Organisation de l'armée destinée à agir en Allemagne. Il fallait employer cette vaste levée de jeunes gens, et en fait d'organisation personne, on le sait, n'a jamais égalé Napoléon. Il avait depuis deux ans décrété la formation de tous les régiments à cinq bataillons. Diverses causes avaient empêché jusqu'alors la complète exécution de cette mesure: d'abord le nombre des conscrits qui n'était pas encore suffisant, et qui n'allait le devenir que par l'arrivée aux corps des 160,000 hommes récemment appelés; ensuite la dépense, qui ne pouvait manquer d'être grande; enfin le mouvement des régiments qui se déplaçaient sans cesse, et employaient leur temps, quand ils ne combattaient pas, à se rendre de la Vistule sur le Tage, ou du Pô sur l'Èbre. Par ces motifs, la plupart des régiments en étaient à s'occuper de la création du quatrième bataillon, et presque aucun n'avait formé le cinquième.

Après avoir envoyé en Espagne trois corps de la grande armée: ceux du maréchal Victor (autrefois premier corps), du maréchal Mortier (autrefois cinquième corps), du maréchal Ney (autrefois sixième corps), et les troupes qui avaient formé le corps du maréchal Lefebvre, plus tous les dragons; après avoir détaché de l'armée d'Italie de quoi tripler l'armée de Catalogne, Napoléon s'était fort affaibli du côté de l'Allemagne, surtout en vieux soldats. Il lui restait sous le titre d'armée du Rhin, et sous les ordres du maréchal Davout, six divisions d'infanterie, les belles divisions Morand, Friant, Gudin (qui avaient jadis composé le troisième corps); l'excellente division Saint-Hilaire, qui avait fait partie du corps du maréchal Soult; la fameuse division des grenadiers et voltigeurs d'Oudinot, actuellement à Hanau; la division Dupas, celle-ci de deux régiments seulement, composant avec les Hollandais la garde des villes anséatiques; quatorze régiments de cuirassiers, troupe incomparable devant laquelle aucune infanterie européenne n'avait pu tenir; enfin dix-sept régiments de cavalerie légère la mieux exercée qu'il y eût au monde, et une formidable artillerie. Il fallait ajouter à ces forces les deux divisions Carra Saint-Cyr et Legrand ayant appartenu au corps du maréchal Soult, et actuellement dirigées sur Paris pour faire une démonstration vers le camp de Boulogne; les deux divisions Boudet et Molitor, longtemps laissées sur l'Elbe comme noyau de l'armée de réserve en 1807, et depuis ramenées sur Lyon dans la supposition d'une expédition toujours projetée, jamais accomplie, contre la Sicile. Ces belles troupes, les meilleures de l'Europe, ne formaient pas toutefois une masse de plus de 110 mille hommes, après en avoir défalqué tous les soldats que leur âge ou leurs blessures rendaient impropres au service. Ce n'était pas avec de telles forces que Napoléon pouvait réduire la maison d'Autriche, quelque bons que fussent les soldats dont elles se composaient. Voici comment il avait résolu de les étendre.

L'armée du Rhin comprenait vingt et un régiments d'infanterie, qui avaient reçu leurs trois bataillons de guerre, depuis qu'on avait commencé à former les quatrièmes bataillons. Lorsqu'ils en auraient quatre, ce qui allait résulter de la création des cinquièmes, cette armée du Rhin devait présenter quatre-vingt-quatre bataillons et 70 mille hommes d'infanterie. Le corps d'Oudinot, composé de compagnies de grenadiers et de voltigeurs, détachées originairement des régiments qui ne faisaient point partie de l'armée active, n'avait plus actuellement les mêmes raisons d'exister. Il devenait difficile en effet, maintenant que les régiments agissaient si loin de leurs dépôts, qu'ils avaient à la fois des bataillons en Allemagne, en Italie, en Espagne, de détacher les compagnies d'élite pour les envoyer à de si grandes distances. Ayant en outre dans la garde impériale une troupe de choix, qui se développait tous les jours davantage, Napoléon n'était plus réduit comme autrefois à en chercher une dans la réunion des compagnies de grenadiers et de voltigeurs. Il imagina donc tout simplement de convertir le corps d'Oudinot en une réunion de quatrièmes bataillons qui seraient détachés des régiments auxquels ils appartenaient. D'abord, comme ce corps renfermait vingt-deux compagnies de voltigeurs et de grenadiers appartenant à l'armée du maréchal Davout, il les lui envoya pour servir de noyau à la formation des quatrièmes bataillons dans cette armée. Les compagnies de fusiliers devaient partir le plus tôt possible des dépôts répandus en Alsace, en Lorraine, en Flandre, pour compléter ces quatrièmes bataillons. Les autres compagnies d'élite du corps d'Oudinot appartenaient à trente-six régiments qui avaient passé d'Allemagne en Espagne. Napoléon résolut également de faire de ces compagnies le noyau de trente-six quatrièmes bataillons, qui, pour le moment, serviraient en Allemagne, où ils étaient tout transportés, sauf à les rapprocher plus tard de l'Espagne, si leurs régiments continuaient à y servir. Les compagnies de fusiliers allaient leur être successivement envoyées des dépôts répandus dans le nord et l'est de la France. Ils devaient être distribués en trois divisions de douze bataillons chacune, et après leur formation présenter 30 mille hommes d'infanterie.

Les quatre divisions Carra Saint-Cyr, Legrand, Boudet, Molitor, comprenaient douze régiments, actuellement à trois bataillons de guerre, devant bientôt en avoir quatre, ce qui ferait encore quarante-huit bataillons, et procurerait environ 30 mille hommes. L'armée du Rhin pouvait ainsi s'élever à 130 mille hommes d'infanterie, sans compter les 5 mille de la division Dupas. Sur le vaste recrutement ordonné, Napoléon voulut prendre de quoi porter à 11 cents hommes tous les régiments de cavalerie, ce qui ne pouvait manquer de leur assurer 9 cents combattants. Les quatorze régiments de cuirassiers comptaient 11 ou 12 mille cavaliers dans le rang: il espérait en prenant dans les dépôts tout ce qui était disponible les porter à 13 ou 14 mille présents sous les armes. Il se proposait d'étendre jusqu'à 14 ou 15 mille cavaliers l'effectif des dix-sept régiments de cavalerie légère. Il résolut aussi de tirer parti des vingt-quatre régiments de dragons employés en Espagne. Une pareille force était plus que suffisante pour les besoins de cette guerre, eu égard surtout aux besoins des autres guerres qui se préparaient au nord de l'Europe. Les dépôts en outre regorgeaient de dragons tout formés, que Napoléon dans le moment croyait plus utiles en Allemagne qu'en Espagne. Il ordonna donc à l'état-major de Madrid de renvoyer au dépôt le cadre du troisième escadron de guerre, en versant dans les deux premiers escadrons les hommes capables de servir, ce qui devait laisser à peu près au même effectif la force active en Espagne, et fournir des cadres pour utiliser les cavaliers déjà formés dans les dépôts. Son projet était de tirer successivement des dépôts pour les verser dans le cadre des troisièmes et quatrièmes escadrons, tous les hommes instruits, et de les envoyer ensuite en Allemagne, en composant avec ces quarante-huit escadrons douze régiments provisoires de dragons de quatre escadrons chacun. Les dépôts de dragons étaient répandus dans le Languedoc, la Guyenne, le Poitou, l'Anjou. Napoléon espérait ainsi avoir d'abord trois mille, puis six, et jusqu'à douze mille dragons, dès que la conscription aurait fourni le personnel nécessaire. Il pouvait en conséquence compter avant deux mois sur 13 ou 14 mille cuirassiers, sur 14 mille hussards et chasseurs, sur 3 mille dragons, presque tous vieux soldats, c'est-à-dire sur 30 mille hommes de cavalerie. Avec 130 mille hommes d'infanterie, 30 mille de cavalerie, 20 mille d'artillerie, 5 mille de la division Dupas, 15 ou 20 mille de la garde, il se promettait de réunir 200 mille Français en Allemagne, lesquels, avec 100 mille Allemands et Polonais auxiliaires, devaient lui assurer 300 mille combattants sur le Danube. Le même système de formation allait lui en procurer 100 mille en Italie.

Composition des forces destinées à opérer en Italie. Napoléon avait en Italie douze régiments d'infanterie dont la formation à quatre bataillons était presque achevée, et dont la formation à cinq était commencée. Ils étaient partagés en quatre divisions de trois régiments, et de 9 à 10 mille hommes chacune, en y comprenant l'artillerie. La première de ces divisions était à Udine, la seconde à Trévise, la troisième à Mantoue, la quatrième à Bologne. On avait rappelé de l'armée de Dalmatie les troisièmes bataillons des huit régiments composant cette armée, en versant les hommes valides dans les deux premiers bataillons, et en ne ramenant que le cadre du troisième, ce qui n'avait pas sensiblement affaibli la force effective préposée à la garde de cette province éloignée. Au moyen de ces huit cadres de troisièmes bataillons, et de la création de huit autres résultant de la nouvelle organisation, on avait réuni seize bataillons d'infanterie, qui formaient à Padoue une cinquième division forte de 12 mille hommes au moins. Le repos dont jouissait l'armée d'Italie, et le soin que Napoléon avait mis à lui assurer sa part dans chaque conscription, avaient été cause que les nouvelles formations y étaient plus avancées qu'ailleurs. Enfin avec quelques troisièmes et quatrièmes bataillons de l'armée de Naples, et deux régiments entiers tirés de Naples même, on avait composé une belle division, qui, sous le général Miollis, gardait les États romains. Napoléon avait ordonné à Murat, devenu roi des Deux-Siciles, de distribuer son armée en deux divisions, l'une placée entre Naples et Reggio, l'autre entre Naples et Rome, de manière que celle-ci pouvant au besoin détacher une brigade sur Rome, rendît la division Miollis disponible. Les Anglais étaient assez occupés en Espagne, et devaient l'être assez sur le littoral germanique si la guerre se rallumait dans le Nord, pour qu'on n'eût pas à s'inquiéter beaucoup de leurs tentatives contre le midi de l'Italie. On pouvait donc réunir six divisions, comprenant environ 58 mille hommes d'infanterie, la plupart vieux soldats qui ne s'étaient pas battus depuis longtemps, et qui avaient grand désir de recommencer leur ancien métier. Cinq régiments de dragons, cinq de hussards et chasseurs, ce qui suffisait en Italie, offraient, en puisant dans les dépôts, une nouvelle ressource de 8 mille hommes de cavalerie. Avec 6 mille d'artillerie, on était certain d'avoir une armée de 72 mille Français. En y ajoutant 18 à 20 mille Italiens, et dans le cas où l'on marcherait en avant, 10 mille Français de la Dalmatie, on pouvait compter sur 100 mille hommes environ en Italie, qu'il était facile de transporter en Allemagne. Ces forces réunies permettaient d'accabler la maison d'Autriche avec 400 mille combattants.

Ces formations ordonnées pendant que Napoléon commandait en Espagne, c'est-à-dire en novembre et décembre 1808, accélérées en janvier 1809 pendant qu'il s'était établi à Valladolid, furent poussées avec plus d'activité que jamais depuis son retour à Paris. Mais si l'arrivée des hommes dans les dépôts s'effectuait rapidement, d'autres parties de l'organisation avançaient moins vite. Le matériel d'habillement, toujours lent à confectionner, l'instruction qui ne s'improvise pas, la formation des nouveaux cadres qui exigeait une grande quantité d'officiers et de sous-officiers capables, laissaient beaucoup à désirer. Il est vrai que sous ce dernier rapport nos vieilles armées offraient à Napoléon de grandes ressources. Mais il fallait réunir les éléments épars de ces diverses créations, et même pour le génie la nature des choses, quoique moins rebelle, ne se soumet pas absolument. On peut employer le temps mieux que d'autres, on ne saurait jamais s'en passer. Deux à trois mois qu'on espérait avoir encore ne suffisaient pas, et il était à craindre qu'on ne fût pas prêt, si la guerre éclatait trop tôt.

Soins de Napoléon pour accélérer l'organisation de ses nouveaux corps. Les dépôts avaient versé aux divisions de l'armée du Rhin, ainsi qu'aux quatre divisions Carra Saint-Cyr, Legrand, Boudet et Molitor, tout ce qu'ils avaient de disponible, de manière que ces divisions avaient leurs trois bataillons de guerre bien complets, tant en vieux soldats aguerris qu'en jeunes soldats suffisamment instruits. Les choses ne marchaient pas aussi bien pour l'organisation des quatrièmes bataillons. C'est dans cette occasion que Napoléon tira un grand parti de la garde impériale. Il s'était décidé à lui confier 10 mille conscrits de 1810, et 6 à 7 mille des classes antérieures, pour qu'elle employât ses loisirs à les former, ce qui avait le double avantage de prévenir chez elle une oisiveté dangereuse, et de propager l'excellent esprit dont elle était animée. C'est à Versailles, à Paris et dans les lieux environnants qu'elle se consacrait à cette œuvre si utile, pendant que les moins âgés des soldats dont elle était composée servaient en Espagne sous les yeux de l'Empereur. Une partie des conscrits qu'on lui destinait étant arrivés, elle en avait fait en quelques mois des soldats qui égalaient les vieux sous le rapport de l'instruction et de la tenue. Napoléon prit dans ces recrues les hommes les plus robustes, les plus avancés dans leur éducation militaire, pour les convertir en compagnies de grenadiers et de voltigeurs, qu'il envoya au corps d'Oudinot, afin d'y concourir à la formation des trente-six quatrièmes bataillons qui devaient le composer, en remplacement des vingt-deux compagnies déjà restituées à l'armée du Rhin. Il envoya pareillement de ces grenadiers et voltigeurs aux dépôts de l'armée du Rhin, pour y faciliter l'organisation des quatrièmes bataillons dans cette armée. Il pressa en même temps l'arrivée et l'instruction des conscrits encore dus à la garde, afin de s'en servir pour recruter les corps qui ne trouveraient pas dans leurs dépôts des ressources suffisantes. Il expédia en poste le général Mathieu Dumas, officier d'état-major intelligent, exact, actif, pour parcourir tous les dépôts du midi, de l'est, du nord, depuis Marseille, Grenoble, Lyon, Strasbourg, jusqu'à Mayence et Cologne, avec mission d'en faire partir, sans attendre les ordres du ministre de la guerre, les compagnies de fusiliers qui étaient déjà prêtes, et qui devaient servir à compléter les quatrièmes bataillons. Il ordonna de plus que, dès que les 80 mille conscrits de 1810 commenceraient à arriver dans les dépôts, les régiments qui avaient de l'avance sur les autres procédassent à la formation des cinquièmes bataillons, afin de préparer les éléments d'une forte réserve dans l'intérieur et sur les côtes.

Les dépôts de cavalerie étaient fort riches en hommes et en chevaux, car Napoléon n'avait cessé de s'en occuper et de consacrer des fonds à la remonte. Il fit partir plus de trois mille cuirassiers, chasseurs et hussards, et prescrivit les dispositions nécessaires pour qu'il en partît bientôt un nombre égal. Il fit acheter 12 mille chevaux d'artillerie, et préparer tous les attelages de cette arme. Il ordonna au général Lauriston d'ajouter à l'artillerie de la garde une réserve de 48 bouches à feu, et pour cela d'acheter 1,800 chevaux en Alsace, où la garde les prendrait en passant avec le matériel de cette réserve. Enfin, comme s'il avait deviné les grands travaux qu'il aurait à exécuter dans les îles du Danube, et prévoyant certainement le rôle que ce fleuve immense jouerait dans la prochaine guerre, il ordonna de réunir, outre les outils qui suivaient ordinairement le corps du génie, un approvisionnement extraordinaire de 50 mille pioches et pelles, qui devaient être transportées à la suite de l'armée sur des chariots du train. Il tira en outre de Boulogne un bataillon de 1,200 marins qui fut joint à la garde. Comme il avait surtout besoin d'officiers et de sous-officiers pour les nouveaux cadres, indépendamment des officiers pris dans la garde, il en demanda 300 à Saint-Cyr. Il voulut même choisir dans chaque lycée, où ne se trouvaient que des adolescents, dont les plus âgés avaient de seize à dix-sept ans, ceux qu'un développement précoce rendait propres à la guerre, au nombre de dix par établissement. Il ne s'en tint pas à cette mesure, et ordonna à M. Fouché de faire le recensement des anciennes familles nobles qui vivaient retirées dans leurs terres sans relations avec le gouvernement, afin d'enrôler leurs fils malgré elles, et de les envoyer dans les écoles militaires. Si on se plaint, écrivit-il, vous direz que tel est mon bon plaisir, et il ajouta une raison un peu moins folle, c'est qu'il ne fallait pas que, grâce à de fâcheuses divisions, une partie des familles pût se soustraire aux efforts que faisait la génération présente pour la gloire et la grandeur de la génération future[4]. Il prit encore quelques sous-officiers dans les vélites et fusiliers de la garde, troupe déjà fort aguerrie, quoique plus jeune que le reste du même corps. Ayant beaucoup de cavalerie, et se proposant d'en faire un grand usage contre l'infanterie autrichienne, il rappela d'Espagne les deux officiers de cette arme qu'il estimait le plus, les généraux Montbrun et Lasalle. Il rappela de l'Aragon le maréchal Lannes, qui venait de terminer le siége de Saragosse, et manda auprès de lui le maréchal Masséna.

Premiers mouvements de troupes. Sans vouloir commettre encore aucun acte d'hostilité, car jusqu'ici l'Autriche ne s'en était point permis, il crut cependant utile de rapprocher ses troupes du théâtre supposé de la guerre, ce qui devait avoir le double avantage de les conduire sans fatigue vers les points de concentration, et de donner à l'Autriche un avertissement significatif, qui peut-être la ferait rentrer en elle-même, et lui inspirerait de sages réflexions. En conséquence il ordonna à la division Dupas de quitter les bords de la mer Baltique, pour se rapprocher de Magdebourg. Il fit remplacer par les troupes saxo-polonaises tout ce qu'il avait encore de détachements français à Dantzig, Stettin, Custrin, Glogau. Il prescrivit au maréchal Davout de s'acheminer de la Saxe vers la Franconie, de fixer son quartier général à Wurzbourg, et de diriger sur Bayreuth l'une de ses divisions. Il enjoignit au général Oudinot de se transporter, avec le consentement du roi de Bavière, de Hanau à Augsbourg, aux divisions Carra Saint-Cyr et Legrand de se rendre des environs de Paris aux environs de Metz, aux divisions Boudet et Molitor de s'avancer de Lyon sur Strasbourg. Ces trois points de rassemblement, Wurzbourg, Augsbourg, Strasbourg, devaient être pour l'Autriche d'une haute signification. Il recommanda au prince Eugène, non de faire camper ses troupes, ce que la saison ne comportait pas encore, mais de réunir successivement vers le Frioul ses quatre premières divisions, son matériel d'artillerie, sa cavalerie, de manière à pouvoir présenter en vingt-quatre heures une cinquantaine de mille hommes en bataille. Il renouvela l'ordre à Murat de reporter ses forces vers Rome, afin de rendre disponible la division Miollis. Il décida l'armement de toutes les places d'Italie, et l'achèvement des travaux les plus urgents à Osopo, Palma-Nova, Venise, Mantoue, Alexandrie. Enfin il envoya au général Marmont, qui commandait en Dalmatie, l'ordre de concentrer son armée sur Zara, en ne laissant aux bouches du Cattaro et dans quelques postes intéressants que les garnisons indispensables; de construire à Zara un camp retranché qui serait approvisionné pour un an, de s'y préparer ainsi ou à tenir tête pendant plusieurs mois à des forces considérables, ou à marcher en avant pour se joindre à l'armée d'Italie.

Ordre au général Andréossy de quitter Vienne. À ces manifestations militaires qui ne constituaient pas encore des actes offensifs, Napoléon ajouta une manifestation diplomatique: il ordonna au général Andréossy, ambassadeur à Vienne, de quitter cette capitale, non point en demandant ses passe-ports, ce qui eût ressemblé à une déclaration de guerre, mais en alléguant un congé anciennement sollicité, et récemment obtenu. Napoléon trouvait dans ce rappel dissimulé, outre l'avantage de témoigner son mécontentement, celui de supprimer une cause d'irritation entre les deux cabinets, car le général Andréossy éprouvait pour la cour de Vienne une haine que cette cour lui rendait. Il avait ordre de parcourir en revenant tous les cantonnements autrichiens, pour être à même de donner à son retour des renseignements précis sur les moyens militaires de l'ennemi. Ces dispositions si actives, si prévoyantes, prouvent du reste que Napoléon mettait à prévenir la guerre autant de soin qu'à la préparer. Malheureusement sa politique ambitieuse lui avait fait de la guerre une nécessité fatale, quand ses goûts ne lui en faisaient plus un plaisir.