Dampierre reçut le commandement en chef de l'armée du Nord, et retrancha ses troupes au camp de Famars, de manière à secourir celles de nos places qui seraient menacées. La force de cette position et le plan de campagne même des coalisés, d'après lequel ils ne devaient pas pénétrer plus avant jusqu'à ce que Mayence fût reprise, retardaient nécessairement de ce côté les événemens de la guerre. Custine, qui, pour expier ses fautes, n'avait pas cessé d'accuser ses collègues et les ministres, fut écouté avec faveur en parlant contre Beurnonville, que l'on regardait comme complice de Dumouriez, quoique livré par lui aux Autrichiens; et il obtint tout le commandement du Rhin, depuis les Vosges et la Moselle jusqu'à Huningue. Comme la défection de Dumouriez avait commencé par des négociations, on décréta la peine de mort contre le général qui écouterait les propositions de l'ennemi sans que préalablement la souveraineté du peuple et la république eussent été reconnues. On nomma ensuite Bouchotte ministre de la guerre, et Monge, quoique très agréable aux jacobins par sa complaisance, fut remplacé comme ne pouvant suffire à tous les détails de son immense ministère. Il fut décidé encore que trois commissaires de la convention résideraient constamment auprès des armées, et que chaque mois il y en aurait un de renouvelé.
CHAPITRE VIII.
ÉTABLISSEMENT DU comité de Salut public.—L'IRRITATION DES PARTIS
AUGMENTE A PARIS.—RÉUNION DÉMAGOGIQUE DE L'ÉVÊCHÉ; PROJETS DE PÉTITIONS
INCENDIAIRES.—RENOUVELLEMENT DE LA LUTTE ENTRE LES DEUX CÔTÉS DE
L'ASSEMBLÉE.—DISCOURS ET ACCUSATION DE ROBESPIERRE CONTRE LES COMPLICES
DE DUMOURIEZ ET LES GIRONDINS.—RÉPONSE DE VERGNIAUD.—MARAT EST DÉCRÉTÉ
D'ACCUSATION ET ENVOYÉ DEVANT LE TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE.—PÉTITION DES
SECTIONS DE PARIS DEMANDANT L'EXPULSION DE 22 MEMBRES DE LA CONVENTION.
—RÉSISTANCE DE LA COMMUNE A L'AUTORITÉ DE L'ASSEMBLÉE.—ACCROISSEMENT DE
SES POUVOIRS.—MARAT EST ACQUITTÉ ET PORTÉ EN TRIOMPHE.—ÉTAT DES OPINIONS
ET MARCHE DE LA RÉVOLUTION DANS LES PROVINCES.—DISPOSITIONS DES
PRINCIPALES VILLES, LYON, MARSEILLE, BORDEAUX, ROUEN.—POSITION
PARTICULIÈRE DE LA BRETAGNE ET DE LA VENDÉE.—DESCRIPTION DE CES PAYS;
CAUSES QUI AMENÈRENT ET ENTRETINRENT LA GUERRE CIVILE.—PREMIERS SUCCÈS
DES VENDÉENS; LEURS PRINCIPAUX CHEFS.
La défection de Dumouriez, le fâcheux état de nos armées, et les dangers imminens où se trouvaient exposés et la révolution et le territoire, nécessitèrent toutes les mesures violentes dont nous venons de parler, et obligèrent la convention à s'occuper enfin du projet si souvent renouvelé de donner plus de force à l'action du gouvernement, en la concentrant dans l'assemblée. Après divers plans, on s'arrêta à celui d'un comité de salut public, composé de neuf membres. Ce comité devait délibérer en secret. Il était chargé de surveiller et d'accélérer l'action du pouvoir exécutif, il pouvait même suspendre ses arrêtés quand il les croirait contraires à l'intérêt général, sauf à en instruire la convention. Il était autorisé à prendre, dans les circonstances urgentes, des mesures de défense intérieure et extérieure, et les arrêtés signés de la majorité de ses membres devaient être exécutés sur-le-champ par le pouvoir exécutif. Il n'était institué que pour un mois, et ne pouvait délivrer de mandat d'amener que contre les agens d'exécution[1].
[Note 1: Le comité de salut public fut décrété dans la séance du 6 avril.]
Les membres désignés pour en faire partie étaient, Barrère, Delmas, Bréard, Cambon, Jean Debry, Danton, Guithon Morveaux, Treilhard, Lacroix d'Eure-et-Loir[2].
[Note 2: Il fut adjoint à ces membres trois suppléans, Robert-Lindet,
Isnard et Cambacérès.]
Ce comité, quoiqu'il ne réunît pas encore tous les pouvoirs, avait cependant une influence immense: il correspondait avec les commissaires de là convention, leur donnait leurs instructions, pouvait substituer aux mesures dès ministres toutes celles qu'il lui plaisait d'imaginer.
Par Cambon il avait les finances, et avec Danton il devait acquérir l'audace et l'influence de ce puissant chef de parti. Ainsi, par l'effet croissant du danger, on marchait vers la dictature.
Revenus de la terreur causée par la désertion de Dumouriez, les partis songeaient maintenant à s'en imputer la complicité, et le plus fort devait nécessairement accabler le plus faible. Les sections, les sociétés populaires, par lesquelles tout commençait ordinairement, prenaient l'initiative et dénonçaient les girondins par des pétitions et des adresses.