Une royauté héréditaire, transmissible de mâle en mâle, par ordre de primogéniture, reversible de la branche de Joseph à celles de Louis et de Jérôme; ne pouvant jamais être réunie à la couronne de France, ce qui assurait l'indépendance de l'Espagne;
Un sénat, composé de vingt-quatre membres, chargé, comme celui de France, de veiller à la Constitution, pourvu aussi de la faculté de protéger la liberté de la presse et la liberté individuelle, au moyen d'une commission déclarant les cas dans lesquels l'une ou l'autre de ces libertés avait pu être violée;
Une assemblée des cortès, comprenant, sous le nom de banc du clergé, vingt-cinq évêques désignés par le roi; sous le nom de banc de la noblesse, vingt-cinq grands d'Espagne désignés par le roi, 62 députés des provinces d'Espagne et des Indes, 30 députés des grandes villes, 15 commerçants notables, 15 lettrés ou savants représentant les universités et les académies, tous élus par ceux qu'ils devaient représenter, laquelle assemblée, réunie au moins tous les trois ans, discutait les lois, et arrêtait pour trois ans la recette et la dépense;
Une magistrature inamovible, rendant la justice d'après les formes de la législation moderne, sous la juridiction suprême d'une haute Cour, qui n'était autre que le conseil de Castille, conservé sous le titre de Cour de cassation;
Enfin un conseil d'État, régulateur suprême de l'administration, à l'exemple de celui de France.
Juillet 1808.
Telle fut la Constitution de Bayonne, qui, assurément, était appropriée et aux mœurs de l'Espagne et à l'état de son éducation politique. On n'y avait parlé ni de l'inquisition, ni du clergé, ni des droits de la noblesse, car il ne fallait éloigner aucune classe de la nation. On laissait à la législation le soin de tirer plus tard toutes les conséquences des principes posés dans cet acte, qui contenait en germe la régénération de l'Espagne.
La Constitution étant achevée, une séance royale eut lieu le 7 juillet, dans le lieu consacré aux séances de la junte. Joseph, assis sur le trône, lut un discours où il exprimait les sentiments de dévouement avec lesquels il allait entreprendre le gouvernement de l'Espagne, et puis prêta serment à la nouvelle Constitution, la main posée sur les Évangiles. La junte, à son tour, prêta serment au roi et à la Constitution. De bruyantes acclamations accompagnèrent tous ces actes. On se rendit ensuite à Marac pour complimenter l'auteur trop obéi de toutes les choses du temps.
Il était urgent que Joseph allât prendre possession de son royaume. Déjà on disait que les Espagnols, animés par la vue du sang répandu le 2 mai à Madrid, indignés de la ruse avec laquelle la famille des Bourbons avait été attirée et spoliée à Bayonne, s'insurgeaient en Andalousie, en Aragon, dans les Asturies, et que la route que suivrait le nouveau roi serait à peine sûre. Il fallait partir pour aller relever Murat malade, atteint d'un délire continu, demandant à quitter un pays qui lui était devenu odieux, et où il ne pouvait rester sans péril pour sa vie.
Forces préparées pour accompagner Joseph à Madrid.