaient le chant, et il y eut plusieurs danses. Ce furent d'abord des danses militaires exécutées par des guerriers revêtus de fourrures, armés de pied on cap et portant sur la fête des mufles d'animaux de toutes sortes, fabriqués avec un rare talent d'imitation.