Chabot: «Voici des faits qu'il importe de connaître. Le 10 août, le peuple en insurrection voulait immoler les Suisses; à cette époque, les brissotins ne se croyaient pas les hommes du 10, car ils venaient nous conjurer d'avoir pitié d'eux: c'étaient les expressions de Lasource. Je fus un dieu dans cette journée; je sauvai cent cinquante Suisses; j'arrêtai moi seul à la porte des Feuillans le peuple qui voulait pénétrer dans la salle pour sacrifier à sa vengeance ces malheureux Suisses; les brissotins craignaient alors que le massacre ne s'étendît jusqu'à eux. D'après ce que j'avais fait à la journée du 10 août, je m'attendais que le 2 septembre on me députerait près du peuple: eh bien! la commission extraordinaire, présidée alors par le suprême Brissot, ne me choisit pas! qui choisit-on? Dusaulx, auquel, à la vérité, on adjoignit Bazire. On n'ignorait pas cependant quels hommes étaient propres à influencer le peuple et arrêter l'effusion du sang. Je me trouvai sur le passage de la députation; Bazire m'engagea à me joindre à lui, il m'emmena… Dusaulx avait-il des instructions particulières? je l'ignore; mais, ce que je sais, c'est que Dusaulx ne voulut céder la parole à personne. Au milieu d'un rassemblement de dix mille hommes, parmi lesquels étaient cent cinquante Marseillais; Dusaulx monta sur une chaise; il fut très maladroit: il avait à parler à des hommes armés de poignards. Comme il obtenait enfin du silence, je lui adressai promptement ces paroles: «Si vous êtes adroit, vous arrêterez l'effusion du sang; dites aux Parisiens qu'il est de leur intérêt que les massacres cessent, afin que les départemens ne conçoivent pas des alarmes relativement à la sûreté de la convention nationale, qui va s'assembler à Paris…» Dusaulx m'entendit: soit mauvaise foi, soit orgueil de la vieillesse, il ne fit pas ce que je lui avais dit; et c'est ce M. Dusaulx que l'on proclame comme le seul homme digne de la députation de Paris…! Un second fait non moins essentiel, c'est que le massacre des prisonniers d'Orléans n'a pas été fait par les Parisiens. Ce massacre devait paraître bien plus odieux, puisqu'il était plus éloigné du 10 août, et qu'il a été commis par un moindre nombre d'hommes. Cependant les intrigans n'en ont pas parlé; ils n'en ont pas dit un mot, c'est qu'il y a péri un ennemi de Brissot, le ministre des affaires étrangères, qui avait chassé son protégé Narbonne… Si moi seul, à la porte des Feuillans, j'ai arrêté le peuple qui voulait immoler les Suisses, à plus forte raison l'assemblée législative eût pu empêcher l'effusion du sang. Si donc il y a un crime, c'est à l'assemblée législative qu'il faut l'imputer, ou plutôt à Brissot qui la menait alors.
FIN DES NOTES DU TOME DEUXIÈME.
TABLE DES CHAPITRES CONTENUS DANS LE TOME DEUXIEME.
CHAPITRE PREMIER.
Jugement sur l'assemblée constituante.—Ouverture de la seconde assemblée nationale, dite assemblée législative; sa composition.—État des clubs; leurs membres influens; Pétion, maire de Paris.—Politique des puissances.—Émigration; décrets contre les émigrés et contre les prêtres non assermentés.—Modification dans le ministère.—Préparatifs de guerre; état des armées.
CHAPITRE II.
Division des partis sur la question de la guerre.—Rôle du duc d'Orléans et de son parti.—Les princes émigrés sont décrétés d'accusation.—Formation d'un ministère girondin.—Dumouriez, son caractère, son génie, ses projets; détails sur les nouveaux ministres.—Entretien de Dumouriez avec la reine.—Déclaration de guerre au roi de Hongrie et de Bohême.—Premières opérations militaires.—Déroute de Quiévrain et de Tournay.—Meurtre du général Dillon.
CHAPITRE III.
Divisions dans le ministère girondin.—Le prétendu comité autrichien.—Décret pour la formation d'un camp de 20,000 hommes près Paris.—Lettre de Roland au roi.—Renvoi des ministres girondins; démission de Dumouriez.—Formation d'un ministère feuillant. —Projets du parti constitutionnel; lettres de Lafayette à l'assemblée.—Situation du parti populaire et de ses chefs; plans des députés méridionaux; rôle de Pétion dans les événemens de juin.—Journée du 20 juin 1792; insurrection des faubourgs; scènes dans les appartemens des Tuileries.