Naoh, cependant, continua de courir pendant une centaine de coudées, puis, tournant vers les Kzamms son visage creux de fatigue et ses yeux étincelants de triomphe, il cria:

—Les Oulhamr ont fait alliance avec les mammouths. Naoh se rit des Dévoreurs d'Hommes.

Tandis qu'il parlait, les mammouths arrivèrent; à la stupeur infinie des Kzamms, le plus grand mit sa trompe sur l'épaule de l'Oulhamr. Et Naoh poursuivit:

—Naoh a pris le Feu. Il a abattu quatre guerriers dans le campement; il en a abattu quatre autres pendant la poursuite…

Les Kzamms répondirent par des hurlements de fureur, mais, comme les mammouths avançaient encore, ils reculèrent en hâte, car, pas plus que les Oulhamr, ils n'avaient encore conçu que l'homme pût combattre ces hordes colossales.

VII
LA VIE CHEZ LES MAMMOUTHS

Nam avait bien gardé le Feu. Il brûlait clair et pur dans sa cage lorsque Naoh le retrouva. Et quoique son harassement fût extrême, que la blessure mordît sa chair comme un loup, que sa tête bourdonnât de fièvre, le fils du Léopard eut un grand moment de bonheur. Dans sa large poitrine battait toute l'espérance humaine, plus belle de ce que, sans l'ignorer, il ne songeait pas à la mort. La jeunesse palpitait en lui et, pour sa courte prévoyance, c'était l'Éternité. Il vit le marécage au printemps, lorsque les roseaux dardent tous ensemble leurs flèches tendres, lorsque les peupliers, les aulnes et les saules revêtent leur fourrure verte et blanche, lorsque les sarcelles, les hérons, les ramiers, les mésanges s'interpellent, lorsque la pluie tombe si allègre que c'est comme si la vie même tombait sur la terre. Et devant les eaux, et sur les herbes et parmi les arbres, la face de la postérité était la face de Gammla; toute la joie des hommes était le corps flexible, les bras fins et le ventre rond de la fille de Faouhm.

Quand Naoh eut rêvé devant le Feu, il cueillit des racines et des plantes tendres, pour en faire hommage au chef des mammouths, car il concevait que l'alliance, pour être durable, devait chaque jour être renouvelée. Alors seulement, Nam prenant la garde, il alla choisir une retraite, au centre du grand troupeau, et s'y étendit:

—Si les mammouths quittent le pâturage, fit Nam, je réveillerai le fils du Léopard.

—Le pâturage est abondant, répondit Naoh: les mammouths y paîtront jusqu'au soir.