Fallait-il attribuer aux fautes de Napoléon, ou à la difficulté même de cette guerre, l'insuccès des manœuvres qu'il avait imaginées? Des juges sévères, devenus après la chute de Napoléon aussi rigoureux pour lui que la fortune, lui ont attribué l'insuccès de ses combinaisons, aussi profondément conçues cependant que toutes celles qui ont immortalisé son génie. Ils lui ont adressé des reproches, dont les faits ci-dessus rapportés peuvent montrer le plus ou moins de fondement. Dans le projet d'envelopper le prince Bagration, ou de l'isoler au moins pour le reste de la campagne, on a vu en effet que Napoléon n'avait pas assez exactement apprécié les difficultés que le pays et les distances opposeraient à la jonction du roi Jérôme avec le maréchal Davout, qu'il avait trop maltraité son jeune frère, et mis trop peu de troupes à la disposition du maréchal. On pouvait donc lui imputer une part de ce premier insuccès. Dans le projet de défiler devant le camp de Drissa, de passer ensuite brusquement la Dwina entre Polotsk et Witebsk, pour déborder Barclay de Tolly et le prendre à revers, l'exécution avait répondu à la conception, et on ne pouvait lui reprocher qu'une chose, c'était d'avoir lui-même, à force de guerres, appris la guerre à ses ennemis, lesquels s'étant aperçus à temps du danger qui les menaçait, s'en étaient tirés en faisant violence à leur maître. Enfin, dans le dernier projet, on a blâmé Napoléon d'avoir poussé trop loin son mouvement tournant, de l'avoir poussé jusqu'à franchir le Dniéper pour venir repasser ce fleuve à Smolensk; on a dit qu'il aurait dû s'arrêter avant d'arriver au Dniéper, remonter ce fleuve par la rive droite au lieu de le remonter par la rive gauche, et tourner les Russes par Nadwa. (Voir la carte no 55.) Mais les faits montrent qu'il avait pesé toutes ces chances, de concert avec le maréchal Davout, et que c'est après de mûres réflexions qu'il avait résolu de cheminer par la rive gauche, que les Russes n'occupaient pas, ce qui lui offrait pour les tourner un trajet plus prompt et plus sûr, quoique plus long. Il ressort en effet des événements que s'il eût suivi l'avis contraire, il eût trouvé à Nadwa Bagration se battant avec désespoir, que probablement il eût attiré les Russes en masse sur leur gauche, et couru le risque de se faire acculer lui-même au Dniéper. Les faits le justifient donc ici complétement. D'autres juges encore ont dit qu'au lieu de chercher à tourner les Russes par leur gauche, il aurait dû songer à les tourner par leur droite, c'est-à-dire par Witebsk et Sourage; qu'il aurait dû par conséquent remonter la Dwina, puis se rabattre sur les Russes par leur droite, et les acculer au Dniéper. Mais la carte prouve que son calcul était bien préférable à celui de ses censeurs, car en rejetant les Russes sur le Dniéper, il les eût rejetés sur le pont de Smolensk, qu'ils auraient passé sans difficulté, après quoi ils auraient regagné librement l'intérieur de l'empire par les provinces méridionales, qui étaient les plus fertiles, et offraient le champ le plus vaste à une retraite continue. En les tournant par leur gauche au contraire, en les rejetant sur la Dwina, il les rejetait dans un angle formé par la Dwina et la mer, et pouvait ainsi les y enfermer complétement. (Voir la carte no 54.) Il suffisait pour cela qu'il eût acquis sur eux une ou deux journées d'avance en les débordant. C'est là le motif profond pour lequel il avait toujours tendu à déborder par leur gauche, et non par leur droite, les Russes campés sur la Dwina. Évidemment ce qui l'avait fait échouer ici, c'était l'éveil dans lequel il les avait trouvés, c'était l'énergie qu'ils avaient déployée à Smolensk, et ce n'est pas son génie militaire qu'on surprend en faute, c'est ce que nous appelons sa politique, sa politique qui l'avait conduit à braver les lieux, quels qu'ils fussent, et à pousser les hommes au désespoir à force de les vouloir dominer. Or les lieux méconnus, les hommes poussés au désespoir, qu'est-ce, sinon la nature des choses résistant invinciblement à qui prétend lui faire violence?

Tandis que Napoléon rentrait dans l'intérieur de Smolensk pour donner des soins à son armée, tandis que nos pontonniers malgré un feu très-vif de tirailleurs, s'empressaient de jeter des ponts, les généraux russes s'occupaient d'assurer leur retraite. Ils avaient besoin de se hâter, car la route de Moscou, longeant pendant l'espace de quelques lieues la rive droite du Dniéper (voir la carte no 57), était exposée à toutes les tentatives des Français, qui pouvaient bien finir par découvrir les gués du fleuve, et par le passer pour leur barrer le chemin. Mais s'il faut peu de temps pour se décider quand on agit dans le sens de la passion générale, il en faut davantage quand on agit en sens contraire. Marche des colonnes russes au sortir de Smolensk. Barclay de Tolly, qui à chaque pas rétrograde blessait les passions de son armée, ne prit que le 18 au soir, lorsque nos ponts étaient achevés, le parti de livrer définitivement la ville nouvelle aux Français. Il ordonna donc au prince Bagration de se porter en avant pour s'emparer des points les plus importants de la route de Moscou, que les Français devaient être tentés d'intercepter, et il fit ses dispositions pour le suivre avec l'armée principale. Cette route de Moscou s'avance droit à l'est, lorsqu'on a franchi l'ouverture de vingt lieues dont nous avons déjà parlé plusieurs fois, et qui existe entre les sources de la Dwina et celles du Dniéper; elle rencontre ainsi deux fois les sinuosités du Dniéper, une première fois à Solowiewo, à une forte journée de Smolensk, et une seconde fois à Dorogobouge, qui en est à deux journées. (Voir la carte no 55.) À Solowiewo la route de Moscou passait de la rive droite du Dniéper occupée par les Russes, sur la rive gauche occupée par les Français. L'armée en retraite pouvait donc y être arrêtée. À Dorogobouge la route rencontrait le Dniéper une dernière fois, et on y trouvait derrière l'Ouja, petite rivière qui se jette dans le Dniéper, une position où il y avait aussi quelque utilité à nous prévenir. Le général Barclay de Tolly prescrivit au prince Bagration de se porter tout de suite sur Dorogobouge, et résolut de se rendre lui-même à Solowiewo, en partant le 18 au soir, et en marchant toute la nuit afin d'y arriver à temps. Mais cette retraite, facile pour le prince Bagration qui avait beaucoup d'avance, ne l'était pas pour le général Barclay de Tolly, qui était encore à Smolensk, et ne devait en sortir qu'au dernier moment. Leur long détour pour éviter la rencontre des Français. De plus la route de Moscou, pendant deux lieues environ, longeait le Dniéper de si près, qu'elle était exposée à une subite irruption des Français. Le général Barclay de Tolly conçut la pensée d'éviter ce danger en prenant des chemins de traverse qui le mettraient hors d'atteinte, et le ramèneraient sur la grande route à une distance de trois ou quatre lieues, vers un endroit appelé Loubino. En conséquence il divisa en deux colonnes l'armée qui était sous ses ordres directs. L'une, composée des 5e et 6e corps, sous le général Doctoroff, des 2e et 3e corps de cavalerie, de toute la réserve d'artillerie et des bagages, dut faire le détour le plus long, et passer par Zykolino, pour aboutir à Solowiewo. La seconde, composée des 2e, 3e et 4e corps, et du 1er de cavalerie, conduite par le lieutenant général Touczkoff, devait faire un détour moins long, et passer par Krakhotkino et Gorbounowo, pour tomber sur Loubino. (Voir les cartes nos 55 et 57.) Cependant le général Barclay de Tolly, qui n'avait envoyé sur la route directe que quatre régiments de Cosaques sous le général Karpof, craignit que ce ne fût pas assez pour occuper le point de Loubino, par lequel le chemin de traverse rejoignait la grande route, et il dépêcha le général-major Touczkoff III, frère de celui qui commandait la seconde colonne, avec trois autres régiments de Cosaques, les hussards d'Élisabethgrad, le régiment de Revel, et les 20e et 21e de chasseurs. C'étaient environ 5 ou 6 mille hommes de toutes armes, chargés de s'emparer à l'avance du débouché par lequel la seconde colonne, la plus exposée des deux, devait regagner la grande route. Il fit partir ces dernières troupes par la voie directe et de très-bonne heure, et bien lui en prit, comme on va le voir. Ces dispositions adoptées, il mit toute son armée en mouvement pendant la nuit du 18 au 19, et laissa devant Smolensk une arrière-garde sous le général Korff.

Les Français ayant réussi à franchir le Dniéper se mettent à la poursuite des Russes. Vers la fin de la journée du 18, les Français avaient fort avancé l'établissement de leurs ponts, et ils commencèrent à se transporter au delà du Dniéper dans la nuit du 18 au 19. Le 19 au matin, Ney passa le fleuve avec son corps pour se mettre à la poursuite de l'ennemi, et Davout en fit autant avec le sien. On batailla contre l'arrière-garde du général Korff, et on la repoussa vivement. Arrivé sur les hauteurs de la rive droite on avait deux routes devant soi: l'une s'élevant droit au nord, conduisait par Poreczié et la Dwina dans la direction de Saint-Pétersbourg, l'autre au contraire allant à l'est, et longeant le Dniéper, conduisait par Solowiewo et Dorogobouge dans la direction de Moscou. (Voir la carte no 55.) On voyait sur l'une et l'autre des arrière-gardes ennemies, ce qui était naturel, car le gros de l'armée de Barclay de Tolly destiné à prendre les chemins de traverse, devait suivre un moment la route de Saint-Pétersbourg, et le détachement du général Karpof, au contraire, envoyé par la voie la plus courte pour s'emparer du débouché de Loubino, devait suivre tout simplement la route de Moscou. Ney incertain, courut au détachement le plus rapproché de lui, lequel marchait sur la route de Saint-Pétersbourg, l'assaillit, et le rejeta assez loin. C'était à un lieu dit Gédéonowo[16]. Le général Barclay de Tolly effrayé de voir les Français si près de lui, et en mesure d'intercepter les chemins de traverse réservés aux deux colonnes de son armée, accourut aussitôt, et ordonna au prince Eugène de Wurtemberg de conserver ce point à tout prix, pour donner à ce qui était encore en arrière le temps de défiler. On combattit en cet endroit avec beaucoup d'opiniâtreté de la part des Russes, qui regardaient leur salut comme attaché à la conservation du poste disputé, avec beaucoup moins d'insistance de la part des Français, qui n'avaient aucun but déterminé, et cherchaient uniquement à s'éclairer par de nombreuses reconnaissances sur la direction adoptée par l'ennemi. Les Russes restèrent donc maîtres de Gédéonowo.

Après quelques hésitations, Napoléon dirige la poursuite sur la route de Moscou. La matinée s'écoulait ainsi, lorsque Napoléon survint, et regardant tantôt au nord, tantôt à l'est, reconnut par le mouvement général des troupes russes, que la retraite devait s'opérer dans la direction de Moscou. Il détourna donc le maréchal Ney qui s'acharnait à batailler sur la route de Saint-Pétersbourg, et le reporta sur la route de Moscou, en lui affirmant que s'il marchait vite, il recueillerait avant la fin du jour quelque brillant trophée. Il le fit suivre sur cette même route de Moscou par une partie des troupes du maréchal Davout, afin de l'appuyer au besoin, mais il laissa l'autre sur la route de Saint-Pétersbourg, afin de s'éclairer dans tous les sens, et rentra dans Smolensk, où l'appelaient mille soins divers. Il attendait pour prendre un parti définitif le résultat des reconnaissances que ses lieutenants allaient exécuter.

Rencontre du maréchal Ney avec la seconde colonne de Barclay de Tolly à Valoutina. Le maréchal Ney, avec ses trois divisions, suivit le détachement russe chargé d'occuper le débouché de Loubino, et commandé, avons-nous dit, par le général-major Touczkoff III. Il l'atteignit sur le plateau de Valoutina, où, d'après les traditions du pays, les Polonais et les Russes s'étaient souvent combattus. Les Russes, appréciant l'importance de la mission qui leur était confiée, résistèrent vaillamment, mais furent rejetés de ce plateau dans une petite vallée située sur le revers, la traversèrent de leur mieux, gravirent un autre plateau qu'ils rencontrèrent sur leur chemin, s'y défendirent avec la même vigueur, furent culbutés de nouveau, et firent leur retraite vers un dernier poste qu'ils résolurent de conserver à tout prix. Au delà en effet se trouvait le débouché de Loubino, et s'ils faisaient un pas rétrograde de plus, ce débouché par lequel la seconde colonne de Barclay devait rejoindre la grande route de Moscou, allait tomber aux mains des Français. Le sol favorisait les Russes, car ils avaient pris position derrière un ruisseau fangeux, et sur une côte longue et élevée, couverte de distance en distance par des bouquets de bois et d'épaisses broussailles. Combat terrible de Valoutina, l'un des plus sanglants du siècle. La route franchissait le ruisseau sur un pont qu'ils détruisirent, puis traversait la côte elle-même par une coupure pratiquée entre deux monticules boisés. Le général Barclay de Tolly, appelé par le général-major Touczkoff III, était accouru, et à l'aspect du danger, il s'était empressé d'attirer en cet endroit la tête de la seconde colonne, et avait mandé à celle-ci d'arriver au plus vite. Cette tête de colonne consistait en huit pièces d'artillerie, plusieurs régiments de grenadiers et quelque cavalerie. Il plaça les chasseurs au bord du ruisseau et dans les broussailles, les grenadiers à droite et à gauche de la coupure, disposa un fort détachement en travers, et dépêcha de nombreux officiers pour demander du secours à toutes les troupes qui étaient à portée.

Le maréchal Ney parvenu dans l'après-midi devant cette troisième position, résolut de l'enlever. Il y employa les divisions d'infanterie Razout et Ledru, essaya de gravir la côte couronnée d'artillerie, mais ne put y réussir. La chose effectivement était très-difficile. Pour emporter la position, il fallait forcer la route qui descendait un peu à droite dans une espèce de marécage, qui passait ensuite le ruisseau sur le pont que les Russes avaient détruit, et enfin s'élevait au milieu de broussailles remplies de tirailleurs à travers la côte garnie de troupes et d'artillerie. Ney refoula bien les avant-postes russes jusqu'au delà du ruisseau; mais pour opérer le passage de ce ruisseau dont le pont n'existait plus, il avait besoin de renforts considérables. Il prit donc le parti de faire rétablir en toute hâte le petit pont, et en attendant d'envoyer demander des secours à Napoléon. Une forte canonnade remplit l'intervalle entre ce combat du matin et celui qui se préparait pour la fin du jour.

Sur ces entrefaites, Murat, après avoir battu l'estrade dans diverses directions, était survenu avec quelques régiments de cavalerie sur la route de Moscou, et il était prêt à joindre Ney. Junot, chargé, par suite de sa position des jours précédents, de passer le Dniéper au-dessus de Smolensk, l'avait franchi à Prouditchewo, et se trouvait sur le flanc des Russes. Des cinq divisions du maréchal Davout, deux étaient en marche sur la route de Moscou, et une allait arriver à temps, c'était celle du général Gudin. Elle arriva effectivement vers cinq heures de l'après-midi au petit pont qui venait d'être rétabli, et sur-le-champ elle fit ses dispositions d'attaque. Mais dans l'intervalle un temps précieux avait été perdu, et les Russes s'étaient singulièrement renforcés. Barclay de Tolly avait reçu presque toute sa seconde colonne, sauf le corps de Bagowouth, retardé par le combat de Gédéonowo. Les 3e et 4e corps, ceux de Touczkoff et d'Ostermann, ayant atteint Loubino, avaient été aussitôt portés en ligne, et disposés en arrière, à droite et à gauche de la route. La cavalerie avait été placée au loin sur la gauche, vis-à-vis le point de Prouditchewo, où Junot venait de passer le Dniéper. La position était donc devenue des plus difficiles à emporter, car elle était défendue par près de 40 mille hommes et par une artillerie formidable. Ney n'avait de vraiment disponibles que ses deux divisions d'infanterie Razout et Ledru, réduites à 12 mille hommes par les combats de la veille, et la division Gudin, qui, après la prise de Smolensk, ne devait pas compter plus de 8 mille baïonnettes. Les trois mille cavaliers de Murat étaient au loin sur la droite, cherchant à traverser les marécages qui s'étendaient le long du Dniéper pour déboucher sur la gauche des Russes, et les 10 mille Westphaliens de Junot étaient tellement embarrassés dans ces marécages, qu'il n'était pas sûr qu'on pût les faire concourir à l'action principale.

Efforts inouïs du général Gudin pour forcer la position des Russes. Ces difficultés n'arrêtèrent ni le maréchal Ney, ni le général Gudin. Ce dernier se mit hardiment à la tête de sa division pour enlever à tout prix l'espèce de coupe-gorge qui se trouvait au delà du petit pont. Il fallait en effet, comme nous venons de le dire, s'enfoncer dans le marécage, franchir le pont sous le feu des broussailles remplies de tirailleurs, gravir ensuite la route à travers une gorge couronnée des deux côtés d'artillerie, puis enfin déboucher sur un plateau où les Russes étaient rangés en masses profondes. Le général Gudin forma sa division en colonnes d'attaque, tandis que le maréchal Ney avec la division Ledru se préparait à l'appuyer, que la division Razout occupait l'ennemi vers la gauche, et qu'à droite Murat galopant avec sa cavalerie cherchait un passage à travers les marécages.

Le signal donné, Gudin lance ses colonnes d'infanterie, qui défilent sur le pont aux cris de Vive l'Empereur! et essuient sans en être ébranlées, par côté le feu des tirailleurs, et de front celui de l'artillerie ennemie braquée sur la côte. Elles traversent le pont au pas de charge, gravissent la côte, et rencontrent une troupe de grenadiers qui les accueille à la pointe des baïonnettes. Elles se jettent sur eux, les repoussent, et réussissent à déboucher sur le plateau. Mais là de nouveaux bataillons viennent les assaillir, et les obligent à reculer. Le brave Gudin les reporte en avant, et une terrible mêlée s'engage alors entre le ruisseau et le pied de la côte. Les hommes s'abordent, se saisissent corps à corps, et combattent à l'arme blanche. Mort du général Gudin, remplacé sur-le-champ par le général Gérard. Au milieu de cet affreux conflit, Gudin avait mis pied à terre, et l'épée à la main conduisait ses soldats; il est frappé par un boulet qui lui fracasse la cuisse, et en tombant dans les bras de ses officiers désigne pour le remplacer le général Gérard. Cet officier[17], d'une rare énergie, prend le commandement, et, ramenant ses soldats à l'ennemi, gravit de nouveau la côte, et apparaît une seconde fois sur le plateau. Ney l'appuie avec la division Ledru, et ils semblent maîtres de la position. Pourtant de nouvelles troupes russes s'avancent pour la leur disputer, et il est à craindre qu'elle ne leur soit arrachée encore une fois.

Fâcheuses hésitations de Junot. Pendant ce temps, Murat, accouru vers la droite pour essayer de déborder la position, trouve Junot transporté au delà du Dniéper, attendant des ordres qui ne lui arrivent pas, et ayant le tort de ne pas y suppléer. Murat le presse de marcher pour prendre à revers la longue côte que Ney et Gérard s'efforcent d'emporter de front. Malheureusement, Junot sous l'influence de chaleurs brûlantes, atteint du mal dont il devait mourir et qui était la suite de la blessure reçue à la tête en Portugal, Junot n'a pas sa vigueur ordinaire. Il cherche en tâtonnant à franchir le terrain marécageux qui le sépare de l'ennemi, et tâche de s'y créer un passage, en jetant des fascines dans la fange. Murat charge avec violence la partie de la cavalerie russe qui se trouve à sa portée, mais ne peut sur ce sol prendre le rôle de l'infanterie. Il presse Junot, crie, s'emporte, sans parvenir à rendre le terrain plus solide, ou Junot plus expéditif.