Cherubini tenta encore deux fois la carrière théâtrale.
En 1831, il composa, dans la marquise de Brinvilliers, une introduction remarquable par une vigueur et une verve toute juvéniles.
Enfin, en 1833, il fit représenter, à l'Opéra, Ali-Baba, ouvrage en quatre actes, où il replaça quelques morceaux de Koucourgi, qu'il n'avait point utilisés dans Faniska.
On remarqua dans cet opéra un admirable trio de dormeurs, et plusieurs autres morceaux d'un grand mérite qui ne purent triompher de la froideur du poëme. Cherubini avait alors 74 ans.
Quand même cet ouvrage n'eût pas eu tout le mérite qu'il renfermait, peut-être le public eût-il dû se montrer moins sévère; mais il y a longtemps qu'on a dit pour la première fois cette grande vérité: «Ingrat public!»
L'Allemagne vengea Cherubini de la froideur de la France. Ali-Baba eut un grand succès, et il est encore au répertoire de plusieurs grandes villes d'Outre-Rhin.
En 1835, quelques difficultés s'élevèrent à la mort de Boïeldieu pour l'exécution du grand Requiem de Cherubini, où se trouvent des voix de femmes que l'autorité ecclésiastique ne veut pas admettre dans les églises.
Cherubini entreprit alors de composer un nouveau Requiem pour voix d'hommes et il le publia en 1836; il était alors âgé de 76 ans. Ce fut son dernier ouvrage. Quoique inférieure au premier Requiem, cette composition renferme des parties extrêmement remarquables. Cette messe a déjà été exécutée plusieurs fois—elle vient de l'être pour les funérailles de l'auteur.—Dans cette notice nous n'avons pu qu'indiquer les titres des ouvrages de Cherubini, sans que l'espace nous permît une appréciation raisonnée de son double talent de compositeur dramatique et religieux; qu'il nous soit permis seulement, sans nous étendre davantage, de rappeler ses titres à la reconnaissance publique comme professeur de composition, dont il n'a cessé de donner des leçons depuis 1795 jusqu'en 1822, où ses fonctions de directeur durent le faire renoncer au professorat.
Parmi ses élèves, contentons-nous de citer Boïeldieu, Auber, Carafa, Halevy, Leborne, Batton, Zimmermann[3] et Kuhn. De tels noms sont un trop grand éloge, pour que nous nous attachions un moment de plus à relever ses titres comme professeur.
[3] M. Zimmermann, quoique plus connu comme professeur de piano, est un de nos plus habiles contrapuntistes.