Voilà le premier mot que m'adressa Cherubini.
Je me sauvai bien vite, le cœur bien gros, car une illusion était déjà perdue pour moi.
Je fus triste toute la semaine, Cherubini m'avait paru si maigre, si petit!
Mais le dimanche suivant, mon père me mena au Conservatoire: on y exécutait une messe de Cherubini; il redevint aussi grand dans mon esprit qu'avant notre entrevue.
Nous avons laissé Méhul derrière son paravent, cherchant à apercevoir Gluck, assis devant son clavecin, sa forte tête soutenue par une de ses mains, et gesticulant de l'autre, ayant l'air de déclamer des vers placés sur son pupitre.
Il achevait son quatrième acte d'Iphigénie en Tauride. Il en était à la grande scène du dénouement, un peu avant l'intervention de la déesse, lorsque Thoas, irrité des refus d'Iphigénie, veut lui-même immoler la prêtresse et la victime.
Gluck cherchait en ce moment à se rendre compte de l'effet de la scène et de la position des acteurs et des groupes, car sa musique, si fortement dessinée, si puissamment sentie, ne pouvait être composée qu'en ayant sous les yeux les acteurs chargés de l'exécuter.
Méhul maudissait l'immobilité du compositeur, dont la position ne lui laissait voir que le dos.
Tout à coup le musicien se retourne, et Méhul put alors le contempler à son aise.
Gluck avait alors soixante-cinq ans, il était d'une grande taille, que son embonpoint rendait encore plus imposante. Sa tête était belle, quoiqu'elle fût fortement gravée de la petite vérole, non pas de cette beauté qui fait dire aux femmes: