| Oudinot | 7,000 |
| Verdier | 7,000 |
| Cavalerie de Lannes | 1,200 |
| Dupas | 6,000 |
| Nansouty | 3,500 |
| Grouchy | 1,800 |
| —— | |
| 26,500 |
[39]: Je tiens ces détails de M. le maréchal Mortier, que j'avais l'honneur de connaître, et qui me les a souvent racontés lui-même.
[40]: Rien n'est plus difficile que d'évaluer avec une exactitude rigoureuse les forces d'une armée le jour d'une bataille. Rarement on a des états authentiques, et, quand on a pu s'en procurer, il est plus rare encore que ces états s'accordent avec la réalité. M. Dérode, dans un excellent travail sur la bataille de Friedland, s'est servi d'un état extrait de l'ouvrage du général Mathieu Dumas, état qui, bien qu'il ait été pris au dépôt de la guerre, est inexact sous plusieurs rapports. On rédigeait dans les bureaux du ministère à Paris, des états auxquels ne répondaient pas toujours les faits qui se passaient sur la Vistule. Il existe au Louvre, dans le riche dépôt des papiers de Napoléon, des livrets faits pour lui seul, qu'il avait toujours sous la main, et qui, renouvelés mois par mois, contenaient la description exacte de chacun des corps agissant sous ses ordres. Les feuillets de ces livrets étaient écrits d'un seul côté, et sur l'autre on portait quelquefois à l'encre rouge les changements survenus dans le mois. C'est dans ces livrets, et à condition de ne pas même les prendre comme base absolue, à condition d'en modifier sans cesse les données par l'appréciation des circonstances du moment, c'est dans ces livrets qu'on peut, disons-nous, chercher la vérité approximative. Je n'ai pas trouvé, pour l'année 1807, les livrets correspondant aux mois de mai, de juin, de juillet; il a donc fallu me servir de ceux des mois de mars et d'août, quoique celui du mois de mars soit trop incomplet, car l'armée n'avait pas reçu alors tous les renforts qui lui arrivèrent en mai et en juin, et que celui du mois d'août soit trop complet au contraire, car à cette époque une portion considérable de forces, en marche pendant les événements de juin, avait rejoint. Mais, en se servant de ces états, en les comparant entre eux, en les rectifiant surtout par la correspondance de Napoléon, et en s'éclairant, pour la bataille de Friedland, d'une note écrite de sa main, laquelle donne la force de plusieurs des corps qui figurèrent à cette bataille, on peut arriver à l'évaluation suivante, que je crois fort rapprochée de la vérité. J'ajouterai que cette approximation de la vérité suffit, car, pour juger un grand événement comme Friedland ou Austerlitz, il importe peu de savoir si ce furent 80 ou 82 mille hommes qui combattirent. Deux ou trois mille combattants de plus ou de moins ne changent rien, ni au caractère de l'événement, ni aux combinaisons qui le décidèrent. Si l'historien ne doit négliger aucun soin pour arriver à la vérité absolue, c'est parce qu'il doit s'en faire une habitude constante, afin de ne jamais laisser se relâcher en lui le goût scrupuleux du vrai; mais l'important c'est le caractère, non le détail minutieux des choses.
Voici donc le tableau le plus vraisemblable des forces de l'armée française à la journée de Friedland:
| La garde, quoique portée à 9 mille hommes, n'avait dans ses rangs ni les marins ni les dragons, et avait fait sur les fusiliers une perte notable. Elle comptait tout au plus 7,500 hommes présents | 7,500 | |
| La note citée, écrite de la main de Napoléon, évalue les grenadiers Oudinot à 7,000 hommes présents | 7,000 | |
| La division Verdier à | 8,000 | |
| L'infanterie saxonne à | 4,000 | |
| Le 9e de hussards à | 400 | |
| Les cuirassiers saxons à | 600 | |
| Les chevaux-légers saxons à | 200 | |
| ——— | ||
| Ce qui faisait pour le corps de Lannes un total de | 20,200 | |
| Mais les Saxons avaient été laissés à Heilsberg sauf toutefois troisbataillons, qui, suivant quelques relations, se trouvaient àFriedland. La division Verdier avait essuyé à Heilsberg une pertenotable, et enfin on avait marché très-vite. Je crois donc qu'on seradans le vrai en évaluant ainsi le corps de Lannes: | ||
| Oudinot | 7,000 | |
| Verdier | 6,500 | |
| Saxons | 1,200 | |
| Cavalerie | 1,200 | |
| —— | ||
| 15,900 | ||
| (L'artillerie est comprise dans les divisions d'infanterie.) | ||
| Lannes | 15,900 | |
| Le corps de Ney était de 16 à 17 mille hommes présents sous les armes au moment de l'entrée en campagne, ce qui résulte d'une lettre du maréchal Ney à Napoléon. Il n'avait pas perdu moins de 2,000 à 2,500 hommes en morts, blessés et prisonniers aux deux combats de Guttstadt et de Deppen. Il était donc tout au plus, en tenant compte des marches, de 14 mille hommes. | ||
| Ney | 14,000 | |
| Le maréchal Mortier, d'après la note citée de Napoléon, avait à la division Dupas | 6,400 | |
| À la division Dombrowski | 4,000 | |
| Il possédait un détachement de chevaux bataves, dont la désignation est incertaine dans la note citée | 1,500 | |
| —— | ||
| Total | 11,900 | |
| Quand on sait, par les lettres du maréchal Lefebvre, ce qui en étaitdes Polonais, de leur exactitude à suivre le drapeau, on ne peut pasporter le corps du maréchal Mortier à plus de 10 mille hommes. | ||
| Mortier | 10,000 | |
| Le corps du maréchal Bernadotte, commandé par le général Victor, étaiten mars, sans la division de dragons, de 22,000 hommes environ,présents sous les armes. Il fut recruté depuis, mais il avait laisséplusieurs postes en arrière, et, s'il monta à 25,000 hommes, iln'avait pas dû en amener plus de 22 mille à Friedland. | ||
| Victor | 22,000 | |
| La cavalerie comprenait les cuirassiers du général Nansouty, desquels il faut défalquer les pertes de la marche, celles d'Heilsberg, etc. | 3,500 | |
| Les dragons du général Grouchy | 1,800 | |
| Les dragons du général La Houssaye | 1,800 | |
| Les dragons du général Latour-Maubourg, qui comptait six régiments: | 2,400 | |
| La cavalerie légère des généraux Beaumont et Colbert | 2,000 | |
| ——— | ||
| 11,500 | 11,500 | |
| ——— | ||
| On trouve donc pour le total de l'armée | 80,900 | |
| Je crois par conséquent qu'on peut dire que l'armée française était de80 mille hommes environ à la bataille de Friedland, dont 25 mille,comme on le verra, ne tirèrent pas un coup de fusil. Il restait lecorps du maréchal Davout qui n'avait pas combattu, et qui était de 29à 30 mille à l'entrée en campagne, de 28 mille, si on veut tenircompte de ce qu'on laisse en arrière en marchant; le maréchal Soultayant perdu environ 5 mille hommes à Heilsberg, et ne devant guère enavoir plus de 27 mille; enfin Murat avec environ 10,000 hommes, ce quiporterait le total de l'armée en action dans le moment: | ||
| À Friedland | 80,000 | |
| Devant Kœnigsberg, ou en marche sur cette ville. | Davout | 28,000 |
| Soult | 27,000 | |
| Murat | 10,000 | |
| ——— | ||
| Total | 145,000 | |
Ce total de 145 mille hommes agissants correspondrait bien et aux forces qui existaient le 5 juin, et aux pertes que supposent les différents combats livrés depuis le 5 juin. En comptant en effet ces pertes à 12 ou 15 mille hommes, en morts, blessés, prisonniers, détachés ou traînards, on retrouve les 160,000 hommes de l'entrée en campagne. Bien que ces nombres soient empruntés aux seuls documents dignes de foi, documents éclaircis, modifiés par une correspondance de chaque jour, nous les regardons comme approximatifs, et rien de plus. Et si nous sommes entré dans ces détails, c'est pour donner une idée de la difficulté d'arriver en ce genre à une exactitude rigoureuse. Mais, nous le répétons, si l'historien, pour ne se relâcher jamais de ses devoirs, doit aspirer à la vérité rigoureuse, la postérité qui le lit, rassurée par ses efforts, peut se contenter, quant aux nombres et aux détails, de la vérité générale. C'est cette vérité générale qui lui importe, qui lui suffit, car c'est elle qui constitue le vrai caractère des choses et des événements.
[41]: Deux mille, dit le maréchal Ney dans son rapport.
[42]: Il est fort difficile de savoir avec exactitude ce qui s'est passé dans les longs entretiens que Napoléon et Alexandre eurent ensemble à Tilsit. Toute l'Europe a retenti à cet égard de récits controuvés, et on a non-seulement supposé des entretiens chimériques, mais publié une quantité de traités, sous le nom d'articles secrets de Tilsit, absolument faux. Les Anglais surtout, pour justifier leur conduite ultérieure à l'égard du Danemark, ont mis au jour beaucoup de prétendus articles secrets de Tilsit, les uns imaginés après coup par les collecteurs de traités, les autres véritablement communiqués dans le temps au cabinet de Londres par des espions diplomatiques, qui, en cette occasion, gagnèrent mal l'argent qu'on leur prodiguait. Grâce aux documents authentiques et officiels dans lesquels j'ai eu la faculté de puiser, je vais donner pour la première fois les véritables stipulations de Tilsit, tant publiques que secrètes; je vais surtout faire connaître la substance des entretiens de Napoléon et d'Alexandre. Je me servirai pour cela d'un monument fort curieux, probablement condamné pour long-temps à demeurer secret, mais dont je puis sans indiscrétion extraire ce qui est relatif à Tilsit. Il s'agit de la correspondance particulière de MM. Savary et de Caulaincourt avec Napoléon, et de la correspondance de Napoléon avec eux. Le général Savary demeura quelques mois à Saint-Pétersbourg comme envoyé extraordinaire, M. de Caulaincourt y séjourna plusieurs années à titre d'ambassadeur. Le dévouement de l'un, la véracité de l'autre, ne permettent pas de douter du soin qu'ils apportèrent à faire connaître à Napoléon la vérité tout entière, et je dois dire que le ton de sincérité de cette correspondance les honore tous les deux. Craignant de substituer leur jugement à celui de Napoléon, et voulant le mettre en mesure de juger par lui-même, ils prirent l'habitude de joindre à leurs dépêches un procès-verbal, par demandes et par réponses, de leurs conversations intimes avec Alexandre. L'un et l'autre le voyaient presque tous les jours en tête-à-tête, dans la plus grande familiarité, et, en rapportant mot pour mot ce qu'il disait, ils en ont tracé, sans y prétendre, le portrait le plus intéressant et certainement le plus vrai. Beaucoup de gens, et notamment beaucoup de Russes, pour excuser Alexandre de son intimité avec Napoléon, mettent cette intimité sur le compte de la politique, et, le faisant plus profond qu'il ne fut, disent qu'il trompait Napoléon. Cette singulière excuse ne serait pas même essayée, si on avait lu la correspondance dont il s'agit. Alexandre était dissimulé, mais il était impressionnable, et dans ces entretiens on le voit s'échapper sans cesse à lui-même, et dire tout ce qu'il pense. Il est certain qu'il s'attacha quelque temps, non pas à la personne de Napoléon, qui lui inspira toujours une certaine appréhension, mais à sa politique, et qu'il la servit très-activement. Il avait conçu une ambition fort naturelle, que Napoléon laissa naître, qu'il flatta quelque temps, et qu'il finit par décevoir. C'est alors qu'Alexandre se détacha de la France, s'en détacha avant de l'avouer, ce qui constitua pour un moment la fausseté dont les Russes lui font honneur, mais ce qui n'en était presque pas une, tant il était facile de discerner dans son langage et dans ses mouvements involontaires, le changement de ses dispositions. J'anticiperais sur le récit des temps ultérieurs, si je disais ici quelle fut cette ambition d'Alexandre, que Napoléon flatta, et qu'il finit par ne pas satisfaire. Ce que je dois dire en ce moment, c'est comment la longue suite des entretiens d'Alexandre avec MM. Savary et de Caulaincourt, a pu me servir à éclaircir le mystère de Tilsit. Voici comment j'y suis parvenu. Alexandre plein du souvenir de Tilsit, rappelait sans cesse à MM. Savary et de Caulaincourt tout ce qui s'était fait et dit, dans cette célèbre entrevue, et racontait souvent les conversations de Napoléon, les propos tour à tour profonds ou piquants recueillis de sa bouche, les promesses surtout qu'il disait en avoir reçues. Tout cela fidèlement transcrit le jour même, était mandé à Napoléon qui contestait quelquefois, d'autres fois admettait visiblement, comme ne pouvant pas être contesté, ce qu'on lui rappelait. C'est dans la reproduction contradictoire de ces souvenirs, que j'ai puisé les détails que je vais fournir, et dont l'authenticité ne saurait être mise en doute. J'ai obtenu en outre d'une source étrangère, également authentique et officielle, la communication de dépêches fort curieuses, contenant les épanchements de la reine de Prusse, à son retour de Tilsit, avec un ancien diplomate, digne de sa confiance et de son amitié. C'est à l'aide de ces divers matériaux que j'ai composé le tableau qu'on va lire, et que je crois le seul vrai, entre tous ceux qu'on a tracés des scènes mémorables de Tilsit.
[43]: Ce sont les propres expressions de Napoléon, répétées par Alexandre racontant à M. de Caulaincourt ce qui s'était passé à Tilsit.
[44]: Je tiens ces détails de M. Méneval lui-même, témoin oculaire, et outre la véracité de ce témoin respectable, j'ai pour garant de leur exactitude les correspondances de MM. Savary et de Caulaincourt, lesquelles prouvent que la limite des Balkans ne fut jamais franchie, malgré tous les efforts d'Alexandre.