Le glapissement d'un chacal fit lever la tête au grand nomade. Il l'écouta d'abord en silence, puis il fit entendre un rire léger.
—Nous voici dans le pays des chacals, dit-il. Nam et Gaw essaieront d'en abattre un.
Les compagnons tournaient vers lui des visages étonnés. Il reprit:
—Naoh veillera dans ce buisson… Le chacal est aussi rusé que le loup: jamais l'homme ne pourrait l'approcher. Mais il a toujours faim. Nam et Gaw poseront un morceau de chair et attendront à peu de distance. Le chacal viendra; il s'approchera et il s'éloignera. Puis il s'approchera et s'éloignera encore. Puis il tournera autour de vous et de la chair. Si vous ne bougez pas, si votre tête et vos mains sont comme de la pierre, après longtemps il se jettera sur la chair. Il viendra et sera déjà reparti. Votre sagaie doit être plus agile que lui.
Nam et Gaw partirent à la recherche des chacals. Ils ne sont pas difficiles à suivre; leur voix les dénonce: ils savent qu'aucun animal ne les recherche pour en faire sa proie. Les deux Oulhamr les rencontrèrent près d'un massif de térébinthes. Il y en avait quatre, acharnés sur des ossements dont ils avaient rongé toute la fibre. Ils ne s'enfuirent pas devant les hommes; ils dardaient sur eux des prunelles vigilantes; ils glapirent doucement, prêts à détaler dès qu'ils jugeraient les survenants trop proches.
Nam et Gaw firent comme avait dit Naoh. Ils mirent sur le sol un quartier de biche, et, s'étant éloignés, ils demeurèrent aussi immobiles que le tronc des térébinthes. Les chacals rôdaient à pas menus sur l'herbe. Leur crainte faiblissait au fumet de la chair. Quoiqu'ils eussent souvent rencontré la bête verticale, aucun n'en avait éprouvé les ruses: toutefois, la jugeant plus forte qu'eux, ils ne la suivaient qu'à distance, et parce que leur intelligence était fine, parce qu'ils savaient que le péril ne cesse jamais à la lumière ni dans les ténèbres, ils agissaient avec méfiance. Donc, ils rôdèrent longtemps auprès des Oulhamr, ils firent beaucoup de circuits, ils s'embusquèrent dans les massifs de térébinthes et en ressortirent, ils contournèrent souvent les corps immobiles. Le croissant rougit à l'Orient avant que leur doute et leur patience eussent pris fin.
Pourtant, leurs approches étaient plus hardies; ils venaient jusqu'à vingt coudées de l'appât; ils s'arrêtaient longuement avec des murmures. Enfin, leur convoitise s'exaspéra; ils se décidèrent, précipités tous ensemble, pour ne laisser aucun avantage les uns aux autres. Ce fut aussi rapide que l'avait dit Naoh. Mais les harpons furent encore plus rapides; ils percèrent le flanc de deux chacals tandis que les autres emportaient la proie; puis les haches brisèrent ce qui demeurait de vie aux bêtes blessées.
Lorsque Nam et Gaw ramenèrent les dépouilles, Naoh se mit à dire:
—Maintenant, nous pourrons tromper les Dévoreurs d'Hommes. Car l'odeur des chacals est beaucoup plus puissante que la nôtre.