—Gaw ira jusqu'à la rivière, murmura le jeune Oulhamr.

Naoh se coucha et colla son oreille contre la terre, puis il aspira longuement l'espace. Rien ne révélait l'approche du Lion Géant et, comme, après la fièvre du combat, la soif devenait intolérable, le chef prit Nam dans ses bras et le transporta jusqu'au bord de l'eau. Là, il aida Gaw à se désaltérer, but lui-même abondamment et abreuva Nam en lui versant l'eau du creux de sa main entre les lèvres. Ensuite, il reprit le chemin des blocs basaltiques, avec Nam contre sa poitrine et soutenant Gaw qui trébuchait.

Les Oulhamr ne savaient guère soigner les blessures: ils les recouvraient de quelques feuilles qu'un instinct, moins humain qu'animal, leur faisait choisir aromatiques. Naoh ressortit pour aller chercher des feuilles de saule et de menthe qu'il appliqua, après les avoir écrasées, sur la poitrine de Gaw. Le sang coulait plus faiblement, rien n'annonçait que les plaies fussent mortelles. Nam sortait de sa torpeur, quoique ses membres, ses jambes surtout, demeurassent inertes. Et Naoh n'oublia pas les paroles utiles:

—Nam et Gaw ont bien combattu… Les fils des Oulhamr proclameront leur courage…

Les joues des jeunes hommes s'animèrent, dans la joie de voir, une fois encore, leur chef victorieux.

—Naoh a abattu la tigresse, murmura le fils du Saïga d'une voix creuse, comme il avait abattu l'ours gris!

—Il n'y a pas de guerrier aussi fort que Naoh! gémissait Nam.

Alors, le fils du Léopard répéta la parole d'espérance avec tant de force que les blessés sentirent la douceur de l'avenir:

—Nous ramènerons le Feu!

Et il ajouta: