—Non pas, vraiment, reprit vivement Blasius, un opéra comme celui-ci mérite d'avoir une ouverture toute neuve, et qui n'ait jamais servi.
Puis, se tournant vers ses musiciens, et sans consulter le compositeur: Mes amis, à demain à midi pour répéter la belle ouverture que vous apportera mon ami Berton. Il n'y avait pas à reculer, on avait promis en son nom. Berton devait avoir fait son ouverture, et la donner toute copiée le lendemain. Il avait la nuit devant lui. Ses élèves, Pradher, Lafont, Bertheaux, Courtin, Gustave Dugazon et Quinebaut lui promirent de venir chez lui le lendemain, à quatre heures du matin, escortés de deux copistes du théâtre, pour transcrire sa partition sur les parties d'orchestre.
En rentrant chez lui, Berton trouva installé Deslauriers, le marchand de papier, dont il avait obtenu à si grand'peine les trois cahiers réglés à vingt-huit portées.
—Ah! citoyen, lui dit le marchand, je sors de votre répétition, et je suis dans l'enthousiasme; c'est superbe, admirable, et je ne puis mieux vous prouver mon admiration qu'en vous offrant de vous acheter votre partition.
L'offre était tentante pour qui ne possédait rien, Berton pensa à devenir fou de joie, quand Deslauriers lui offrit la somme magnifique de 1,000 francs.
—En argent? dit le compositeur.
—En argent et en papier, répondit le marchand.
—Ah! pour du papier, personne n'en veut plus, et je n'en accepterai pas.
—Oui, le papier du gouvernement, celui-là ne vaut rien; mais le vôtre et le mien, c'est bien différent.
—Comment? je ne comprends pas.