—Vois! fit Luce.
D’autres météorites sourdirent, isolés d’abord, puis en petits groupes, tous à longues écharpes, à noyaux puissants, de beauté miraculeuse.
—Nous sommes dans la nuit du dix août, dit Sévère, et les averses d’étoiles vont croître ... il n’y a là rien que de normal ...
—Et pourquoi, cependant, nos lampes diminuent-elles?
Les lampes, en effet, baissaient leurs flammes, une densité électrique supérieure enveloppait les choses, une terreur, non de mort, mais de vie exaspérée, de dilatation surnaturelle, tellement que Sévère et Luce s’accrochaient aux meubes pour peser davantage, pour percevoir le contact de la matière solide. Une poussée étrange les enlevait, leur ôtait le sens de l’équilibre. Ils se sentaient dans une atmosphère nouvelle, où l’éther agissait avec une puissance vivante, où je ne sais quoi d’organique—d’un organique d’outre-terre—troublait chaque goutte du sang, orientait chaque molécule, induisait jusque dans la profondeur des os, et roidissait peu à peu tous les cheveux et tous les poils.
D’ailleurs, comme Sévère l’avait prédit, l’averse stellaire s’accéléra, toute la concavité du firmament emplie de bolides. Par degrés, il s’y mêla un phénomène inconnu, persistant, grandissant: des voix. Des voix légères, lointaines, musicales, une symphonie de cordelles dans la profondeur céleste, un chuchottis parfois presque humain, qui faisait songer à l’harmonie des sphères du vieux Pythagore.
—Ce sont des âmes! murmura-t-elle.
—Non, dit-il, non, ce sont des Forces!
Mais, Ames ou Forces, c’était le même Inconnu, la même menace hermétique, la pression d’un événement prodigieux, les plus noires des peurs humaines: l’Informe et l’imprévisible. Et les voix allaient toujours, au-dessus du murmure des choses, affreusement douces, essentielles, subtiles, ramenant Luce à l’Humilité d’enfance, au Culte, à la Prière:
—Notre Père qui êtes aux Cieux ...