La collection de l'Écho de la Frontière est des plus rares: le seul exemplaire que nous en connaissions se trouve à la bibliothèque de Valenciennes. Son feuilleton de Bourgogne fut tiré à part; nous n'avons pu en retrouver que de rares exemplaires. Ce tirage à part ne contient même qu'une partie du texte publié par le journal, et ne dépasse point la page 176 du présent volume. L'Écho de la Frontière conduit le lecteur jusqu'à la page 286. Nous avons donc regardé ces Mémoires comme ayant la valeur d'une oeuvre inédite, jusqu'à leur publication, en 1896, dans la Nouvelle Revue rétrospective[9].

[Note 9: Le Mémoires de Bourgogne ont paru, pour la première fois in extenso d'après le manuscrit original, dans la Nouvelle Revue rétrospective, consacrée, depuis quatorze ans, à la publication de documents concernant notre histoire nationale, depuis deux siècles.]

Le manuscrit original, qui avait été déposé, en 1891, à la bibliothèque de Valenciennes, vient d'être remis entre les mains de la fille de Bourgogne, Mme Defacqz. Il se compose de six cent seize pages in-folio, presque toutes de la main de l'auteur. Nous restons les obligés de M. Auguste Molinier, qui, le premier, a songé à en offrir la publication à la Nouvelle Revue rétrospective, et de M. Edmond Martel, qui a bien voulu faire, pour nous, des recherches sur la famille Bourgogne, à Valenciennes et à Condé.

Nommons encore les neveux de notre héros, M. le docteur Bourgogne et M. Amédée Bourgogne; M. Loriaux, son ancien propriétaire; M. Paul Marmottan, et nous aurons fait apprécier l'importance, comme la multiplicité des concours apportés à notre oeuvre. Leur constatation reste, en même temps, notre première garantie.

MÉMOIRES DU SERGENT BOURGOGNE (1812-1813)

I

D'Almeida à Moscou.

Ce fut au mois de mars 1812, lorsque nous étions à Almeida, en
Portugal, à nous battre contre l'armée anglaise, commandée par
Wellington, que nous reçûmes l'ordre de partir pour la Russie.

Nous traversâmes l'Espagne, où chaque jour de marche fut marqué par un combat, et quelquefois deux. Ce fut de cette manière que nous arrivâmes à Bayonne, première ville de France.

Partant de cette ville, nous prîmes la poste et nous arrivâmes à Paris où nous pensions nous reposer. Mais, après un séjour de quarante-huit heures, l'Empereur nous passa en revue, et jugeant que le repos était indigne de nous, nous fit faire demi-tour et marcher en colonnes, par pelotons, le long des boulevards, ensuite tourner à gauche dans la rue Saint-Martin, traverser la Villette, où nous trouvâmes plusieurs centaines de fiacres et autres voitures qui nous attendaient. L'on nous fit faire halte, ensuite monter quatre dans la même voiture et, fouette cocher! jusqu'à Meaux, puis sur des chariots jusqu'au Rhin, en marchant jour et nuit.