Il y rêvait, farouche, lorsqu'il vit l'Homme-sans-Épaules tracer de la main, avec persistance, une direction qui partait de la rive et aboutissait à l'îlot. Puis il montrait l'arête granitique. Le Fils du Léopard devina qu'il devait y avoir une deuxième arête qui atteignait presque la surface du marécage. Maintenant, l'ennemi était là, sur son flanc, plein de pièges… et il fallait s'étendre derrière les saillies pour éviter ses pierres et ses sagaies!


Le silence a ressaisi le marécage; Naoh continue à veiller sous les constellations tremblotantes.

Le buisson des Nains Rouges s'avance lentement: avant la moitié de la nuit, il touchera presque le feu des nomades et l'attaque se produira. Elle sera difficile. Les Nains Rouges devront franchir les flammes qui occupent toute la largeur de l'arête et se prolongent pendant plusieurs coudées.

Comme Naoh, tout son instinct tendu, pense à ces choses, une pierre partie de l'îlot roule sur le bûcher. Le Feu siffle, une petite vapeur s'élève, et voilà qu'un deuxième projectile passe et retombe. Le cœur figé, Naoh comprend la tactique de l'ennemi. A l'aide de cailloux, enveloppés d'herbe humide, il va tenter d'éteindre le Feu ou de l'amortir suffisamment, afin de faciliter le passage aux assaillants… Que faire? Pour qu'on pût atteindre ceux qui occupent l'îlot, non seulement il faudrait qu'ils se découvrissent, mais les Oulhamr eux-mêmes devraient s'exposer à leurs coups.


Tandis que le Fils du Léopard et ses compagnons s'agitaient furieusement, les pierres se succédaient, une vapeur continue fusait parmi les flammes, le buisson des Nains Rouges s'avançait sans relâche: les nomades et l'Homme-sans-Épaules frémissaient de la fièvre des bêtes traquées.

Bientôt toute une partie du feu commença de s'éteindre.

—Nam et Gaw sont-ils prêts? demanda le chef.

Et sans attendre leur réponse, il poussa son cri de guerre. C'était une clameur de rage et de détresse, où les jeunes hommes ne retrouvaient pas la rude confiance du chef. Résignés, ils attendaient le signal suprême. Mais une hésitation parut saisir Naoh. Ses yeux palpitèrent, puis un rire strident jaillit de sa poitrine et l'espoir dilata son visage; il mugit: