— Te sied-il, me dit-elle, de blâmer tous ces inquiets qui souffrent à cause de leur âme infidèle à Dieu ? Toi, qu’as-tu fait pour mériter qu’une goutte de ce Sang qui va se perdre dans l’ombre rafraîchisse ton front ?

Elle a raison la voix !… Je ne me suis pas mêlé aux hommes de la ville. J’ai bâti ma demeure dans la solitude de l’un des ravins qui sillonnent les flancs du Calvaire. Mais là, j’ai gaspillé des jours à la suite, à caresser les rêveries infécondes qu’engendrait ma paresse. Je fus le serviteur inutile dont la négligence laissa des poussières sordides s’accumuler dans mon âme où Jésus vint hier, où je voudrais tant qu’il revienne encore. Si la maison n’est pas nette pour le recevoir de nouveau, c’est ma faute, c’est ma très grande faute. J’ai péché par omission. Que pourrais-je reprocher aux autres puisque, par moi autant que par eux, Jésus saigne, puisque je les aide à rendre plus creuse la plaie de son Cœur ?

Pour qu’Il me pardonne une fois de plus, pour qu’Il me reçoive à merci, j’oserai me joindre à la procession bienheureuse qui monte, tous les matins, au Calvaire afin de souffrir avec Lui.

Sainte Vierge, toi dont les sept glaives de mes pires péchés percèrent le sein, toi qui jadis m’as conduit à mon Sauveur, fais que, cessant d’appuyer sur la poignée de ces armes iniques, ma main saisisse un pan de ta robe et qu’elle s’y cramponne comme la main d’un enfant à peine sevré au tablier de sa mère. Ainsi soutenu, j’apprendrai à parcourir, à ta suite, la voie douloureuse.

Saint Michel archange, qu’un revers de ton épée flamboyante écarte les démons qui s’efforcent d’arracher mes doigts de cette robe tutélaire.

Saint Jean-Baptiste, redresse, dirige en ligne droite vers Jésus, les sentiers aux mille replis nonchalants où je me suis trop longtemps attardé.

Saint Pierre, si je rentrais, d’un vouloir pervers, dans la geôle de mon péché, prie l’ange qui te délivra de la tienne de briser mes chaînes et de m’ouvrir la porte vers la Lumière.

Saint Paul, rappelle-moi, sans trêve, qu’il me faut être fou au regard du monde pour être sage au regard de Jésus.

Viens aussi, Sainte Madeleine. Donne-moi le vase d’où ton repentir s’épancha, en flots odorants avec tes larmes, sur les pieds de Jésus… Mais non, je suis indigne d’une telle faveur. Eh bien, laisse-moi t’accompagner au jardin de la Résurrection. Que je m’y écrie avec toi : — Voici le Maître !…

Et toi, Bon Larron que je prie tous les jours, apprends-moi charitablement à répéter : — Seigneur, souvenez-vous de moi dans votre royaume, souvenez-vous de ma détresse lorsque je brigandais au désert parmi ceux qui vous haïssent…