—Ce duo-là fait longueur, il y a trop de musique dans cet acte.

—Certainement, répond Boïeldieu, je n'y tiens pas du tout, coupons-le.

—Mais nous y tenons beaucoup, nous, reprennent ensemble Ponchard et madame Boulanger.

Et c'est sur leurs instances que fut conservé ce petit diamant. La répétition avait paru si satisfaisante, que Pixérécourt décida qu'elle serait l'avant-dernière, et que la pièce serait jouée le surlendemain.

—Mais c'est impossible, s'écria Boïeldieu, je n'ai pas commencé mon ouverture, et je n'aurai jamais le temps de la faire si vite.

—Cela ne me regarde pas, reprit Pixérécourt, on se passera d'ouverture, s'il le faut; mais la pièce est prête, et le traité est formel, on jouera la Dame blanche après-demain.

—Ah! mes enfants, nous dit Boïeidieu, à Labarre et à moi, ne me quittez pas, je suis un homme perdu; je ne peux pas laisser un ouvrage de cette importance sans ouverture, et sans vous je n'en viendrai jamais à bout.

Nous suivons Boïeidieu chez lui; il nous avait déjà essayés, Labarre et moi, dans quelques travaux qu'ils nous avait confiés; c'est ainsi que toute la ritournelle finale du trio du premier acte avait été écrite en entier par Labarre, et que j'avais été chargé de l'instrumentation du début du finale du second acte. Boïeldieu pouvait donc compter sur nous jusqu'à un certain point, mais il avait voulu revoir notre travail, et quoiqu'il en eût été satisfait, sa confiance n'était pas assez grande pour nous abandonner sans contrôle la responsabilité de son ouverture. Voici comment la besogne fut partagée: il prit pour lui l'introduction, puis nous fîmes à nous trois le plan de l'allegro. On choisit d'abord les motifs.

Labarre proposa et fit adopter comme premier thème un des airs anglais qu'il avait donnés et qui était déjà employé dans le premier chœur; je proposai pour second thème de prendre en allegro le motif andante du trio Je n'y puis rien comprendre, et un petit crescendo qui ne fut pas accueilli très-favorablement comme trop rossinien. Pour la coda finale, Boïeldieu nous indiqua un de ses opéras faits en Russie, Télémaque, dans lequel nous devions trouver les éléments de la péroraison. Les rôles furent donc distribués de telle sorte, que Labarre devait écrire toute la première partie et moi la seconde, où il y avait le retour des motifs, et par conséquent moins de travail. Nous écrivions à une même table.

A onze heures Boïeldieu avait presque fini son introduction: je ne sais trop quel genre d'affaire Labarre pouvait avoir à une pareille heure, mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'il me poussa en me disant tout bas: