Conduite de MM. de Talleyrand et Fouché. Encouragés par cette absence, certains personnages avaient aussi donné un libre cours à leur langue et à leur penchant pour l'intrigue. Deux surtout avaient poussé jusqu'à l'imprudence l'oubli d'une soumission à laquelle ils semblaient habitués depuis bientôt dix années, c'étaient MM. Fouché et de Talleyrand. Nous avons fait connaître ailleurs le caractère, et le rôle pendant les premières années du Consulat, de ces deux personnages si divers, si hostiles l'un à l'autre, et les plus importants de l'époque après l'archichancelier Cambacérès. L'archichancelier Cambacérès, quoique moins consulté que jadis, s'efforçait toujours en secret, et sans ostentation, de faire prévaloir dans l'esprit de Napoléon des pensées de modération et de prudence, à quoi il réussissait beaucoup plus rarement qu'autrefois. Du reste, les événements commençaient à le fatiguer et à l'attrister, et il tendait chaque jour à s'effacer davantage, ce qui est facile en tout temps, car les acteurs pressés sur la scène du monde ne sont jamais fâchés qu'on leur laisse la place vide. Napoléon seul s'en apercevait avec regret, appréciant sa rare sagesse, quoiqu'il en fût souvent importuné. On songeait donc beaucoup moins au prince archichancelier. MM. Fouché et de Talleyrand, au contraire, aimaient fort qu'on s'occupât d'eux, et attiraient volontiers sur eux-mêmes tout ce qui restait d'attention à un public dont Napoléon occupait presque seul la pensée. M. Fouché, excellent ministre de la police dans les premiers temps du Consulat, par son indifférence indulgente envers les partis qui le portait à ménager tout le monde, avait cependant deux inconvénients graves pour un ministre de la police, c'était le soin de se faire valoir aux dépens du gouvernement, et le besoin de se mêler de toutes choses. Ménageait-il celui-ci ou celui-là, prévenait-il un acte de rigueur, il s'en attribuait le mérite auprès des intéressés, leur donnant à entendre que sans lui on aurait bien autrement souffert de la tyrannie d'un maître impétueux. Il affectait de contenir le zèle emporté du préfet de police Dubois, fonctionnaire personnellement dévoué à l'Empereur, le raillait des découvertes qu'il prétendait faire, et traitait de complots chimériques tous ceux qui étaient dénoncés par cet agent. En cela M. Fouché pouvait avoir raison, mais il avait lui-même ses excès de zèle. Il voulait se mêler de tout, pour paraître influent en tout. Récemment, dans le désir de se donner de l'importance, il avait pris sur lui de conseiller le divorce à l'impératrice Joséphine, croyant qu'il plairait ainsi à Napoléon, en amenant un sacrifice que celui-ci n'osait pas demander, mais qu'il souhaitait ardemment. Ces vues trop personnelles, cette indiscrète intervention dans ce qui ne le regardait pas, avaient déjà failli perdre M. Fouché auprès de Napoléon, qui ne voulait pas naturellement qu'on se fit valoir à ses dépens; qu'on le peignît aux partis comme dur et cruel, en se réservant pour soi les honneurs de l'indulgence; qu'on affectât l'incrédulité en fait de complots pouvant compromettre la sûreté de son gouvernement; qu'on se permît enfin de prendre l'initiative dans de graves affaires d'État ou de famille, qui ne concernaient que lui seul, et dont seul il pouvait et voulait juger la maturité.
Une circonstance toute récente lui avait donné occasion de témoigner à cet égard son sentiment, et il l'avait fait d'une manière fâcheuse pour M. Fouché. Un ancien militaire, le général Malet, conspirateur incorrigible, Servan, autrefois ministre de la guerre, un ex-conventionnel, Florent-Guyot, un employé peu connu du département de l'instruction publique, étaient compromis dans une trame peu sérieuse, mais qui annonçait déjà un commencement de résistance au pouvoir absolu. Il n'y avait là qu'une chose grave, et personne ne s'en aperçut alors, c'était la manie du général Malet de penser que, Napoléon étant souvent absent pour la guerre, il fallait profiter de l'une de ses absences pour le dire mort, et provoquer un soulèvement. Le projet du général Malet, réalisé plus tard, était-il seulement en germe alors, ou déjà fort mûri dans la prétendue trame que M. Dubois croyait avoir découverte, c'est ce qu'il est impossible de décider. M. Fouché railla beaucoup M. Dubois, et celui-ci, se sentant soutenu, traita son ministre avec peu de respect. Napoléon averti en Espagne de ce différend, et n'aimant pas que son ministre de la police jouât l'esprit fort en matière de complots, ou peut-être se fît valoir auprès des corps de l'État en étouffant une affaire dans laquelle plusieurs de leurs membres étaient compromis, prêta tout appui à M. Dubois, et voulut que la question fût examinée dans un conseil présidé par le prince Cambacérès. Le prudent archichancelier pacifia la querelle en décidant que s'il n'y avait pas lieu à suivre, il y avait du moins grande attention à donner à ces premiers symptômes de l'esprit de révolte. M. Fouché fut vertement réprimandé par ordre de l'Empereur. Il venait de l'être plus durement encore au sujet de sa proposition de divorce. Cette proposition faite spontanément à l'impératrice Joséphine par le ministre de la police avait paru à celle-ci dictée par l'Empereur lui-même, car elle n'avait pu supposer qu'un ministre prît sur lui de hasarder une telle démarche s'il n'y avait été autorisé, et il en était résulté des agitations intérieures qui avaient vivement affecté Napoléon. Cherchant la stabilité qui lui échappait, il désirait un héritier, et sentait peu à peu mûrir en lui la résolution du divorce. Mais plus il approchait du moment de cette résolution, moins il voulait s'infliger à l'avance une douleur qui devait lui être très-sensible. M. Fouché fut donc désavoué pour cette démarche, et condamné auprès de l'impératrice à des excuses humiliantes. M. Cambacérès fut encore l'intermédiaire, le pacificateur de ce différend. Mais M. Fouché put dès lors s'apercevoir du déclin rapide de son crédit.
Quant à M. de Talleyrand, sa situation était aussi fort compromise, et également par sa faute. Il avait déjà donné plus d'un sujet de défiance et de déplaisir à Napoléon, surtout en quittant le ministère des affaires étrangères en 1807, pour le vain motif de devenir grand dignitaire de l'Empire. Il avait regagné la faveur impériale en se faisant l'instrument actif de la politique qui avait amené la guerre d'Espagne, et Napoléon l'avait tour à tour conduit à Erfurt, ou laissé à Paris, afin de pallier auprès de la diplomatie européenne ce que cette politique pouvait avoir d'odieux et d'inquiétant pour les cours étrangères. Mais M. de Talleyrand était de tous les hommes le moins capable de résister à l'opinion du jour, et la guerre d'Espagne ayant fini par encourir la réprobation universelle, n'était plus bonne à ses yeux qu'à désavouer. Aussi ne manquait-il pas de dire qu'il ne l'avait point conseillée, se fondant sans doute sur ce qu'il avait préféré, entre les projets proposés, le démembrement de l'Espagne à l'usurpation de la couronne. Les désaveux commencés, il remontait jusqu'à l'affaire du duc d'Enghien, car dans ce moment de défaveur on revenait sur toutes les fautes que Napoléon avait pu commettre, et M. de Talleyrand voulait n'avoir été complice d'aucune. Son imprudence était grande, car si tout se redit vite à Paris, tout se redisait bien plus vite alors, à l'indiscrétion se joignant plus qu'à aucune autre époque le goût perfide de plaire. M. de Talleyrand ne pouvait donc manquer d'être bientôt dénoncé à l'Empereur.
Ses torts ne s'étaient pas bornés à quelques désaveux peu fondés, il s'était réconcilié avec M. Fouché, après dix ans de haine et de dénigrement réciproques. Ils se traitaient l'un l'autre d'intrigant frivole, affectant de diriger une diplomatie qui, aidée par la victoire, allait toute seule; d'intrigant subalterne agitant l'Empereur de vulgaires dénonciations, et faisant étalage d'une police que la soumission générale rendait facile, même inutile. M. de Talleyrand méprisait la vulgarité de M. Fouché, celui-ci la frivolité de M. de Talleyrand. Cependant, comme si une situation grave avait paru exiger de leur part l'oubli d'anciens ressentiments, MM. de Talleyrand et Fouché, rapprochés par des officieux, s'étaient réconciliés et publiquement visités, ce qui avait produit une surprise générale. Le motif vrai de leur réconciliation, c'est que des circonstances pouvaient se présenter prochainement où leur union serait nécessaire à tous deux. On se persuadait, en effet, que Napoléon finirait par rencontrer en Espagne le poignard d'un fanatique, ou en Autriche un boulet de canon. MM. Fouché et de Talleyrand, plus enclins à croire à la chute d'un ordre de choses qui n'était plus de leur goût, semblaient partager l'opinion que la personne de Napoléon succomberait infailliblement à un péril trop souvent bravé. Que deviendrons-nous? que ferons-nous? étaient les questions qu'ils s'étaient adressées, et que certainement ils n'avaient pas résolues. Mais les intermédiaires, exagérant comme de coutume les demi-confidences que ces deux personnages avaient pu se faire, prétendaient que tout un plan de gouvernement avait été préparé par eux pour le cas où Napoléon serait frappé. On leur prêtait même l'idée de transmettre la couronne impériale à Murat, qui avait porté à Paris, avant de se rendre à Naples, le mécontentement de n'être pas roi d'Espagne.
Ces vains bruits ne mériteraient pas d'occuper l'histoire, s'ils n'attestaient un commencement d'altération dans les esprits, résultat des fautes de Napoléon, et surtout s'ils n'avaient pas eu le fâcheux effet de tenir les étrangers en éveil sur ce qui se passait à Paris, de leur persuader que l'autorité de Napoléon était fort affaiblie, que la nation était dégoûtée de sa politique, que ses moyens d'action étaient très-diminués, et que le moment enfin était venu de lui déclarer de nouveau la guerre. Il est certain que l'état des esprits à Paris[1] agit alors beaucoup sur l'état des esprits en Europe, et contribua extrêmement à rallumer la guerre, comme on va bientôt le voir.
Napoléon connaissait, avant de quitter Valladolid, une grande partie de ce que nous venons de rapporter, et il en éprouvait une irritation dont il ne sut pas contenir les éclats. La veille de son départ, apprenant que les grenadiers de la vieille garde murmuraient parce qu'on les laissait en Espagne, du moins momentanément; apprenant aussi que le général Legendre, l'un des signataires de la capitulation de Baylen, devait se présenter à lui dans une revue qu'il allait passer, Napoléon se livra à des mouvements de colère qui affligèrent profondément ceux qui en furent témoins. Parcourant à pied les rangs de ses grenadiers qui lui présentaient les armes, soit qu'il eût entendu quelque murmure, soit qu'il eût reconnu l'un des mécontents, il lui arracha son fusil des mains, et le tirant à lui: Malheureux, lui dit-il, tu mériterais que je te fisse fusiller! et peu s'en faut que je ne le fasse.—Puis, le rejetant dans les rangs, et s'adressant à ses camarades: Ah! je le sais, leur dit-il, vous voulez retourner à Paris pour y retrouver vos habitudes et vos maîtresses, eh bien, je vous retiendrai encore sous les armes à quatre-vingts ans!—Ayant ensuite aperçu le général Legendre, il lui saisit la main et lui dit: Cette main, général, cette main, comment ne s'est-elle pas séchée en signant la capitulation de Baylen?—L'infortuné général, foudroyé par ces paroles, sembla s'abîmer dans sa honte, et chacun s'inclina devant le visage enflammé de Napoléon, tout en blâmant secrètement ces inqualifiables violences.
Il partit ensuite pour Paris, où il arriva, comme nous l'avons dit, avec une rapidité égale à ses passions. On lui avait beaucoup écrit en Espagne; car indépendamment de ses ministres il avait de nombreux correspondants, qui lui communiquaient tout ce qu'ils pensaient et tout ce qu'ils recueillaient[2]; il avait beaucoup appris en route, quoique en courant; il avait donné un grand nombre d'ordres, prescrit notamment l'arrestation d'un abbé Anglade qui, dans la Gironde, avait mal parlé en chaire de la conscription, et mandé à Paris l'archevêque de Bordeaux, qui avait souffert les sermons de l'abbé Anglade. À peine entré aux Tuileries, il avait été assailli par des milliers de rapports sur ce qui s'était passé en son absence. Ces rapports fort exagérés ne pouvaient tromper un esprit aussi sagace que le sien, mais on accueille volontiers ce qui flatte l'irritation qu'on éprouve, et Napoléon crut, ou parut croire beaucoup de choses invraisemblables. Il appela auprès de lui l'archichancelier Cambacérès, auquel il redit avec une extrême animation tout ce qu'on lui avait raconté, s'emportant surtout contre MM. Fouché et de Talleyrand, qui, selon lui, n'avaient pu se réconcilier que dans de très-mauvaises intentions. L'archichancelier Cambacérès essaya de le calmer, mais il n'y réussit qu'imparfaitement. Ce qui blessait Napoléon, c'était qu'on disposât de sa succession comme si sa mort eût été certaine; ce qui le blessait plus encore, c'était le désaveu de sa politique, fait par un homme qui en avait été le complice, et qui avait été conduit à Erfurt et laissé à Paris pour en être l'apologiste. Aussi le principal orage devait-il fondre sur la tête de M. de Talleyrand, M. Fouché ayant déjà reçu par écrit de vertes réprimandes, et bien que commençant à déplaire, n'ayant pas encore assez comblé la mesure pour être sacrifié.
Disgrâce de M. de Talleyrand. Napoléon, dans un conseil de ministres auquel assistaient plusieurs grands dignitaires présents à Paris, se plaignit de toutes choses et de tout le monde, car il n'était rien dont il ne fût mécontent. On avait perdu à cette époque, au milieu du calme de l'Empire, la connaissance de l'opinion publique et de ses brusques revirements; on croyait qu'un gouvernement pouvait la diriger à volonté, et on avait à cet égard une foi puérile dans l'influence de la police, parce qu'elle avait une autorité absolue sur les journaux. Napoléon se plaignit de ce qu'on avait laissé les esprits s'égarer sur les événements du jour, de ce qu'on avait laissé interpréter sa dernière campagne, toute marquée par des succès, comme une campagne féconde en revers; lança plusieurs traits acérés contre ceux qui avaient parlé et agi comme en présence d'une succession déjà ouverte, comme en présence d'un règne près de finir. Il se plaignit surtout avec une extrême amertume de ceux qui, pour le désavouer, ne craignaient pas de se désavouer eux-mêmes; enfin ne se contenant plus, parcourant à grands pas la salle du conseil, et s'adressant à M. de Talleyrand, qui était immobile, debout, adossé à une cheminée, il lui dit en gesticulant de la manière la plus vive:—Et vous osez prétendre, Monsieur, que vous avez été étranger à la mort du duc d'Enghien! Et vous osez prétendre que vous avez été étranger à la guerre d'Espagne!—Étranger, répétait Napoléon, à la mort du duc d'Enghien! mais oubliez-vous donc que vous me l'avez conseillée par écrit? Étranger à la guerre d'Espagne! mais oubliez-vous donc que vous m'avez conseillé dans vos lettres de recommencer la politique de Louis XIV? oubliez-vous que vous avez été l'intermédiaire de toutes les négociations qui ont abouti à la guerre actuelle?—Puis passant et repassant devant M. de Talleyrand, lui adressant chaque fois les paroles les plus blessantes, accompagnées de gestes menaçants, il glaça d'effroi tous les assistants, et laissa ceux qui l'aimaient pleins de douleur de voir abaissée dans cette scène la double dignité du trône et du génie[3]. Napoléon congédia ensuite le conseil, fâché de ce qu'il avait fait, et ajoutant au mécontentement qu'il avait des autres le juste mécontentement qu'il devait avoir de lui-même.
M. de Talleyrand rentré chez lui éprouva une sorte de saisissement. Les médecins furent inquiets pour sa vie, car il n'avait nullement le courage de la disgrâce, quoiqu'il la soutînt avec une impassibilité apparente. Cependant Napoléon était trop irrité pour s'en tenir à des paroles. Il voulut qu'une manifestation officielle apprît au public que M. de Talleyrand avait encouru sa défaveur. Ce personnage, qui aimait tous les genres d'honneur, avait aspiré à être grand chambellan lorsqu'il occupait les fonctions si sérieuses de ministre des affaires étrangères. Devenu grand dignitaire, il était resté grand chambellan, et en cumulait les avantages pécuniaires avec ceux de sa nouvelle dignité. Le lendemain même de la séance orageuse qui avait eu lieu au conseil des ministres, Napoléon lui fit redemander la clef de grand chambellan, et la transmit à M. de Montesquiou, l'un des membres du Corps Législatif les plus justement honorés, qui joignait à ses titres actuels des titres anciens, fort appréciés par Napoléon quand ils s'ajoutaient à un mérite réel. Toutefois M. de Talleyrand, s'apercevant qu'il s'était trop hâté de se conduire avec le gouvernement impérial comme avec un gouvernement perdu, chercha à racheter par une extrême soumission les propos imprudents qu'on lui reprochait. Deux ou trois jours après il se rendit à une grande fête aux Tuileries, dans le plus brillant costume, s'inclinant profondément devant le maître dont il avait essuyé les outrages, voulant presque le faire douter lui-même et surtout faire douter le public de ce qui s'était passé. Il y réussit dans une certaine mesure, car Napoléon, désarmé par cette soumission calculée, découvrit le calcul, mais agréa l'humilité.
Signes avant-coureurs d'une guerre prochaine. Après avoir réprimé les langues autour de lui, sans les réprimer dans le public, qu'on ne pouvait pas disgracier, Napoléon s'occupa sur-le-champ des graves affaires qui l'avaient amené à Paris. Ces affaires étaient la diplomatie et la guerre qu'il fallait conduire de front, car on se trouvait à la veille d'une rupture avec l'Autriche. Cette puissance, que nous avons vue si agitée depuis trois ans, flottant tour à tour entre le désir de venger ses humiliations et la crainte de nouveaux revers; cherchant sans cesse une occasion opportune, ayant cru en découvrir une dans le hardi mouvement de Napoléon vers le Nord en 1807, l'ayant laissée passer sans la saisir, et regrettant amèrement de l'avoir manquée; croyant en apercevoir une nouvelle dans la guerre d'Espagne, hésitant depuis six mois si elle en profiterait ou non, et au milieu de ces hésitations armant avec une activité toujours croissante, cette puissance semblait enfin près d'éclater. Tout ce qu'elle faisait dans l'étendue de son empire comme préparatifs militaires, auprès des cabinets européens comme intrigue politique, décelait une résolution presque arrêtée. L'approche du printemps d'ailleurs donnait lieu de penser qu'on aurait tout au plus deux ou trois mois pour se préparer à lui tenir tête. Il fallait donc se hâter si on ne voulait être pris au dépourvu; mais c'est dans l'art de bien employer le temps et de créer par miracle ce qui n'existait pas que Napoléon excellait, et il en fournit ici une nouvelle et éclatante preuve.