—Eh! qui donc?

—Parbleu, c'est le roi. Il raffole de vieille musique, et, à vrai dire, je crois qu'il n'aime que celle-là, et que ce n'est que par pure bonté et par politesse qu'il veut bien quelquefois me complimenter sur la mienne. Vous-même l'avez éprouvé, car ce qu'il apprécie le plus de tout ce que vous avez fait, ce sont vos arrangements de Richard et du Déserteur qu'il vous avait demandés.

—Eh bien! quelle difficulté y a-t-il à ce que j'arrange la musique de Rameau comme j'ai arrangé celle de Grétry et de Monsigny?

—Vraiment, vous m'arrangeriez cela pour mes concerts de la cour?

—Mais bien certainement.

—Et huit jours après je portais à Auber le chœur: Brisons nos fers, et l'air: Dans ces doux asiles, arrangés pour les voix et pour l'orchestre. Cela fut exécuté la semaine suivante chez Louis-Philippe, et,—je dois le dire,—à sa grande satisfaction.

Après 1848, M. Girard, qui avait été chef d'orchestre des concerts du roi et qui l'était et l'est encore de la société des concerts, eut l'idée d'y faire exécuter le morceau que j'avais arrangé. Mais il en supprima la première partie, celle qui se composait du chœur: Brisons tous nos fers, et ne conserva que l'air: Dans ces doux asiles. Dans la partition de Rameau, ce menuet était d'abord exécuté par l'orchestre, puis chanté par une voix seule: ce que j'ai ajouté est la reprise en chœur. L'orchestration n'est pas celle de Rameau, c'est celle que j'ai calquée sur la réduction au clavecin de la partition gravée, mais l'harmonie très-élégante de cette orchestration, ainsi que celle du chœur, est bien celle indiquée par la réduction.

Je n'analyserai pas ce délicieux morceau que tous les amateurs ont entendu et applaudi aux concerts du Conservatoire, mais je dois dire qu'il n'est pas le seul de l'œuvre de Rameau qui soit digne de la réhabilitation que j'ai été assez heureux pour lui procurer, et que plus d'une mélodie de cet homme célèbre peut prouver combien son génie se produisait sous les aspects les plus variés. Je ne poursuivrai pas plus loin l'examen des opéras de Rameau: cette tâche est trop ingrate. D'ailleurs ces appréciations sont sans intérêt pour ceux qui ne connaissent pas ces ouvrages et complétement inutiles pour le petit nombre de ceux qui ont eu la patiente curiosité de les compulser. Je me contenterai de compléter la liste de ses productions dramatiques.

Après Castor et Pollux, il fit successivement représenter: les Talents lyriques, 1739; Dardanus, 1739; les Fêtes de Polymnie, 1745; les intermèdes de la Princesse de Navarre, comédie, 1745; le Temple de la gloire, 1745. C'est dans cet ouvrage que la clarinette fut employée pour la première fois au théâtre. L'ouverture est fort originale et est censée représenter l'effet d'un feu d'artifice. Les Fêtes de l'Hymen et de l'Amour, 1747; Zaïs, 1748; Pygmalion, 1748; Naïs, 1749; Platée, 1749; Zoroastre, 1749; Acante et Céphise, 1751; la Guirlande, 1751; Daphnis et Eglé, 1753; Lysis et Délie, 1753; la Naissance d'Osiris, 1754; Anacréon, 1754; Zéphyr, Nélée et Myrtis, Io, le Retour d'Astrée, 1757; les Méprises de l'Amour, 1752; les Sybarites, 1760. Parmi ces ouvrages, quelques-uns ne sont que des sortes de divertissements en un acte; plusieurs renferment de charmants détails; mais on ne peut guère compter comme œuvres sérieuses que Dardanus et Zoroastre.

Cette multiplicité de petits ouvrages dénotent que l'opéra français était alors à son déclin. La guerre des Bouffons, en 1745; l'apparition du Devin du Village, presque à la même époque, avaient porté un coup mortel aux grands opéras, qu'on commençait à avoir le courage d'avouer très-ennuyeux. De là cette suite de petits opéras ballets en un acte, qui avaient au moins l'avantage d'ennuyer moins longtemps. Cependant, après la guerre des Bouffons, on fit (en 1750) une reprise de Castor et Pollux qui eut un succès immense.