JOLLIVET, s'asseyant. Ma foi, il fait trop chaud par là, je reste ici. (Blount s'assied de l'autre côté, tire son carnet et se met à écrire.) Permettez-moi, monsieur Blount, de risquer une phrase toute française! "Cette petite fête est vraiment charmante."

BLOUNT, froidement. J'avais déjà télégraphié: "splendide," aux lecteurs du Morning-Post.

JOLLIVET. Très bien. Mais, au milieu de cette splendeur, il y a un point noir. On parle tout bas d'un soulèvement tartare qui menace les provinces sibériennes!… Aussi ai-je cru devoir écrire à ma cousine…

BLOUNT, froidement. Cousine… Ah!… c'est avec son cousine… que M. Jollivet correspondait?

JOLLIVET. Oui, monsieur Blount, oui!… Vous correspondez avec votre journal, moi avec ma cousine Madeleine! C'est plus galant! Or, elle aime à être informée vite et bien, ma cousine! J'ai donc cru devoir lui marquer que, pendant cette fête, une sorte de nuage avait obscurci le front du gouverneur!…

BLOUNT.
Il avait une front rayonnante, au contraire!

JOLLIVET, riant. Et vous l'avez fait rayonner dans les colonnes du Morning-Post?

BLOUNT. Ce que je télégraphie intéresse mon journal et moi, seulement, mister Jollivet.

JOLLIVET. Votre journal et vous seulement, monsieur Blount. Eh bien, mais c'est avouer alors que cela n'intéresse guère vos lecteurs!

BLOUNT, furieux.
Mister Jollivet!