Comme Naoh menait directement Gaw vers le roc, les Kzamms, resserrant leur étreinte, poussèrent un cri de triomphe; plusieurs parvinrent à cinquante coudées des Oulhamr et lancèrent des sagaies. Mais Naoh, traversant un rideau de broussailles, entraînait son compagnon à travers un défilé entrevu du haut de la colline.

Les Kzamms hurlaient; quelques-uns se hissèrent à leur tour jusqu'au défilé; les autres tournèrent l'obstacle.


Cependant, Naoh et Gaw fuyaient de toute leur vitesse; ils eussent pris une avance considérable si le terrain n'avait été si rude, si inégal et si mouvant. Quand ils ressortirent à l'autre extrémité de la masse rocheuse, trois Kzamms débouchaient du nord et coupaient la retraite. Naoh eût pu biaiser en se rejetant au midi; mais il entendait le bruit croissant de la poursuite: il sut que de ce côté aussi sa course allait être arrêtée. Toute hésitation devenait mortelle.

Il s'élança droit sur les survenants, la massue d'une main et la hache de l'autre, tandis que Gaw saisissait son harpon. Craignant de laisser échapper les Oulhamr, les trois Kzamms s'étaient éparpillés. Naoh bondit sur celui qui était vers sa gauche. C'était un guerrier très jeune, leste et flexible, qui leva sa hache pour parer l'attaque. Un coup de massue lui arracha son arme; un second coup l'abattit.

Les deux autres Dévoreurs d'Hommes s'étaient précipités sur Gaw, comptant le terrasser assez vite pour réunir leurs forces contre Naoh. Le jeune Oulhamr avait dardé une sagaie et blessé, mais faiblement, un des agresseurs. Avant qu'il eût pu frapper de l'épieu, il était atteint à la poitrine. Un recul rapide, puis un bond transverse lui permirent de se mettre en garde. Tandis que l'un des Kzamms l'attaquait de face, avec vélocité, l'autre cherchait à le frapper par derrière: Gaw allait succomber, lorsque Naoh arriva. L'énorme massue s'abattit avec le bruit d'un arbre qui croule; un Kzamm craqua et s'affaissa; l'autre battit en retraite, vers un groupe de guerriers qui, débouchant au nord, s'avançait à grande allure.

Il était trop tard. Les Oulhamr échappaient à l'étreinte; ils fuyaient vers l'ouest, le long d'une ligne où aucun ennemi ne leur barrait le passage; à chaque bond, ils augmentaient leur avance.

Ils coururent longtemps, tantôt sur la terre sonore, tantôt sur la fange ou parmi les herbes sifflantes, tantôt dans la brousse ou dans les tourbières, tantôt gravissant les côtes et tantôt dévalant éperdument. Bien avant que le soleil fût au milieu du firmament, ils avaient six mille coudées d'avance. Souvent, ils espérèrent que l'ennemi cesserait la poursuite, mais lorsqu'ils atteignaient une cime, ils finissaient toujours par découvrir la meute acharnée des Dévoreurs d'Hommes.

Or, Gaw s'affaiblissait. Sa blessure n'avait pas cessé de répandre du sang. Quelquefois ce n'était qu'un filet insaisissable: malgré la galopade furieuse, la plaie semblait close; puis, après quelques efforts plus brusques ou quelques faux pas dans une fondrière, le liquide rouge se mettait à sourdre. De jeunes peupliers s'étaient rencontrés, Naoh avait construit un tampon de feuilles; mais la blessure continuait à saigner sous le bandage; peu à peu, la vitesse de Gaw devint égale, puis inférieure à celle des Kzamms. Chaque fois maintenant que les fugitifs se retournaient, l'avant-garde des Kzamms avait gagné du terrain. Et le fils du Léopard, avec une rage profonde, songeait que si Gaw ne reprenait pas quelque force, ils seraient rejoints avant d'avoir pu atteindre le troupeau des mammouths. Mais Gaw ne reprenait pas de force; une colline se présenta, qu'il gravit avec une peine excessive; au sommet, les jambes tremblantes, le visage couleur de cendre, le cœur exténué, il chancela. Et Naoh, tourné vers la troupe fauve, qui commençait à gravir la pente, vit combien la distance avait encore décru.

—Si Gaw ne peut plus courir, dit-il d'une voix creuse, les Dévoreurs d'Hommes nous auront rejoints avant que nous n'arrivions en vue du fleuve.