Dispositions militaires de Napoléon après son arrivée à Burgos.

Mais ce n'étaient là que des soins tout à fait accessoires pour lui. La conduite des opérations militaires était, dans ce moment, le principal et le plus urgent. Arrivé le 11 à Burgos, il lança dans la journée même le général Lasalle avec sa cavalerie légère sur Lerma et Aranda, pour pousser les Espagnols jusqu'au pied du Guadarrama, nettoyer le pays, et préparer les voies aux colonnes qui devaient prendre à revers les armées espagnoles. Tandis qu'il lançait Lasalle directement devant lui, il portait à droite les deux mille dragons de Milhaud sur Valladolid, avec mission de sabrer les fuyards, de faire des prisonniers, de déposer partout les autorités instituées au nom de Ferdinand VII, et d'en créer de nouvelles au nom de Joseph. Mouvement ordonné au maréchal Soult sur Reinosa afin de prendre Blake à revers. Mais ce qui pressait le plus pour lui, et ce qu'il exécuta immédiatement, en donnant un seul jour de repos aux troupes, ce fut d'acheminer de Burgos vers Reinosa le maréchal Soult, avec le 2e corps, afin de le jeter sur les derrières de Blake. Une fois, en effet, arrivé à Burgos, le moment était venu de se rabattre à droite et à gauche sur les derrières des armées espagnoles, et de commencer par celle que commandait le général Blake, puisque c'était celle qui se trouvait actuellement aux prises avec les généraux français, et contre laquelle il importait de marcher, si on voulait arriver à temps pour la prendre à revers. Napoléon ordonna au maréchal Soult de partir à marches forcées de Burgos dès le 12 au matin, et, par un mouvement en arrière à droite, de se porter par Huermèce et Canduela sur Reinosa. Vues de Napoléon sur le corps du maréchal Soult. Il était probable, si l'armée espagnole de Blake avait été battue, que le maréchal Soult la rencontrerait dans sa retraite, et que, si au lieu de se retirer en ordre, comme font les armées régulières, elle se dispersait en nuées de fuyards, il en recueillerait au moins quelques débris. De Reinosa, le maréchal Soult devait marcher sur Santander pour soumettre les Asturies. Napoléon trouvait à cette marche du maréchal Soult un double avantage: c'était d'abord de tourner Blake; secondement, de rendre le 2e corps, qui était l'ancien corps de Bessières, à sa destination première, celle d'occuper la Vieille-Castille et le royaume de Léon, pays qu'il connaissait, et où il avait l'habitude d'agir. Son projet était, en même temps, dès que les maréchaux Lefebvre et Victor auraient achevé leur opération en Biscaye, de les rappeler à lui par Vittoria, où les attendait leur artillerie, qu'ils n'avaient pu emmener avec eux dans les montagnes, et de les attirer, par Miranda et Burgos, sur le chemin de Madrid. Le maréchal Soult partant avec toute son artillerie, qu'il n'avait pas été obligé de laisser en arrière, parce qu'il avait suivi la grande route, avait tout ce qu'il lui fallait pour les opérations dont il était chargé.

Ordres pour accélérer l'entrée en Espagne du corps du général Junot, afin de l'adjoindre au corps du maréchal Soult contre les Anglais.

Napoléon avisa le jour même aux moyens de lui préparer un renfort considérable. On parlait vaguement des Anglais à Burgos, et plusieurs prisonniers, questionnés avec soin, avaient annoncé leur présence sur les routes qui aboutissent du Portugal en Espagne. D'autres avaient parlé d'Anglais débarqués à la Corogne, et s'acheminant par Astorga sur Léon. Les lettres interceptées à la poste contenaient les mêmes indications. Il était évident que, sans savoir l'époque à laquelle on les rencontrerait, on devait avoir affaire à eux dans les plaines de la Vieille-Castille, soit qu'établis en Portugal ils vinssent de Lisbonne sur Salamanque, soit que débarqués en Galice ils vinssent de la Corogne à Astorga. Napoléon ne les croyait pas aussi rapprochés de lui qu'ils l'étaient en effet, car le plan britannique s'exécutait ponctuellement. Les détachements de John Moore avaient déjà dépassé Badajoz et Almeida; et celui de sir David Baird, reçu enfin à la Corogne, s'avançait sur Lugo et Astorga. Mais, que les Anglais fussent plus ou moins rapprochés, la question importait peu à Napoléon, qui au contraire souhaitait de les voir s'engager dans l'intérieur de la Péninsule de telle façon qu'ils n'en pussent pas revenir; et dans cette prévision il disposait tout pour les accabler. Il avait résolu de joindre au maréchal Soult le corps du général Junot, ramené de Portugal par mer, conformément à la convention de Cintra, que les Anglais, tout en la blâmant, avaient loyalement exécutée. Déjà il avait donné des ordres pour que ce corps fût réarmé, réorganisé, et bientôt mis en état de reparaître en ligne. Il expédia de Burgos de nouveaux ordres pour que la première division, celle du général Laborde, passât la Bidassoa le 1er décembre; que la seconde, celle du général Loison, marchât immédiatement après, et que la troisième, qu'il venait de confier au général Heudelet, mais qui était moins préparée que les deux autres, suivît celles-ci dans le plus court délai possible. Napoléon ne doutait pas que ce corps déjà bien aguerri ne se montrât jaloux de venger la journée de Vimeiro, et n'en fût très-capable. Les corps du maréchal Soult et du général Junot résistant de front aux Anglais, il pourrait de Madrid, où il se proposait d'être prochainement, opérer sur leurs flancs et leurs derrières quelque manœuvre, d'autant plus décisive qu'on les laisserait avancer plus loin. Il ne s'occupa donc en ce moment des Anglais, dont l'apparition était facile à prévoir, que pour préparer les moyens de les arrêter plus tard dans leur marche.

Après le départ du maréchal Soult, Napoléon, resté seul à Burgos avec la garde impériale et une partie des dragons, hâta le mouvement des deux divisions du maréchal Ney sur cette ville, les destinant à opérer plus tard sur les derrières de Castaños, quand il en aurait fini avec le général Blake, et qu'il pourrait dégarnir son centre au profit de sa gauche. Il avait tracé l'itinéraire du maréchal Ney sur Burgos par Haro, Pancorbo et Briviesca.

Marche des maréchaux Lefebvre et Victor contre le général Blake.

Tandis qu'il envoyait le maréchal Soult dans les Asturies, sur les derrières du général Blake, les maréchaux Lefebvre et Victor continuaient de poursuivre le général espagnol à travers la Biscaye. Le maréchal Lefebvre, n'ayant trouvé aucune résistance sérieuse à Gueñes le 7, était entré le 8 à Balmaseda, et avait porté en avant, jusqu'aux environs de Barcena, la division Villatte, qu'on lui avait prêtée pour quelques jours. Réunion momentanée de ces deux maréchaux à Balmaseda et poursuite séparée du général Blake. De son côté le maréchal Victor, réprimandé pour avoir songé à s'éloigner de la Biscaye, était revenu par Orduña, Amurrio, Oquendo, sur Balmaseda, et, le 9, avait fait sa jonction auprès de cette ville avec le corps du maréchal Lefebvre, dédommagé de la nouvelle direction qui lui était donnée par l'avantage de recouvrer la division Villatte, et de pouvoir rencontrer et battre un ennemi déjà démoralisé. Il vit le maréchal Lefebvre dans la journée du 9, et promit de concerter sa marche avec la sienne. Arrivée du maréchal Victor à Espinosa à la suite du général Blake. Mais, le lendemain 10, craignant un voisinage qui pourrait le priver encore de la division Villatte, il se hâta de pousser à outrance l'armée de Blake jusqu'à l'entrée des gorges de la Biscaye, les franchit à sa suite sans perdre un instant, et vers la seconde moitié du même jour arriva de l'autre côté des monts, près d'Espinosa, petite ville qui était importante par sa position, car elle se trouvait placée au point d'intersection de toutes les routes de la plaine et de la montagne. (Voir la carte no 43.) Situation d'Espinosa au centre de toutes les routes. D'Espinosa, en effet, on peut se rendre par une grande route soit à Bilbao, soit à Santander, si on veut aller de la plaine à la montagne; et si au contraire on veut descendre de la montagne dans la plaine, on peut encore se rendre par une grande route soit à Villarcayo, soit à Reinosa, et gagner ainsi ou Burgos ou Léon. C'était donc la peine pour le général Blake de s'arrêter à ce point et de le disputer opiniâtrement. C'était aussi la peine pour le maréchal Victor d'y combattre afin de s'en emparer; il comptait d'ailleurs être rejoint, s'il en avait besoin, par le maréchal Lefebvre, quoiqu'il l'eût quitté sans le voir et sans le prévenir. Le maréchal Lefebvre l'avait suivi dans la même vallée, tenant une route parallèle, mais un peu à gauche et en arrière, et fort blessé de ce que son collègue, parti à l'improviste, ne lui avait rien dit ni fait dire au sujet des opérations à exécuter en commun. Heureusement, un seul des deux corps français, lancés à la suite de Blake, suffisait pour l'accabler, tant étaient mal organisées les troupes espagnoles, et irrésistibles celles que Napoléon venait de faire entrer en Espagne.

Bataille d'Espinosa.

Première journée.