Maintenant, voici qu’ils l’aiment, voici qu’ils sentent que nul ne saurait, au même degré que ce vilain petit Juif, les maintenir hors des ténèbres du paganisme, les ouvrir au soleil de la Grâce.
L’apôtre n’eut pas toujours à lutter, comme à Corinthe, contre la malice humaine. Les bons Galates, l’aimèrent tout de suite et le plaignirent à cause de ce mal qui, parfois le rendait presque aveugle. Aussi, avec une gratitude émouvante, il leur écrit : « Je témoigne que, s’il eût été possible, vous vous seriez arraché les yeux pour me les donner. »
Mais pour que Paul ne s’attribue point le mérite de ses victoires sur le démon, son Maître lui inflige une épreuve si humiliante qu’il frémit rien qu’à en évoquer les tourments. « L’aiguillon de la chair » c’est-à-dire son tempérament sensuel ne cesse de le solliciter, d’obséder son imagination de prestiges voluptueux, tandis que son âme, imprégnée des chastes lumières que Jésus prodigue à ses biens-aimés, plane bien au-dessus des marécages de la basse luxure. Quoi, il obéit passionnément à sa vocation d’assainir les mœurs immondes des païens vers qui Jésus l’envoya, il lave, il revêt de blanches tuniques tous ces impurs et voici que lui-même subit, avec une horreur indicible, les tentations dont il vient de les libérer !
Avec quels accents pathétiques il s’en lamente ! Il s’écrie : « Je me plais dans la loi de Dieu selon l’homme intérieur, mais je sens dans mon corps une autre loi qui lutte contre la loi de mon âme… Malheureux homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort ? »
Jamais il ne put s’accoutumer à cette torture permanente et qui redoublait d’acuité chaque fois qu’il venait de fonder une nouvelle église. Vingt ans après le chemin de Damas, il écrit : « De crainte que la grandeur de la révélation que j’ai reçue ne m’inspire de l’orgueil, il m’a été envoyé un ange de Satan qui me soufflète. Trois fois, j’ai supplié le Seigneur de m’en délivrer, Mais le Seigneur m’a répondu : Ma grâce te suffit car ma puissance éclate mieux dans ta faiblesse. »
Alors Paul se résigne ; il accepte que la pointe de l’aiguillon qu’il détourne de ses enfants en Jésus, ne s’émousse jamais pour lui-même et il ajoute : « C’est pourquoi je me complais dans mes faiblesses, dans les outrages, dans l’indigence, dans les angoisses de l’âme pour le Christ puisque quand je suis faible, c’est alors que je suis fort. »
Incomparable leçon d’humilité ! Les Saints sont forts parce qu’ils sentent leur faiblesse, parce qu’ils abritent leur volonté dans la volonté de Jésus. Nous, au contraire, nous nous éprenons de notre propre volonté ; en cent occasions, nous la suivons avec une confiance dérisoire. Nous appelons force notre faiblesse. C’est pour cela que nous piétinons si souvent sur place aux étapes du chemin qui mène en Paradis.
Maintenant, voici le passage de la lettre aux Corinthiens où Paul, informé des dissensions qui menacent d’abolir en eux les dons du Saint-Esprit, leur définit la vertu sans laquelle nulle pensée, nulle parole, aucune œuvre ne comptent devant Jésus. C’est la charité, l’amour de Dieu avec sa conséquence nécessaire : l’amour des âmes.
Les phrases où l’apôtre nous en avertit sont pareilles à des flèches de feu qu’il décoche à nos cœurs pour y allumer l’incendie dont lui-même il se consume.