NADIA. Monsieur… Je vais rejoindre mon père à Irkoutsk!… Il m'attend!… Chaque jour de retard, c'est un jour de douleur pour lui!… Il me sait partie!… Il peut me croire perdue, dans ce pays soulevé, au milieu de l'invasion tartare!… Laissez-moi passer, je vous en conjure!… Que peut faire au gouverneur qu'une pauvre fille comme moi se jette dans la steppe!… Si j'étais partie, il y a une heure, personne ne m'eût arrêtée!… Par pitié, monsieur, par pitié!
LE MAITRE DE POLICE. Prières inutiles. L'ordre est formel. (Aux Cosaques.) Placez-vous à l'entrée de la route, et, à moins d'un permis spécial, que personne ne passe.
NADIA, se traînant à ses pieds. Monsieur!… monsieur!… Je vous en conjure, à mains jointes et à genoux, ayez pitié!… Ne nous condamnez pas, mon père et moi, à mourir désespérés et si loin l'un de l'autre!…
BLOUNT.
Oh! j'étais très émou…
(A ce moment, Strogoff sort de la maison de police.)
SCENE X.
LES MEMES, STROGOFF.
STROGOFF, allant à Nadia. Pourquoi ces supplications et ces larmes, Nadia?… Qu'importe que ton passeport soit valable ou non,… puisque nous avons le mien qui est en règle.
NADIA, à part.
Que dit-il?
STROGOFF, montrant son permis au maître de police. Et personne, entendez-vous, personne n'a le droit de nous empêcher de partir!