— Laissez-moi tranquille, Messieurs, je n'ai pas de compte à vous rendre.

Ainsi la police même était en désarroi, la garde acquise au général. On savait que la garnison ne jurait que par lui. Enfin le bruit courait que les ministres, pris de panique, faisaient leurs malles pour décamper en tapinois et se réfugier dans des cachettes préparées d'avance où ils espéraient se dérober au premier feu des représailles.

Donc le régime se démantibulait, croulait dans son ignominie.
Toutes les chances étaient pour Boulanger.

Hélas! il allait manquer à sa fortune.

Vers onze heures, on connut le résultat définitif: Paris avait élu le général à plus de quatre-vingt mille voix de majorité.

Aussitôt une immense clameur tonna depuis la Madeleine jusqu'à l'extrémité des boulevards: Vive Boulanger!

Et tout de suite après, le cri qui dictait son devoir au général:
— À l'Élysée! À l'Élysée!

Dans le salon de Durand, les amis de Boulanger le pressaient d'obéir à la volonté populaire. Déroulède se montrait le plus éloquent. Mais l'élu hésitait, se dérobait, multipliait les arguties, parlait d'illégalité. Pourtant il fallait prendre un parti. Il déclara qu'il voulait s'isoler dans un cabinet adjacent pour réfléchir.

Or, dans ce cabinet, il y avait Mme de Bonnemain. Que lui dit- elle? Sans doute quelque chose dans le genre: — Ah! mon Georges, si tu descends dans la rue, tu cours le risque d'attraper un mauvais coup. Si tu m'aimes, tu n'écouteras pas tous ces exaltés.

— Tu as raison, ma chérie, dût-il répondre.