Celui-ci lui en accusa aussitôt réception. Il lui demanda de plus amples détails pour la satisfaction du roi, et en même temps il lui fit pressentir la nécessité d'un second voyage.

On destina aussitôt deux bâtiments, la Renommée, de 45 canons, et la Gironde, pour la nouvelle entreprise.

M. de Pontchartrain voyait que les oppositions ne manquaient pas, mais il savait que le roi ne voulait en tenir aucun compte.

Les gens de Montréal, parmi lesquels M. de Longueuil et M. Le Ber, les plus proches parents de M. d'Iberville, avaient écrit que l'occupation, du sud de l'Amérique pouvait nuire gravement aux établissements de la Nouvelle-France.

Le gouverneur de Saint-Domingue, de son côté, voyait avec ombrage cette nouvelle expédition; il pensait que ce serait une disgrâce pour les possessions françaises aux Antilles.

Il disait, dans ses lettres, qu'on allait susciter l'agression des Espagnols. Suivant lui, ils pouvaient mettre 100,000 hommes sur pied et soulever les sauvages, qui étaient au nombre de plusieurs millions, disait-il. «Je crois, ajoutait-il, que M. d'Iberville est un très honnête homme, et bien intentionné, mais il faut se défier de son esprit d'entreprise.»

De plus, des officiers supérieurs de la marine, prévenus contre les succès d'un officier canadien, répandaient le bruit «qu'il ne réussirait pas mieux que La Salle; que son expédition avait été mal menée parce qu'il avait fait trop de retards; qu'il n'avait pas su ménager ses provisions, etc., etc.; enfin qu'il fallait appréhender que les 80 hommes placés à Biloxi ne fussent exposés au même sort que les gens de La Salle.»

M. de Pontchartrain, voulant être à même d'éclairer le roi sur ces objections, demanda à M. d'Iberville de faire un mémoire sur l'importance de son établissement.

M. d'Iberville répondit aussitôt par un factum d'une dizaine de pages. Il avait déjà exposé les avantages que le Canada retirerait de cette entreprise, qui donnerait les moyens de communiquer avec toute l'Amérique centrale par le Mississipi, où les Canadiens avaient déjà des stations importantes. Il montrait ensuite la possibilité de se saisir du Mexique, où se trouvaient des trésors; enfin il affirmait la nécessité d'arrêter l'extension continuelle des Anglais, «déjà trop puissants».

Ensuite M. d'Iberville énumérait les sites occupés par les Espagnols sur le golfe du Mexique, et leur peu de valeur, puis il signalait les conditions favorables pour le commerce des pelleteries et des autres produits.