Danger des alliés. Les ennemis après avoir perdu toute la largeur du champ de bataille en disputaient pied à pied l'extrême limite. Klenau résistait soit à Gross-Pössnau, soit à la tête du bois de l'Université. Gortschakoff rejeté sur l'autre côté de ce bois s'y défendait, et cherchait en même temps à s'appuyer au village de Gülden-Gossa, qui, étant enfoncé en terre, et présentant une suite de bois et de mares d'eau assez allongée, était très-propre à la défensive. Le prince Eugène de Wurtemberg placé tout auprès, à la bergerie d'Avenhayn, tâchait de s'y maintenir avec les débris de son corps. À l'aspect du danger qui les menaçait, les souverains alliés étaient dans la plus grande perplexité. M. de Wolzogen envoyé au prince de Schwarzenberg pour le ramener de la gauche à la droite de la Pleisse, au secours des armées russe et prussienne. M. de Wolzogen, comme nous venons de le dire, avait été envoyé au prince de Schwarzenberg, le général Jomini s'était joint à lui, et sur les vives observations de tous deux, le prince reconnaissant la difficulté d'emporter Dölitz pour déboucher sur nos derrières, et le péril pressant des armées russe et prussienne, avait consenti à faire passer sur la rive droite de la Pleisse la réserve du prince de Hesse-Hombourg, forte de plus de 20 mille hommes. Mais ce n'était pas avant trois heures de l'après-midi que ces renforts pouvaient être arrivés. En attendant, Alexandre et Frédéric-Guillaume font donner toutes leurs réserves. En attendant les souverains se décidèrent à engager toutes leurs réserves, certains qu'ils étaient de les remplacer bientôt par une partie de l'armée autrichienne. Charge de la cavalerie russe repoussée par Lauriston et Mortier d'un côté, par Oudinot et Victor de l'autre. On lança d'abord les cuirassiers russes sur notre infanterie, tandis qu'on porta en ligne les dix mille grenadiers de Rajeffsky, dont une colonne fut dirigée sur Gülden-Gossa, et l'autre sur la bergerie d'Avenhayn.

Tels étaient les événements du côté de l'ennemi. Lauriston et Mortier à notre gauche vers Gülden-Gossa, Victor et Oudinot à notre droite vers la bergerie d'Avenhayn, reçurent en carrés les cuirassiers russes, et par un feu imperturbable les renversèrent sous les cadavres de leurs chevaux. Les dix mille grenadiers de Rajeffsky viennent se mettre en ligne, de la bergerie d'Avenhayn à Gülden-Gossa. Les dix mille grenadiers de Rajeffsky, répartis entre la bergerie d'Avenhayn, le village de Gülden-Gossa et le bois de l'Université, vinrent se placer comme une longue muraille, soutenue d'intervalle en intervalle par du canon. Drouot les démolit à coups de canon. Le brave Drouot qui était resté entre nos deux colonnes d'attaque avec sa formidable batterie, imagina de diriger toutes ses pièces sur cette magnifique infanterie, négligeant l'artillerie ennemie, quelque importance qu'il y eût à éteindre ses feux. Quoiqu'il fût bien près de l'ennemi, il s'avança plus encore, et se mit à tirer à mitraille sur les grenadiers russes qui tombaient comme des pans de murs sous le feu de nos canons. Dubreton enlève la bergerie d'Avenhayn. Lorsqu'ils parurent suffisamment ébranlés, la division Dubreton se détachant du corps de Victor à notre droite, exécuta une charge à la baïonnette sur la bergerie d'Avenhayn, et l'emporta. Maison attaque Gülden-Gossa avec la dernière violence. À gauche le général Maison formant la tête de Lauriston, se jeta sur Gülden-Gossa et parvint à y pénétrer. Mais les grenadiers Rajeffsky favorisés par des bâtiments de ferme, des bois, des mares d'eau, s'y défendirent avec la dernière opiniâtreté. On conduisit une partie de la garde russe à leur secours, et tandis que Maison tenait une extrémité du village, les Russes tenaient l'autre, et ne voulaient pas l'abandonner. Maison atteint de plusieurs coups de feu, couvert de sang, changea trois fois de cheval, et ramena ses soldats dans ce village de Gülden-Gossa qu'il ne pouvait enlever aux Russes, et que de leur côté les Russes ne pouvaient lui arracher. À gauche Macdonald tournant Klenau par Seyffertshayn, avait rejeté sur Gross-Pössnau la brigade prussienne Ziethen, les brigades autrichiennes Spleny et Schöffer, la division autrichienne Meyer; mais la redoute suédoise placée à gauche de Liebert-Wolkwitz était demeurée inabordable. Le 22e léger enlève la redoute des Suédois. Napoléon qui se portait partout, apercevant le 22e léger au pied de la redoute, demanda quel était le régiment qui se trouvait devant cette position, et sur la réponse que c'était le 22e léger, il dit: Ce n'est pas possible, le 22e léger ne resterait pas ainsi sous la mitraille sans courir sur l'artillerie qui le foudroie.--Le 22e mené par le colonel Charras, gravit la hauteur au pas de charge, tua les artilleurs ennemis à coups de baïonnette, et enleva la redoute. Le point qui arrêtait Macdonald emporté, ce maréchal continua son mouvement à notre gauche jusqu'à la moitié du bois de l'Université.

Il était trois heures: partout l'ennemi acculé, même en arrière de sa première position, semblait prêt à nous céder la victoire. Seulement à notre gauche, vis-à-vis de Liebert-Wolkwitz, il se soutenait au bois de l'Université. L'ennemi concentre tous ses efforts sur Gülden-Gossa. Au centre, repoussé de la bergerie d'Avenhayn, il disputait au général Maison Gülden-Gossa, favorisé par la configuration de ce village, qui présentait une rangée de bois et de marécages. À notre droite, il n'avait pas rétrogradé en arrière de Mark-Kleeberg, malgré les efforts héroïques du prince Poniatowski.

Napoléon sentait le besoin de vaincre à tout prix, car il ne pouvait pas ajourner la victoire. Ne pas vaincre aujourd'hui avec la multitude d'ennemis qui approchaient, ce n'était pas être vaincu seulement, c'était s'exposer à être détruit. Napoléon se décide à ordonner une charge générale de cavalerie. Il prit donc le parti de jeter toute sa cavalerie sur la ligne ennemie. Murat à gauche descendit entre Liebert-Wolkwitz et Wachau avec dix régiments de cuirassiers. À droite, Kellermann descendit entre Wachau et Mark-Kleeberg avec la cavalerie polonaise, les dragons d'Espagne, et les dragons de la garde sous le général Letort. En ce moment Pajol, placé à la tête des dragons d'Espagne, fut enlevé à ses soldats par un obus qui éclatant dans le ventre de son cheval, lui causa sans le tuer une épouvantable commotion.

Succès de cette charge; on enlève 26 bouches à feu à l'ennemi. Douze mille chevaux s'avancèrent ainsi en deux masses, l'une à gauche, l'autre à droite, pleins du souvenir de la victoire de Dresde qui leur était due. Le général Bordesoulle avec ses cuirassiers, lancé par Murat, chargea la cavalerie de Pahlen et la dispersa, fondit ensuite sur les grenadiers et les gardes russes qui, après être restés maîtres de Gülden-Gossa, s'étaient déployés en avant de ce village, les renversa, et leur prit vingt-six bouches à feu. À droite, les dragons d'Espagne et ceux de la garde chargèrent les cuirassiers de Levachoff, et leur firent expier leur succès du matin. Ce premier choc avait partout réussi, et il ne fallait plus qu'un effort pour percer définitivement le centre de l'ennemi, et rabattre à droite Kleist et le prince Eugène de Wurtemberg dans la Pleisse, à gauche Gortschakoff sur le bois de l'Université. Mais il était plus de trois heures. Tout à coup on aperçut à notre droite des masses profondes arrivant de l'autre côté de la Pleisse. C'était la réserve autrichienne de Hesse-Hombourg dont la tête, formée par les cuirassiers de Nostitz, devançait les grenadiers de Bianchi et de Weissenwolf. Subite arrivée des cuirassiers de Nostitz, envoyés sur la droite de la Pleisse par le prince de Schwarzenberg. Les cuirassiers de Nostitz en effet, débouchant au galop, rencontrèrent les cavaliers de Kellermann, dans le désordre de la poursuite, les prirent en flanc et les ramenèrent. Le brave Letort avec les dragons de la garde fondit à son tour sur les cuirassiers de Nostitz, et les contint. Les cuirassiers de Nostitz arrêtent à gauche le mouvement de nos dragons. Mais au lieu d'être décisif, le mouvement de notre cavalerie sur la droite ne fut plus qu'alternatif, et tantôt nous avancions, tantôt nous reculions. Au centre Murat, après avoir tout renversé du premier choc, avait eu le tort, dans l'espérance d'être appuyé, d'engager tous ses escadrons, et d'ailleurs il s'était avancé sur un terrain qu'il n'avait pas été en mesure de reconnaître, et dont on ne pouvait de loin découvrir la forme. Le village de Gülden-Gossa arrête au centre l'élan de nos cuirassiers. À distance, le village de Gülden-Gossa ne laissait voir que quelques touffes d'arbres; mais de près Murat y trouva un grand enfoncement de terrain, et dans cet enfoncement des bâtiments, des bouquets de bois, des mares d'eau, et derrière chaque obstacle de l'infanterie bien postée. Arrivée sur le village, sa cavalerie fut obligée de s'arrêter court, et de demeurer en ligne sous le feu. Charge des hussards et Cosaques de la garde impériale russe sur nos cuirassiers. L'empereur Alexandre consentit alors à ce qu'on fît charger tout ce qui lui restait sous la main, jusqu'aux hussards et Cosaques de sa garde. Ceux-ci passant entre les ouvertures praticables de Gülden-Gossa, dont les Russes étaient encore maîtres, se jetèrent à l'improviste sur le flanc de la cavalerie de Murat, qu'ils surprirent, et qu'ils obligèrent à se replier n'emmenant que six des vingt-six pièces conquises tout à l'heure. Le brave Latour-Maubourg eut la cuisse emportée par un boulet. Ces hussards et ces Cosaques, lancés au galop, entourèrent de toutes parts la grande batterie de la garde qui était restée inébranlable au milieu du champ de bataille. Drouot forme son artillerie en carré. Drouot, rabattant alors les deux extrémités de sa ligne de canons sur ses flancs, opposa pour ainsi dire un carré d'artillerie à la cavalerie ennemie, et lorsque celle-ci en revenant passa à portée de ses pièces, il la couvrit de mitraille.

La bataille n'est pas décidée, ainsi que Napoléon l'avait espéré par le déploiement de notre cavalerie. La bataille n'avait donc pas été décidée par cette action générale de notre cavalerie, bien qu'une bonne partie du champ de bataille fût en notre pouvoir. À droite en effet nous avions presque bloqué Kleist dans Mark-Kleeberg; vers le centre Victor n'avait pas cessé d'occuper la bergerie d'Avenhayn; au centre, tirant sur la gauche, Lauriston, la batterie de la garde, la cavalerie de Latour-Maubourg étaient devant Gülden-Gossa; à gauche Macdonald, maître de la redoute suédoise et de Seyffertshayn, bordait de toutes parts le bois de l'Université. Mais l'ennemi, quoiqu'il eût rétrogradé, tenait encore. Napoléon se résout à faire avec toute la garde un dernier effort. Napoléon voulut alors tenter un suprême effort. Il reforma ses colonnes d'attaque: Mortier avec Lauriston, Oudinot avec Victor, eurent ordre de se remettre en colonnes, et de s'engager de nouveau. Les deux divisions de la vieille garde, comprenant environ dix mille hommes, seule réserve qui nous restât, durent les soutenir, et s'engager elles-mêmes s'il le fallait. Toute la cavalerie fut rangée en masse derrière cette infanterie: vaincre ou périr était leur mission. Une subite attaque des Autrichiens sur Dölitz suspend ce mouvement. Mais tout à coup on entendit de grands cris sur notre droite. Les grenadiers de Bianchi et de Weissenwolf, survenus à la suite des cuirassiers de Nostitz, avaient franchi la Pleisse, relevé au village de Mark-Kleeberg Kleist épuisé de fatigue, et ils tâchaient de faire fléchir Poniatowski, lequel n'avait pas cessé d'opposer à toutes les attaques une résistance invincible. Enfin sur nos derrières à droite, à ce poste de Dölitz que le prince de Schwarzenberg s'était flatté d'enlever, le général Merfeld, faisant une forte tentative, avait forcé tous les passages de la Pleisse, et était prêt à gravir la hauteur qui forme la berge de cette rivière. Curial envoyé à Dölitz avec quelques bataillons de la vieille garde, y prend le général Merfeld avec 2 mille Autrichiens. À ce danger Napoléon arrêta le mouvement de sa vieille garde, et dirigea sur Dölitz la division Curial. Oudinot fut détourné pour tenir tête aux grenadiers de Bianchi et de Weissenwolf. Mais grâce à l'opiniâtreté de Poniatowski et de la division Semelé (du corps d'Augereau) les grenadiers autrichiens furent contenus. Curial, exécutant en arrière un mouvement transversal de gauche à droite, se précipita sur Dölitz. Il lança d'abord les grenadiers de Turin et de Toscane sur les bois qui entourent Dölitz, et ensuite, avec les fusiliers de la garde, il se porta sur Dölitz même pour y entrer à la baïonnette. Il fallait franchir un bras de la Pleisse, et puis s'engager dans une suite de fermes contiguës, dépendantes d'un vieux château. Il mit dans cette charge tant de vigueur, qu'il franchit la Pleisse, traversa les cours de ferme l'une après l'autre, tua à coups de baïonnette quiconque essayait de lui résister, et, devançant l'ennemi au château même, fit prisonnier tout ce qui était resté dans les cours en arrière. Il prit ainsi le général Merfeld avec plus de deux mille hommes.

Il était cinq heures et la nuit s'approchait. Napoléon, après avoir pourvu à cet accident de sa droite, ne pouvait se résoudre à ne pas tenter un dernier effort sur le centre de l'ennemi. Dernière et violente attaque de Maison sur Gülden-Gossa, interrompue par la nuit. Victor était encore à Avenhayn; il ne s'agissait donc que d'enlever Gülden-Gossa. Lauriston, imperturbable au milieu d'un feu horrible, avait éprouvé des pertes énormes; il lui restait toutefois le général Maison, atteint de plusieurs coups de feu, n'ayant plus autour de lui que les débris de sa division, mais insatiable de dangers jusqu'à ce qu'il eût conquis Gülden-Gossa. Suivi de Mortier, Maison était rentré dans ce fatal village. Son succès pouvait tout décider, lorsque Barclay de Tolly, appréciant le péril, y lança la division prussienne de Firch, appuyée de la garde russe. Celle-ci, par un effort désespéré, reprit Gülden-Gossa. Maison essaya encore une fois d'y rentrer; mais une obscurité profonde sépara bientôt les combattants. Demeuré en dehors comme un lion rugissant, Maison était là, privé des cinq sixièmes de sa division, couvert lui-même de blessures, et désolé d'être arrêté par la nuit. Le matin il avait dit à ses soldats ces nobles paroles: Mes enfants, c'est aujourd'hui la dernière journée de la France; il faut que nous soyons tous morts ce soir.--Ces enfants héroïques avaient tenu son engagement. Il n'en survivait pas un millier. Cet acte fut le dernier de la bataille du 16, bataille terrible, dite de Wachau. Environ vingt mille hommes de notre côté, et trente mille du côté des coalisés, jonchaient la terre, les uns morts, les autres mourants.

Combat livré à Lindenau dans cette même journée du 16. Mais là ne se bornait pas cette horrible effusion de sang humain. Deux autres batailles avaient été livrées dans la journée, l'une au couchant, l'autre au nord de Leipzig, l'une sur notre droite à Lindenau, l'autre en arrière, à Möckern. À Lindenau, c'était le général Margaron qui avait eu affaire à Giulay, et qui s'en était vaillamment tiré, sans autre avantage toutefois que de repousser l'ennemi, et de demeurer maître du champ de bataille.

À ce bourg de Lindenau, le terrain présentait un plateau se terminant brusquement vers l'Elster, mais incliné en forme de glacis vers la plaine de Lutzen. Il était donc possible de le défendre avec assez d'avantage, surtout en étant sûr des ponts de l'Elster et de la Pleisse qu'on avait derrière soi. Seulement on courait le danger d'être tourné à droite par le village de Leutzsch, à gauche par celui de Plagwitz, situés tous deux au bord de l'Elster. Les bras de ce cours d'eau sont en effet tellement divisés en cette partie et amoindris par leur division, qu'on pouvait les franchir aisément, s'engager à travers les bois et les marécages, et tourner ainsi le pont de Lindenau, ce qui aurait fait tomber la position. Aussi Giulay, en exécutant une attaque directe sur le plateau en avant de Lindenau, avec la cavalerie de Thielmann et l'infanterie légère de Lichtenstein, avait-il dirigé des attaques latérales par Leutzsch d'un côté, et Plagwitz de l'autre. Il avait même pénétré dans ces deux villages, et lancé au delà de l'Elster des tirailleurs dans les bois. Margaron se maintient à Lindenau, après avoir fait essuyer à l'ennemi des pertes sensibles. Mais le général Margaron se maintenant avec son artillerie et quatre bataillons sur le plateau, avait poussé soit sur Leutzsch, soit sur Plagwitz, des colonnes d'infanterie qui chargeant successivement à la baïonnette, avaient repris ces villages et dégagé ses deux ailes. Huit à neuf mille hommes en avaient contenu vingt-cinq mille, et néanmoins ils auraient peut-être fini par succomber, si la vue de la division Morand, du corps de Bertrand, rangée entre Lindenau et Leipzig, n'avait intimidé l'ennemi, et arrêté ses entreprises. Ce combat nous avait coûté un millier d'hommes, et le double au moins aux Autrichiens. Demeurés maîtres de Lindenau, nous pouvions toujours nous rouvrir la route de Lutzen.

Bataille de Möckern, livrée le même jour par Marmont à Blucher. À Möckern, le combat avait été plus sérieux, surtout par le nombre des combattants, et l'étendue du carnage. Le général Blucher se doutant que la bataille décisive allait commencer, et ne voulant pas laisser le prince de Schwarzenberg exposé à la livrer seul, n'y avait plus tenu dès qu'il avait entendu le canon le 16 au matin, et avait marché par la route de Halle, aboutissant au nord de Leipzig. Marche de Blucher. En partant il avait envoyé officiers sur officiers à Bernadotte pour lui faire connaître la situation, et le presser d'arriver. D'ailleurs ses liaisons particulières avec les états-majors prussien et russe de l'armée du Nord lui donnaient sur cette armée une grande influence, et lui faisaient espérer qu'elle finirait par répondre à son appel. Mais ce ne pouvait être dans la journée du 16; aussi ne s'était-il avancé qu'avec circonspection, craignant, quoiqu'il reconnût distinctement le canon du prince de Schwarzenberg, qui n'était qu'à trois lieues vers le sud, d'avoir la majeure partie de l'armée française sur les bras. Ses forces. Il comptait environ 60 mille combattants, mais s'il en rencontrait 80 à 90 mille, le cas pouvait devenir mauvais pour lui. La vue de nos colonnes remontant de Düben sur Leipzig lui inspirait des craintes, et il avait eu le soin de placer Langeron en observation sur la route de Dölitzsch. Ses dispositions. Il avait rangé au centre le corps russe de Sacken entre la route de Dölitzsch et celle de Halle, et sur celle-ci qui menait droit au nord de Leipzig il avait porté le corps prussien d'York, le plus animé de tous parce qu'il était allemand et prussien. Ces précautions furent cause qu'il n'arriva pas avant onze heures du matin en vue de Leipzig, ne pouvant rien distinguer de la bataille qui se livrait au sud, et entendant seulement une canonnade formidable. Il avait devant lui vingt mille hommes environ, se retirant lentement de Breitenfeld et de Lindenthal sur Leipzig. Marmont, qui avait reçu l'ordre de se replier vers Napoléon, s'arrête pour combattre Blucher. C'était le corps du maréchal Marmont, exécutant l'ordre qu'il avait reçu le matin de se replier sur Leipzig, et de traverser cette ville pour venir former la réserve de la grande armée. Cet ordre toutefois était conditionnel, et subordonné à ce qui se passerait sur la route de Halle. L'ennemi s'y montrant en force, l'ordre tombait, et résister à l'armée de Blucher devenait le devoir indiqué, devoir que le maréchal Marmont était disposé à remplir dans toute son étendue.