Le directoire crut voir dans l'événement de Vienne une rupture. Il donna sur-le-champ contre-ordre à Bonaparte, et il voulait même qu'il partît pour Rastadt, afin d'imposer à l'empereur, et de le forcer, ou à donner des satisfactions, ou à recevoir la guerre. Bonaparte, fort mécontent du retard apporté à ses projets, ne voulut point aller à Rastadt, et jugeant mieux la situation que le directoire, affirma que l'événement n'avait pas la gravité qu'on lui supposait. En effet, l'Autriche écrivit aussitôt qu'elle allait envoyer enfin un ministre à Paris, M. de Degelmann; elle parut congédier le ministre dirigeant Thugut; elle annonça que M. de Cobentzel se rendrait dans un lieu fixé par le directoire, pour s'expliquer avec un envoyé de la France sur l'événement de Vienne et sur les changemens survenus en Europe depuis le traité de Campo-Formio. L'orage paraissait donc dissipé. De plus, les négociations de Rastadt avaient fait un progrès important. Après avoir disputé la rive gauche du Rhin pied à pied, après avoir voulu se réserver le terrain compris entre la Moselle et le Rhin, puis un petit territoire entre la Roër et le Rhin, la députation de l'Empire avait enfin concédé toute la rive gauche. La ligne du Rhin nous était enfin reconnue comme limite naturelle. Un autre principe, non moins important, avait été admis, celui de l'indemnisation des princes dépossédés, au moyen des sécularisations. Mais il restait à discuter des points non moins difficiles: le partage des îles du Rhin, la conservation des postes fortifiés, des ponts et têtes de pont, le sort des monastères, et de la noblesse immédiate sur la rive gauche, l'acquittement des dettes des pays cédés à la France, la manière d'y appliquer les lois de l'émigration, etc., etc. C'étaient là des questions difficiles à résoudre, surtout avec la lenteur allemande.
Tel était l'état du continent. L'horizon paraissant un peu éclairci,
Bonaparte obtint enfin l'autorisation de partir pour Toulon. Il fut
convenu que M. de Talleyrand partirait immédiatement après lui pour
Constantinople, afin de faire agréer à la Porte l'expédition d'Égypte.
FIN DU TOME NEUVIÈME.
TABLE DES CHAPITRES CONTENUS DANS LE TOME NEUVIÈME.
CHAPITRE VII
Situation du gouvernement dans l'hiver de l'an V(1797).—Caractères et divisions des cinq directeurs, Barras, Carnot, Rewbell, Letourneur et Larévellière-Lépaux.—État de l'opinion publique. Club de Clichy. —Intrigues de la faction royaliste. Complot découvert de Brottier, Laville-Heurnois et Duverne de Presle.—Élections de l'an V.—Coup d'oeil sur la situation des puissances étrangères à l'ouverture de la campagne de 1797.
CHAPITRE VIII
État de nos armées à l'ouverture de la campagne de 1797.—Marche de
Bonaparte contre les états romains.—Traité de Tolentino avec le pape.
—Nouvelle campagne contre les Autrichiens.—Passage du Tagliamento.
Combat de Tarwis.—Révolution dans les villes de Bergame, Brescia et
autres villes des états de Venise.—Passage des Alpes Juliennes par
Bonaparte. Marche sur Vienne. Préliminaires de paix avec l'Autriche
signés à Léoben.—Passage du Rhin à Neuwied et à Dirsheim.—Perfidie des
Vénitiens. Massacre de Vérone. Chute de la République de Venise.
CHAPITRE IX.
Situation embarrassante de l'Angleterre après les préliminaires de paix avec l'Autriche; nouvelles propositions de paix; conférences de Lille. —Élections de l'an V.—Progrès de la réaction contre-révolutionnaire. —Lutte des conseils avec le directoire.—Élection de Barthélemy au directoire, en remplacement de Letourneur, directeur sortant. —Nouveaux détail sur les finances de l'an V.—Modifications dans leur administration proposées par l'opposition.—Rentrée des prêtres et des Émigrés.—Intrigues et complot de la faction royaliste.—Division et forces des partis.—Dispositions politiques des armées.