Le 26 mars, l'ennemi tenta deux sorties, l'une de la place, dirigée par les portes de Schidlitz et d'Oliva sur nos avant-postes, dans l'intention d'achever l'incendie des faubourgs, l'autre des ouvrages extérieurs du fort de Weichselmünde, et dirigée sur la gauche du quartier général par Langenfurth. L'une et l'autre furent vivement repoussées. Un officier de cavalerie polonais, le capitaine Sokolniki, s'y fit remarquer par sa bravoure et son habileté. Un célèbre partisan prussien, le baron de Kakow, y fut pris.
Nos troupes, en ramenant l'ennemi jusqu'au pied des ouvrages, s'approchèrent de la place plus qu'elles ne l'avaient encore fait, et on put en étudier la configuration. Le général Chasseloup arrêta le plan des attaques, avec le coup d'œil d'un ingénieur aussi savant qu'exercé.
Le général Chasseloup adopte le Hagelsberg comme point d'attaque.
L'enceinte extérieure, construite sur le bord des hauteurs, présentait deux ouvrages liés l'un à l'autre, mais distincts et séparés par un petit vallon, au fond duquel se trouve le faubourg de Schidlitz. Le premier de ces ouvrages, celui de droite (droite de l'armée assiégeante), se nomme le Bischoffsberg, le second, celui de gauche, se nomme le Hagelsberg. C'est ce dernier que le général Chasseloup choisit pour but de l'attaque principale, en se réservant de diriger une fausse attaque sur le Bischoffsberg. Voici les motifs qui le décidèrent[29]. (Voir la carte no 41.)
Raisons du général Chasseloup pour choisir le Hagelsberg comme point d'attaque.
Les ouvrages du Hagelsberg paraissaient moins soignés que ceux du Bischoffsberg. Le Hagelsberg était étroit, peu commode pour le déploiement des troupes, soit que l'assiégé eût à faire des sorties, soit qu'il eût à repousser un assaut; tandis que le Bischoffsberg, vaste et bien distribué, permettait de ranger trois à quatre mille hommes en bataille, et de les jeter en masse sur l'assiégeant. Le Hagelsberg pouvait être battu de revers par le Stolzenberg, l'une des positions extérieures; le Bischoffsberg ne pouvait l'être d'aucun côté. On arrivait au Hagelsberg par un terrain ondulé mais continu. Pour approcher du Bischoffsberg, on rencontrait un ravin profond, dans lequel il n'était pas facile de pratiquer des cheminements, et dans lequel aussi on courait risque d'être précipité, lorsqu'on voudrait le franchir pour monter à l'assaut. Outre que le Hagelsberg était plus facile à prendre que le Bischoffsberg, la position, après qu'on l'avait pris, était meilleure. De l'un comme de l'autre, on dominait également la place, et on pouvait l'accabler de feux. Mais, si ces feux ne suffisaient pas pour la réduire, et qu'il fallût descendre des hauteurs pour forcer la seconde enceinte, on trouvait en descendant du Hagelsberg, depuis le bastion Heilige-Leichnams jusqu'au bastion Sainte-Élisabeth, un front saillant, et qui n'étant flanqué d'aucun côté, devait offrir peu de difficultés à l'assiégeant. (Voir la carte no 41.) En descendant du Bischoffsberg, au contraire, on trouvait, depuis le bastion Sainte-Élisabeth jusqu'au bastion Sainte-Gertrude, un rentrant flanqué de toutes parts, et de plus exposé au feu de plusieurs cavaliers fort élevés. Enfin, une raison tirée de la situation générale devait décider l'attaque sur le Hagelsberg. Cette attaque rapprochait nos principales forces de la basse Vistule, et c'était en effet par la basse Vistule qu'il fallait songer à investir la place, en attirant sur ce point le corps détaché du général Schramm, en lui donnant la main pour passer dans l'île de Holm, en isolant ainsi Dantzig du fort de Weichselmünde. Ces raisons étaient convaincantes, et convainquirent Napoléon lui-même. Le général Kirgener, placé sous le général Chasseloup, avait eu l'idée de fixer le point d'attaque plus à gauche encore, vers la porte d'Oliva, dans le terrain bas, compris entre le Hagelsberg et la Vistule, contre l'île de Holm. On ne s'arrêta pas à cette idée, car il aurait fallu enlever d'abord l'enceinte extérieure, en essuyant à gauche les feux de l'île de Holm, et puis attaquer la seconde enceinte, en essuyant à droite les feux du Hagelsberg. Une telle manière d'opérer n'était pas admissible.
Le général Chasseloup, appelé pour plusieurs jours à Thorn, afin d'y tracer le projet de quelques ouvrages défensifs, laissa en partant le plan des attaques et les ordres pour le commencement des travaux.
On n'avait plus aucune raison de différer, car le maréchal Lefebvre venait de recevoir une partie des renforts qui lui avaient été promis. Le 44e de ligne, tiré du corps d'Augereau, arrivait en ce moment des bords de la Vistule: il n'était que d'un millier d'hommes, mais des meilleurs. Le 19e parti de France depuis deux mois, arrivait aussi de Stettin avec un convoi d'artillerie, qu'il escortait. C'était assez, en attendant les autres régiments annoncés, pour commencer les travaux, et pour donner l'exemple aux troupes auxiliaires.
Avril 1807.