—Il y a du vrai dans ce que vous me dites là, dit madame de Tencin, qui n'avait pas été insensible aux flatteries de la comédienne; mais comment décider la Popelinière à vous donner son nom? Il est probable que vous n'avez pas négligé les moyens qui étaient en votre pouvoir; quels sont ceux que je puis employer?

—Ah! si vous vouliez bien! soupira mademoiselle Dancourt en s'essuyant les yeux.

—Voyons, mettez-moi sur la voie, dit avec empressement madame de Tencin.

—Eh bien! poursuivit la comédienne, vous êtes toute-puissante auprès du cardinal. Le bail de ferme touche à sa fin; M. de la Popelinière va en demander le renouvellement; il faut qu'on le lui refuse et que son mariage avec moi soit la condition du renouvellement.

Madame de Tencin réfléchit un instant.

—Mon enfant, reprit-elle bientôt, laissez-moi faire: séchez vos beaux yeux qui sont destinés à faire couler les larmes et non à en verser eux-mêmes; dans un mois vous serez madame de la Popelinière, c'est moi qui vous en réponds. Sous peu de jours le financier aura de mes nouvelles.

—Ah! vous êtes mon ange sauveur, s'écria la comédienne en se jetant dans les bras de son amie.

Un traité d'alliance fut à l'instant conclu entre les deux conjurées: le salon de madame de la Popelinière deviendrait celui de madame de Tencin; toute sa petite coterie philosophique y serait admise de droit, c'était un magnifique triomphe que toutes deux allaient se préparer, et l'effet ne tarda pas à suivre les préliminaires du complot.

M. de la Popelinière fut mandé chez le cardinal à qui on l'avait dépeint comme un homme immoral et débauché ayant abusé de l'innocence d'une naïve jeune fille et ne pouvant remédier au mal qu'il avait fait que par une réparation éclatante. M. de la Popelinière pensa tomber de son haut lorsque le ministre lui eut dévoilé toute l'horreur de sa conduite.

—Mais, Monseigneur, se hâta-t-il de dire, Votre Éminence a été induite en erreur sur mon compte.