Je revins à moi: le malaise physique était dissipé. Mais je me sentais comme un voile sur l'esprit: ma volonté avait disparu. J'étais sur le point de devenir une sorte d'automate docile à toutes les suggestions. Et pourtant je ne sais quelle voix presque étouffée ne cessait de chuchoter au-dedans de moi: — Prends garde! Prends garde!
Guaita tira mon fauteuil contre le bureau et me mit sous les yeux un album richement relié. Il l'ouvrit; je vis défiler une suite de planches, d'une exécution d'art exquise, et qui représentaient… je ne veux pas dire quoi.
Pour les érudits, je les comparerai aux priapées du musée secret de Naples.
De Guaita les commentait d'une voix stridente et mêlait parfois des saillies blasphématoires à sa glose.
Mais voici que, loin de me stimuler, ces ordures élégantes me causaient de la répulsion. Je ne pouvais pas la formuler, car j'étais plongé dans une sorte d'hébétude. Puis cette sensation de froid intense, ressentie déjà lors de ma première visite, m'éprouva de nouveau. Je grelottais comme si j'étais dans un bain de glace…
— Je gèle, je gèle, m'écriai-je, en repoussant l'album.
Guaita laissa échapper une exclamation d'impatience. Cet incident parut le déconcerter: on aurait dit qu'il s'attendait à un résultat très différent.
— Couchez-vous un quart d'heure, me dit-il d'une voix brève.
Il m'étendit sur le divan, me glissa un coussin sous la tête, jeta une fourrure sur mon corps et m'en enveloppa soigneusement. Je me laissais faire comme un enfant; j'étais incapable de vouloir et presque de penser.
L'occultiste s'assit à son bureau et se mit à écrire, ne s'interrompant, de temps à autre, que pour me lancer des regards plutôt malveillants.