« On donnait, dit-il, le Chiffonnier de Paris, pièce assez insignifiante et qui n’a rien de très empoignant. Mais c’était la salle que je considérais. On se sent chez soi ; on y est venu sans cérémonie, en vêtements de travail. Les femmes sont en cheveux ; les hommes restent couverts, contrairement à ce qui se passe ailleurs. Mais tout cela est gai, d’une gaîté franche et qu’aucune étiquette ne contraint. »
Peu après, il passa son baccalauréat et résolut de se faire médecin. « Cette carrière le séduisait par cette possibilité indéfinie de dévouement qu’il y entrevoyait. Il estimait qu’après celle du prêtre, c’était la plus belle qu’on pût choisir. »
Tandis qu’il commençait ses études pour le P. C. N., l’idée grandissait en lui de donner une part de son existence à l’éducation chrétienne de la classe ouvrière. Et justement, à cette époque il découvrit le Sillon.
Pour un esprit qui aspire à se donner, pour un adolescent sans expérience et en qui l’enthousiasme du sacrifice déborde, le socialisme, à première vue, offre par ses parades d’équité bien des aspects séduisants. Mais, comme en réalité, c’est une doctrine brutalement matérialiste et que le sophisme égalitaire mène ses adeptes à la haine, à l’envie et au goût de la violence, on doit conclure que l’arbre est mauvais et ne peut donner que des fruits détestables. L’erreur du Sillon fut de tenter une conciliation entre ces théories destructives et le principe chrétien. Il y avait en outre, chez certains Sillonnistes, une tendance anarchique plus ou moins consciente ; et de là leur condamnation par Pie X.
Louis Peyrot se sourit sans faire de restrictions. Il écrivait à un ami :
« Il faut bien reconnaître que le Sillon avait des torts. L’équivoque créée par notre volonté de faire œuvre éducatrice, tout en restant indépendants de l’Église, a fait tout le mal… Nous n’avons qu’à obéir, car le Pape est seul juge de la tactique générale suivant laquelle il veut utiliser ses troupes… »
Et plus loin :
« Je ne pense pas que tu sois de ceux qui ont pensé que la soumission du Sillon prouvait que les catholiques mettent leur respect de l’autorité au-dessus de leur conscience. Les journaux protestants ne se font pas faute de répéter ce sophisme. Mais nous croyons que le Pape a sur les questions de foi et de morale une compétence renforcée par des grâces uniques ; d’où notre confiance dans ses directions. »
Cette droiture dans l’obéissance, ce respect des décisions pontificales, cette rentrée dans la discipline — qui constitue l’une des plus grandes forces de l’Église — valurent à Peyrot un redoublement d’énergie pour l’accomplissement du devoir chrétien. Il en eut la conscience très nette.
« L’essentiel, disait-il, est de suivre la voie où le Seigneur nous appelle. Il ne peut vouloir que notre bien. Nous sommes donc certains, en aimant Dieu, de nous aimer nous-mêmes. Je veux dire : nous sommes certains en obéissant rigoureusement à Dieu, de travailler à notre bonheur. Notre bonheur, c’est de vouloir ce qu’il veut, de haïr ce qui est opposé à ses desseins. »