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HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

PAR M.A. THIERS

DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE

TOME QUATRIÈME

CONVENTION NATIONALE.

CHAPITRE VII.

SUITE DE NOS REVERS MILITAIRES; DÉFAITE DE NERWINDE.—PREMIÈRES
NÉGOCIATIONS DE DUMOURIEZ AVEC L'ENNEMI.—SES PROJETS DE CONTRE-ÉVOLUTION;
IL TRAITE AVEC L'ENNEMI.—ÉVACUATION DE LA BELGIQUE.—PREMIERS TROUBLES DE
L'OUEST; MOUVEMENTS INSURRECTIONNELS DANS LA VENDÉE.—DÉCRETS
RÉVOLUTIONNAIRES.—DÉSARMEMENT DES suspects.—ENTRETIEN DE DUMOURIEZ
AVEC DES ÉMISSAIRES DES JACOBINS.—IL FAIT ARRÊTER ET LIVRE AUX
AUTRICHIENS LES COMMISSAIRES DE LA CONVENTION.—DÉCRET CONTRE LES
BOURBONS.—MISE EN ARRESTATION DU DUC D'ORLÉANS ET DE SA FAMILLE.
—DUMOURIEZ, ABANDONNÉ DE SON ARMÉE APRÈS SA TRAHISON, SE RÉFUGIE DANS LE
CAMP DES IMPÉRIAUX; OPINION SUR CE GÉNÉRAL.—CHANGEMENTS DANS LES
COMMANDEMENTS DES ARMÉES DU NORD ET DU RHIN.—BOUCHOTTE EST NOMMÉ MINISTRE
DE LA GUERRE À LA PLACE DE BEURNONVILLE DESTITUÉ.

On a vu, dans le précédent chapitre, dans quel état d'exaspération se trouvaient les partis de l'intérieur, et les mesures extraordinaires que le gouvernement révolutionnaire avait prises pour résister à la coalition étrangère et aux factions du dedans. C'est au milieu de ces circonstances, de plus en plus imminentes, que Dumouriez, revenu de Hollande, rejoignit son armée à Louvain. Nous l'avons vu déployant son autorité contre les commissaires du pouvoir exécutif, et repoussant de toutes ses forces le jacobinisme qui tâchait de s'introduire en Belgique. A toutes ces démarches il en ajouta une plus hardie encore, et qui devait le conduire à la même fin que Lafayette. Il écrivit, le 12 mars, une lettre à la convention, dans laquelle, revenant sur la désorganisation des armées opérée par Pache et les jacobins, sur le décret du 15 décembre, sur les vexations exercées contre les Belges, il imputait tous les maux présens à l'esprit désorganisateur qui se répandait de Paris sur la France, et de la France dans les pays affranchis par nos armées. Cette lettre, pleine d'expressions audacieuses, et surtout de remontrances, qu'il n'appartenait pas à un général de faire, arriva au comité de sûreté générale, au moment même où de si nombreuses accusations s'élevaient contre Dumouriez, et où l'on faisait de continuels efforts pour lui conserver la faveur populaire, et l'attacher lui-même à la république. Cette lettre fut tenue secrète, et sur-le-champ on lui envoya Danton pour l'engager à la rétracter.