[10] Voir G. Lenotre : Vieilles maisons, vieux papiers, 2e série, page 344.


L’année de noviciat permit à Camille d’avancer allégrement dans ce chemin de la perfection dont sainte Térèse a si admirablement marqué les étapes. Le 18 août 1785, elle prononça ses vœux solennels. Et maintenant, dans cette clôture d’où il paraissait assuré qu’elle ne sortirait jamais plus, elle goûtait cette joie dont les mondains ne peuvent soupçonner les douceurs : vivre dans le renoncement à soi-même, dans la pénitence pour les péchés d’autrui, dans une radieuse union avec Jésus-Rédempteur.

Il ne fallait pas moins que l’atmosphère surnaturelle où son âme baignait de la sorte pour que sa santé délicate supportât les rigueurs de la règle. Même les détails de la vie quotidienne lui demandaient un effort sans cesse renouvelé. Par exemple, chaque matin, au moment de revêtir la lourde robe de bure, elle devait la suspendre à un clou et se placer dessous pour s’y introduire car son peu de forces physiques ne lui aurait pas permis de la soulever. Afin, dit-elle, de développer ses muscles, elle demanda d’être appliquée aux travaux pénibles. On le lui permit ; et, dès lors, elle se donna les tâches d’une femme de peine. Elle monta au grenier des corbeilles remplies de linge ; elle fendit du bois, tira de l’eau du puits, arrosa le jardin. Quant à la couture, elle n’y réussit guère. Elle a dit plus tard, racontant à des novices ses débuts dans la vie religieuse : « Fort peu habile, j’en accusais la raideur de mes doigts. Je redoublais d’énergie mais je n’ai jamais réussi qu’à constater mes maladresses. »

Entre temps, suivant la tradition du Carmel, elle composait de petits cantiques qu’elle chantait à la récréation ou dont elle méditait les vers aux heures d’oraison. En la dernière strophe d’un de ces naïfs poèmes, elle a fort bien résumé l’esprit de son ordre :

N’écoutant plus, Seigneur, que ta tendresse,

Tu viens à moi, qui ne suis que faiblesse :

Puisque l’amour devient notre aliment,

Vivons d’amour et mourons en aimant.

C’est ainsi qu’elle vivait toute à Dieu, toute en Dieu, lorsqu’éclata la tempête qui la rejeta dans le monde de la façon la plus douloureuse.