«Valladolid, 16 janvier 1809.
«La cour des alcades de Madrid a acquitté ou seulement condamné à la prison les trente coquins que le général Belliard avait fait arrêter. Il faut les faire juger de nouveau par une commission militaire, et faire fusiller les coupables. Donnez ordre sur-le-champ que les membres de l'inquisition et ceux du conseil de Castille, qui sont détenus au Retiro, soient transférés à Burgos, ainsi que les cent coquins que Belliard a fait arrêter.
«Les cinq sixièmes de Madrid sont bons; mais les honnêtes gens ont besoin d'être encouragés, et ils ne peuvent l'être qu'en maintenant la canaille. Ici ils ont fait l'impossible pour obtenir la grâce des bandits qu'on a condamnés; j'ai refusé; j'ai fait pendre, et j'ai su depuis que, dans le fond du cœur, on a été bien aise de n'avoir pas été écouté. Je crois nécessaire que, surtout dans les premiers moments, votre gouvernement montre un peu de vigueur contre la canaille. La canaille n'aime et n'estime que ceux qu'elle craint, et la crainte de la canaille peut seule vous faire aimer et estimer de toute la nation.»
[32]: Lettres de Joseph et de Napoléon déposées aux Archives de l'ancienne Secrétairerie d'État.
[33]: Nous donnons ici des nombres précis, parce qu'ils sont fournis cette fois avec détail dans les rapports existant au dépôt de la guerre.
[34]: Ses dépêches à l'Empereur font foi du sentiment qu'il avait éprouvé. On y lit les passages suivants: «Jamais, Sire, je n'ai vu autant d'acharnement comme en mettent nos ennemis à la défense de cette place. J'ai vu des femmes venir se faire tuer devant la brèche. Il faut faire le siége de chaque maison. Si on ne prenait pas de grandes précautions, nous y perdrions beaucoup de monde, l'ennemi ayant dans la ville 30 à 40 mille hommes, non compris les habitants. Nous occupons depuis Santa-Engracia jusqu'aux Capucins, où nous avons pris quinze bouches à feu.
«Malgré tous les ordres que j'avais donnés pour empêcher que le soldat ne se lançât trop, on n'a pas pu être maître de son ardeur. C'est ce qui nous a donné 200 blessés de plus que nous ne devions avoir. (Au quartier-général devant Saragosse, le 28 janvier 1809.)»
..... «Le siége de Saragosse ne ressemble en rien à la guerre que nous avons faite jusqu'à présent. C'est un métier où il faut une grande prudence et une grande vigueur. Nous sommes obligés de prendre avec la mine ou d'assaut toutes les maisons. Ces malheureux s'y défendent avec un acharnement dont on ne peut se faire une idée. Enfin, Sire, c'est une guerre qui fait horreur. Le feu est dans ce moment sur trois ou quatre points de la ville, elle est écrasée de bombes: mais tout cela n'intimide pas nos ennemis. On travaille à force à s'approcher du faubourg. C'est un point très-important. J'espère que, quand nous nous en serons rendus maîtres, la ville ne tiendra pas long-temps.
..... «Un rassemblement de quelques mille paysans est venu attaquer hier les 400 hommes laissés à El Amurria. J'ai donné ordre au général Dumoustier de partir hier, dans la nuit, avec une colonne de 1,000 hommes, 200 chevaux et deux pièces de 4. Je suis sûr qu'il aura tué ou dispersé toute cette canaille. Autant ils sont bons derrière leurs murailles, autant ils sont misérables en plaine.»
[35]: C'est un fait que j'ai recueilli de la bouche même de l'illustre et à jamais regrettable maréchal Bugeaud. Il était capitaine de grenadiers au siége de Saragosse, et il m'en racontait encore les détails quelques jours avant sa mort.