«Les évêques et les révolutionnaires s'agitèrent et intriguèrent, les uns pour faire prêter le serment, les autres pour empêcher qu'on ne le prêtât. Les deux partis sentaient l'influence qu'aurait dans les provinces la conduite que tiendraient les ecclésiastiques de l'assemblée. Les évêques se rapprochèrent de leurs curés; les dévots et les dévotes se mirent en mouvement. Toutes les conversations ne roulèrent plus que sur le serment du clergé. On eût dit que le destin de la France et le sort de tous les Français dépendaient de sa prestation ou de sa non-prestation. Les hommes les plus libres dans leurs opinions religieuses, les femmes les plus décriées par leurs moeurs, devinrent tout à coup de sévères théologiens, d'ardens missionnaires de la pureté et de l'intégrité de la foi romaine.
«Le Journal de Fontenay, l'Ami du roi, la Gazette de Durosoir, employèrent leurs armes ordinaires, l'exagération, le mensonge, la calomnie. On répandit une foule d'écrits dans lesquels la constitution civile du clergé était taitée de schismatique, d'hérétique, de destructive de a religion. Les dévotes colportèrent des écrits de maison en maison; elles priaient, conjuraient, menaçaient, elon les penchans et les caractères. On montrait aux uns e clergé triomphant, l'assemblée dissoute, les ecclésiastiques révaricateurs dépouillés de leurs bénéfices, enfermés dans leurs maisons de correction; les ecclésiastiques idèles couverts de gloire, comblés de richesses. Le ape allait lancer ses foudres sur une assemblée sacrilège et sur des prêtres apostats. Les peuples dépourvus de sacremens se soulèveraient, les puissances étrangères entreraient en France, et cet édifice d'iniquité et de scélératesse s'écroulerait sur ses propres fondemens.»
(Ferrières, tome II, page 198.)
NOTE 21.
M. Froment rapporte le fait suivant dans son écrit déjà cité:
«Dans ces circonstances, les princes projetaient de former dans l'intérieur du royaume, aussitôt qu'ils le pourraient, des légions de tous les fidèles sujets du roi, pour s'en servir jusqu'au moment où les troupes de ligne seraient entièrement réorganisées. Désireux d'être à la tête des royalistes que j'avais dirigés et commandés en 1789 et 1790, j'écrivis à Monsieur, comte d'Artois, pour supplier son altesse royale de m'accorder un brevet de colonel-commandant, conçu de manière que tout royaliste qui, comme moi, réunirait sous ses ordres un nombre suffisant de vrais citoyens pour former une légion, pût se flatter d'obtenir la même faveur. Monsieur, comte d'Artois, applaudit à mon idée, et accueillit favorablement ma demande; mais les membres du conseil ne furent pas de son avis: ils trouvaient si étrange qu'un bourgeois prétendît à un brevet militaire, que l'un d'eux me dit avec humeur: Pourquoi ne demandez-vous pas un évêché? Je ne répondis à l'observateur que par des éclats de rire qui déconcertèrent un peu sa gravité. Cependant la question fut débattue de nouveau chez M. de Flaschslanden; les délibérans furent d'avis de qualifier ces nouveaux corps de légions bourgeoises. Je leur observai: «Que sous cette dénomination ils recréeraient simplement les gardes nationales; que les princes ne pourraient les faire marcher partout où besoin serait, parce qu'elles prétendraient n'être tenues de défendre que leurs propres foyers; qu'il était à craindre que les factieux ne parvinssent à les mettre aux prises avec les troupes de ligne; qu'avec de vains mots ils avaient armé le peuple contre les dépositaires de l'autorité publique; qu'il serait donc plus politique de suivre leur exemple, et de donner à ces nouveaux corps la dénomination de milices royales; que…»
«M. l'évêque d'Arras m'interrompant brusquement, me dit: «Non, non, monsieur, il faut qu'il y ait du bourgeois dans votre brevet;» et le baron de Flachslanden, qui le rédigea, y mit du bourgeois.»
(Recueil de divers écrits relatifs à la révolution, page 62.)
NOTE 22.
Voici des détails sur le retour de Varennes, que madame Campan tenait de la bouche de la reine même: