À ces raisons fort plausibles on ajoutait pour s'exciter des raisons beaucoup moins sérieuses. On prétendait que ce n'était pas seulement pour se relever, mais pour se sauver, qu'il fallait agir au plus tôt, car la ruine de la maison de Habsbourg était résolue, après celle de la maison de Bourbon. L'Empereur des Français voulait, disait-on, renouveler toutes les dynasties, et placer sur les trônes de l'Europe des dynasties de sa création. On citait avec une singulière insistance un propos insignifiant que Napoléon, sous les murs de Madrid, avait tenu aux Espagnols, lorsqu'il avait mis une sorte d'affectation à leur faire attendre le retour de son frère Joseph.—Si vous ne le voulez pas pour roi, leur avait-il dit, je n'entends pas vous l'imposer, j'ai un autre trône à lui donner; et, quant à vous, je vous traiterai en pays conquis.—C'était là un propos de circonstance tenu pour produire un effet d'un moment; et si Napoléon songeait vraiment à un autre trône que celui d'Espagne en proférant ces paroles, il songeait tout au plus au trône de Naples, que Joseph lui avait redemandé avec de vives instances, et dont Murat, malade alors, n'avait pas encore pris possession. Mais cet autre trône n'était, à en croire la haute société de Vienne, que le trône d'Autriche. Il fallait donc, ou périr honteusement en se soumettant, ou périr glorieusement en résistant, avec chance au moins de se sauver. Il n'y avait pas, assurait-on, d'autre alternative, et il fallait prendre son parti, le prendre surtout au plus tôt. Vienne enfin offrait en 1809 l'image de Berlin en 1806.
Préparatifs militaires de l'Autriche, et influence morale de ces préparatifs. À cette impulsion naissant de ressentiments accumulés, s'en joignait une autre qui naissait des armements eux-mêmes, poussés si loin depuis la fin de 1808, qu'il fallait absolument ou s'en servir ou y renoncer. L'Autriche, après ses revers militaires, avait naturellement songé à en rechercher la cause et à y porter remède. En conséquence, elle avait confié le ministère de la guerre à l'archiduc Charles, avec mission de réorganiser l'armée autrichienne, de telle sorte qu'à la première occasion favorable on pût recommencer la lutte contre la France avec plus de chance de succès. Ce prince, s'appliquant consciencieusement à remplir sa tâche, avait d'abord accru les cadres en complétant les troisièmes bataillons de chaque régiment, de manière à les rendre propres à devenir bataillons de guerre. Création de la landwehr. Il avait ensuite imaginé la landwehr, espèce de milice imitée de nos gardes nationales, qui était composée de la noblesse et du peuple, l'une servant de cadre à l'autre, et appelée à se réunir dans certains points déterminés pour y former des corps de réserve. On instruisait cette milice fort activement, et chaque dimanche des jeunes gens de toutes les classes, portant l'uniforme et les moustaches, affectant les allures militaires que Napoléon obligeait toute l'Europe à se donner, manœuvraient dans les villes d'Autriche, sous la direction de vieux nobles retirés depuis longtemps des armées, mais prêts à y rentrer pour le service d'une dynastie à laquelle ils étaient dévoués. Les étrangers qui avaient connu autrefois l'Autriche si tranquille, si mécontente de la guerre, en la voyant aujourd'hui si agitée, si belliqueuse, ne pouvaient plus la reconnaître. On venait de tenir la diète de Hongrie, et de lui demander ce qu'on appelait l'insurrection, espèce de levée en masse, composée surtout de cavalerie, et indépendante des régiments réguliers qui se recrutent avec des soldats hongrois. La diète avait voté cette insurrection, et en outre des fonds extraordinaires pour en payer la dépense. On ne prenait donc plus la peine de dissimuler ces préparatifs, et on les accélérait même, comme pour une guerre qui devait éclater au printemps, c'est-à-dire sous deux ou trois mois. Forces de l'Autriche prêtes à entrer en ligne. On comptait sur environ 300 mille hommes de troupes actives, que l'archiduc Charles avait mis trois années à organiser, sur 200 mille hommes de troupes de réserve, comprenant ce que la landwehr contenait de plus militaire, et enfin sur une force qu'il était impossible d'évaluer, celle de l'insurrection hongroise. Déjà on avait commencé à réunir les régiments en Carinthie, en Haute-Autriche, en Bohême, pour procéder à la formation des corps d'armée. On attelait l'artillerie, et on la faisait passer en plein jour à travers la ville de Vienne, précédée ou suivie des régiments d'infanterie, au milieu des acclamations du peuple de la capitale. On exécutait des travaux considérables dans trois places qui devaient entrer dans le plan des opérations. Ces places étaient celles d'Enns, au confluent du Danube et de l'Ens, avec un pont à Mauthausen, pour couvrir Vienne contre une invasion venue de la Bavière: celle de Bruck sur la Muhr, pour couvrir Vienne contre une invasion venue d'Italie: enfin, celle de Comorn, pour préparer une grande place de dépôt en cas de retraite en Hongrie, indiquant par là qu'on voulait pousser la guerre à outrance, et ne pas regarder la lutte comme finie après la perte de Vienne. On armait publiquement cette dernière ville, et on hissait les canons sur ses remparts.
Le langage adopté pour expliquer à soi et aux autres une telle conduite tenue en pleine paix, c'est que la destruction de la maison d'Espagne présageait une tentative prochaine contre la maison d'Autriche; qu'on devait donc être prêt pour le mois de mars ou d'avril; qu'on allait être attaqué infailliblement, et qu'avec une telle certitude il ne fallait pas se laisser prévenir, mais prévenir un ennemi perfide; que peu importait quel serait celui qui tirerait le premier coup de canon, que le véritable agresseur serait aux yeux des honnêtes gens l'auteur de l'attentat de Bayonne. Le gros de la population croyait à ces discours avec une bonne foi parfaite; la cour y croyait peu ou pas du tout, bien que le détrônement des Bourbons l'eût sérieusement alarmée; mais elle était surtout exaspérée de ses revers, et après l'occasion manquée de la guerre de Pologne, elle craignait de laisser échapper celle de la guerre d'Espagne. Toute la noblesse était de cet avis, mue à la fois par de justes ressentiments nationaux et par les mauvaises passions de l'aristocratie allemande. D'ailleurs les nombreux agents de l'Angleterre, réintroduits officieusement à Vienne, l'excitaient à qui mieux mieux. Dispositions personnelles de la famille impériale. Les archiducs n'étaient pas les moins vifs dans cette sorte de croisade, excepté toutefois le principal, le plus responsable d'entre eux, l'archiduc Charles, qui, destiné à commander en chef, frémissait non à l'idée des boulets, car il n'y avait pas un soldat plus brave que lui, mais à l'idée de se retrouver encore en face du vainqueur du Tagliamento, jouant contre lui le sort de la monarchie autrichienne. Suivant son usage, il préparait la guerre sans la désirer. Pour piquer son courage, on l'appelait d'un nom emprunté aux événements d'Espagne, celui de Prince de la paix. L'empereur François, toujours sensé, mais peu énergique, s'abandonnait à un entraînement qu'il blâmait, se contentant de lancer quelques traits satiriques contre les fautes qu'il laissait commettre, surtout quand ces fautes étaient l'œuvre de ses frères. Récemment uni, depuis son veuvage, à une princesse de la maison de Modène, laquelle était la plus imbue des préjugés autrichiens, il avait l'avantage, commode pour sa faiblesse, de trouver son intérieur de famille d'accord tout entier avec la tendance à laquelle il cédait, et de voir ainsi tous ses proches, excepté lui-même, approuvant ce qui allait prévaloir. Cela suffisait à son repos et à son caractère.
Ainsi, toujours armant, parlant, s'exaltant les uns les autres depuis plusieurs mois, les princes et grands seigneurs qui gouvernaient l'Autriche en étaient venus à un état d'hostilité ouverte, et il leur fallait absolument prendre une résolution. Au surplus, le brusque retour de Napoléon à Paris, l'appel adressé aux princes de la Confédération du Rhin, les mouvements de troupes françaises vers le Haut-Palatinat et la Bavière, donnaient à penser que la France elle-même se préparait à la guerre par laquelle on avait espéré la surprendre. Ainsi, en voulant se prémunir contre un danger qui n'existait pas, on l'avait créé. On aurait pu sans doute s'expliquer avec Napoléon, et on en aurait trouvé le moyen dans l'offre de garantie faite à Paris par la diplomatie russe et française. Mais ce genre de dénoûment était usé, car il avait déjà servi après Tilsit à se tirer d'un semblable mauvais pas. Il était difficile de sortir encore une fois d'une pareille position par un nouveau simulacre de réconciliation. Il fallait donc prendre ou le parti de la guerre ou celui du désarmement immédiat; car, outre qu'on ne pouvait plus trouver d'explications spécieuses pour des préparatifs aussi avancés, il devenait impossible d'en supporter la dépense. Mais en face de l'Allemagne, de l'Angleterre, de soi-même, se dire tout à coup rassuré après avoir paru si alarmé, abandonner ceux qu'on nommait les héroïques Espagnols, laisser perdre encore ce qu'on était convenu d'appeler la plus belle des occasions, était impossible. Il fallait vaincre ou périr les armes à la main, et d'ailleurs on avait, disait-on, bien des chances pour soi: l'armée autrichienne réorganisée et plus florissante que jamais; l'Allemagne exaspérée faisant des vœux ardents, et au premier succès prête à passer des vœux au concours le plus actif; l'Angleterre offrant ses subsides; la Russie chancelante; la France commençant à penser ce que pensait l'Europe, et devant donner moins d'appui au conquérant qui pour ravager le monde l'épuisait elle-même; l'armée française enfin dispersée de l'Oder au Tage, des montagnes de la Bohême à celles de la Sierra-Morena, décimée par dix-huit ans de guerres incessantes, et faiblement recrutée par de jeunes soldats qu'on arrachait au désespoir de leurs familles, dans un âge qui était à peine celui de l'adolescence. Sous l'empire de ces mille raisons, un jour, sans savoir comment, on se trouva entraîné avec tout le monde par la passion générale, et la guerre fut décidée. La cour d'Autriche, dominée par l'entraînement général, se décide pour la guerre. On ordonna de réunir cinq corps d'armée en Bohême, deux en Haute-Autriche, deux en Carinthie, un en Gallicie. L'archiduc Charles devait en être le généralissime. Les efforts de la diplomatie se joignirent à ceux de l'administration militaire pour préparer un autre moyen de guerre, celui des alliances.
Efforts de la diplomatie autrichienne auprès des cours de l'Europe pour les entraîner à la guerre. On renoua avec l'Angleterre des relations qui n'avaient été que fictivement rompues; on accepta les subsides qu'elle offrait à pleines mains, et on continua l'œuvre déjà commencée de sa réconciliation avec les Turcs; on imagina enfin d'essayer une tentative auprès de l'empereur Alexandre pour le ramener à ce qu'on appelait l'intérêt de l'Europe, et son intérêt bien entendu à lui.
Situation des choses à Constantinople. La diplomatie autrichienne avait beaucoup à faire à Constantinople: éloigner les Turcs de la France, les rapprocher de l'Angleterre, les disposer à se jeter sur la Russie si celle-ci continuait à marcher avec Napoléon, ou à la laisser en paix si elle rompait avec lui, de manière qu'on n'eût affaire qu'à l'ennemi commun de l'Europe, était une politique fort bien calculée, et qui méritait d'être suivie avec activité. Du reste, les révolutions continuelles de la cour de Turquie prêtaient à toutes les intrigues extérieures.
Depuis la chute du sultan Sélim, de nouvelles catastrophes avaient ensanglanté le sérail, et donné à la Turquie l'apparence d'un empire qui, au milieu de ses convulsions intérieures, s'affaisse sur lui-même. Le fameux pacha de Rutschuk, Mustapha-Baraïctar, soit qu'il fût, comme il le prétendait, attaché à son maître Sélim, soit qu'il fût offensé qu'une faction fanatique, composée de janissaires et d'ulémas, eût donné le sceptre sans le consulter, était venu se placer à Andrinople à la tête d'une armée dévouée. De là il avait paru gouverner l'empire, car tous les pachas lui avaient adressé des députés, ou s'étaient rendus auprès de lui en personne, pour s'informer de ses volontés, et le nouveau sultan lui-même, Mustapha, avait envoyé des ambassadeurs à son camp, comme pour se mettre à sa discrétion. Ainsi, sous prétexte de conférer sur le sort de l'empire, Mustapha-Baraïctar en disposait. Mustapha-Baraïctar en voulant replacer Sélim sur le trône, entraîne la perte de ce prince, et provoque une nouvelle révolution dans le sérail. Bientôt il était venu camper sous les murs de Constantinople, et un jour enfin il avait marché sur le sérail pour replacer sur le trône Sélim, qui vivait enfermé avec les femmes et gardé par les eunuques. Mais, au moment où il allait exécuter ce projet, on avait jeté à ses pieds la tête de son maître infortuné, prince le meilleur qui depuis longtemps eût régné à Constantinople. Baraïctar, pour venger Sélim, avait déposé Mustapha après un règne de courte durée. Élévation au trône du jeune sultan Mahmoud. À défaut d'autre, il avait été obligé de prendre le frère de Mustapha lui-même, Mahmoud, âgé de vingt-quatre ans, prince qui ne manquait pas de qualités, et qui avait contracté auprès de Sélim prisonnier le goût de la civilisation européenne. Cette révolution opérée, Mustapha-Baraïctar avait gouverné l'empire pendant quelques mois, avec une autorité absolue, sous le nom du jeune sultan. Mais une nouvelle révolte de janissaires avait fait cesser ce despotisme en ajoutant catastrophes sur catastrophes. Mort de Mustapha-Baraïctar. Baraïctar, surpris par les janissaires avant qu'il eût pu regagner le sérail, s'était caché dans un souterrain de son palais en flammes, et il y avait péri sous les cendres et les ruines.
Mahmoud, qui joignait à de l'esprit quelque hardiesse, une certaine astuce, n'avait pas été étranger à cette dernière révolution. Délivré d'un maître insolent, il avait entrepris de gouverner lui-même son empire chancelant, et il l'essayait au moment même où la France et l'Autriche allaient se mesurer encore une fois sur les bords du Danube. Attirer les Turcs à elle pour en disposer à sa convenance, était, comme nous venons de le dire, d'une grande importance pour l'Autriche, car elle pouvait ou jeter un ennemi de plus sur les bras des Russes si ceux-ci continuaient à rester alliés de la France, ou les débarrasser de cet ennemi incommode s'ils consentaient à s'unir à ce qu'on appelait la cause européenne.
La chose devenait facile depuis la nouvelle position de la France à l'égard des Turcs. Il lui était en effet impossible, unie comme elle l'était avec la Russie, de rester en confiance avec eux. Pour colorer le changement survenu après Tilsit, elle avait d'abord pris pour excuse la chute de son excellent ami Sélim. À cela le sultan Mustapha avait répondu que ce changement ne devait en rien refroidir la France, car la Porte restait sa meilleure amie. Napoléon avait alors répliqué que, puisqu'il en était ainsi, il s'occuperait de ménager une bonne paix entre les Russes et les Turcs, mais il n'avait pas osé parler des conditions. Pourtant les Russes insistant, soit avant, soit après Erfurt, pour qu'on terminât avec les Turcs, et qu'on leur demandât les provinces du Danube; les Turcs, de leur côté, se plaignant auprès de la France de ce qu'elle ne leur procurait point la paix promise, Napoléon, toujours courant de Bayonne à Paris, de Paris à Erfurt, d'Erfurt à Madrid, avait, pour occuper un peu les uns et les autres, fini par insinuer aux Turcs, avec les démonstrations du regret le plus vif, qu'ils n'étaient plus capables de défendre la Valachie et la Moldavie, qu'ils feraient bien d'y renoncer, de s'assurer à ce prix une paix solide, et de concentrer toutes leurs ressources dans les provinces qui tenaient fortement à l'empire; que si à ce prix ils voulaient terminer une guerre qui menaçait de leur devenir funeste, il promettait de leur procurer un arrangement immédiat, et de garantir au nom de la France l'intégrité de l'empire ottoman. La seule insinuation de céder les provinces du Danube soulève tous les Turcs. Rien ne peut donner une idée de la révolution qui se fit dans les esprits à cette ouverture de la diplomatie française. Bien qu'on y eût mis de grands ménagements, et qu'on n'eût dit que ce qu'on ne pouvait pas s'empêcher de dire après les engagements contractés avec la Russie, le courroux du sultan Mahmoud, du divan, des ulémas, des janissaires, fut au comble, et cette simple insinuation avait agité si fort le ministère turc, que l'émotion se communiqua comme l'éclair à la nation tout entière. Sur-le-champ on parla d'armer 300 mille hommes, de lever même le peuple ottoman en masse, et de sacrifier jusqu'au dernier disciple du prophète plutôt que de céder. On ne voulut point voir dans la France une amie, qui, à son cœur défendant, faisait connaître à des alliés qu'elle aimait une nécessité douloureuse; on s'obstina à ne voir en elle qu'une amie perfide qui trahissait ses anciens alliés pour les livrer à un voisin insatiable. Avantages que la diplomatie autrichienne tire des ouvertures faites par la France à Constantinople. Assistant au spectacle de ces vicissitudes avec une extrême impatience d'en profiter, l'Autriche, qui avait interprété l'entrevue d'Erfurt comme elle devait l'être, affirma aux Turcs que le secret de cette fameuse entrevue n'était autre que le sacrifice des bouches du Danube, promises aux Russes par les Français; que pour s'assurer l'indulgence de la Russie dans les affaires d'Espagne, la France lui livrait la Porte, et qu'ainsi, après avoir trahi ses amis les Espagnols, elle cherchait à se le faire pardonner en trahissant ses amis les Turcs, et se tirait d'embarras en accumulant trahison sur trahison. À ces noires peintures l'Autriche ajouta le récit fort inexact de ce qui se passait en Espagne, y montra les Français battus par des paysans insurgés, surtout par les armées de l'Angleterre; et comme les musulmans ont pour la victoire un respect superstitieux, elle produisit sur eux la plus décisive des impressions en représentant Napoléon jugé par le résultat, c'est-à-dire condamné par Dieu même. De toutes ces allégations l'Autriche tira auprès des Turcs la conclusion que la Porte devait s'éloigner de la France, se rapprocher de l'Angleterre, effacer le souvenir du passage récent des Dardanelles par l'amiral Duckworth, s'appuyer enfin sur les armées autrichiennes et anglaises pour résister à l'ambition d'un voisin formidable, et à la trahison d'un ami perfide.
Ces discours adressés à des cœurs exaspérés y pénétrèrent avec une incroyable promptitude, et en peu de temps on amena à Constantinople une révolution dans la politique extérieure, tout aussi étrange que celles qui avaient eu lieu dans la politique intérieure. Révolution dans la politique turque: éloignement pour les Français, et rapprochement avec les Anglais. Tandis qu'un an auparavant les Turcs, entourant les Français de leurs acclamations, élevaient sous leur direction de formidables batteries contre les Anglais, et lançaient à ces derniers des boulets rouges et des cris de haine, on les voyait maintenant prodiguer l'outrage aux Français, au point que ceux-ci ne pouvaient se montrer dans les rues de Constantinople sans y être insultés, et que les Anglais y étaient appelés par les vœux de la population entière. La paix étant signée entre la porte et l'Angleterre par les soins de l'Autriche, la Turquie se trouve à la disposition de la nouvelle coalition. L'Autriche, attentive à tous ces mouvements d'un peuple ardent et fanatique, avertit les Anglais du succès de ses menées, et fit venir M. Adair aux Dardanelles. Il y mouilla sur une frégate anglaise, et n'eut pas longtemps à attendre la permission de paraître à Constantinople. L'invitation de s'y rendre lui ayant été adressée sur les instances de la diplomatie autrichienne, il y vint, et, après quelques pourparlers, la paix conclue avec l'Angleterre fut signée dans les premiers jours de janvier 1809. Dès cet instant la Porte fut à la disposition de la nouvelle coalition, prête à faire tout ce que lui inspireraient pour leur cause commune l'Autriche et l'Angleterre.