II

PREMIÈRE BATAILLE

L’an du monde 22649, le septième jour de la huitième lune.

A l’aube, les cors ont sonné; les lourds marteaux ont frappé les cloches d’airain pour la grande bataille. Cent buffles noirs, deux cents étalons ont été immolés par les prêtres, et mes cinquante fils ont avec moi prié l’Unique.

La planète du soleil s’est engloutie dans l’aurore rouge, les chefs ont galopé au front des armées, la clameur de l’attaque s’est élargie avec la course impétueuse de cent mille combattants.

La tribu de Nazzum a, la première, abordé l’ennemi et le combat a été formidable. Impuissants d’abord, fauchés par les coups mystérieux, bientôt les guerriers ont connu l’art de frapper les Xipéhuz et de les anéantir. Alors, toutes les nations, Zahelals, Dzoums, Sahrs, Khaldes, Xisoastres, Pjarvanns, grondantes connue les océans, ont envahi la plaine et la forêt, partout cerné les silencieux adversaires.

Pendant longtemps toute la bataille a été un chaos; les messagers continuellement venaient apprendre aux prêtres que les hommes périssaient par centaines, mais que leur mort était vengée.

A l’heure brûlante, mon fils Sourdar aux pieds agiles, dépêché par Loûm, est venu me dire que, pour chaque Xipéhuz anéanti, il périssait douze des nôtres. J’ai eu l’âme noire et le cœur sans force, puis mes lèvres ont murmuré:

—Qu’il en soit comme le veut le seul Père!

Et m’étant rappelé le dénombrement des guerriers, qui donnait le chiffre de cent et quarante mille; sachant que les Xipéhuz s’élevaient à quatre mille environ, je pensai que plus du tiers de la vaste armée périrait, mais que la terre serait à l’homme. Or, il aurait pu se faire que l’armée n’y suffît pas: