Nam venait de bondir sur la plaine.
Alors, Naoh sentit son cœur plein de trouble. Il ne savait s'il fallait jeter la massue à Nam ou le rappeler. Le jeune homme était plus agile que les fils de l'Aurochs, mais, comme ils convergeaient vers le roc, il passerait à portée de la sagaie ou du harpon… L'hésitation du chef fut brève, il cria:
—Je ne jetterai pas la massue à Nam… elle alourdirait sa course! Qu'il fuie… qu'il aille avertir les Oulhamr que nous les attendons ici, avec le Feu.
Nam obéit, tout tremblant, car il se connaissait faible devant les frères formidables, à qui sa courte pause avait fait gagner du terrain. Après quelques bonds, il trébucha et dut reprendre son élan. Et Naoh, voyant le péril s'accroître, rappela son compagnon.
Déjà les Velus étaient proches. Le plus agile lança la sagaie. Elle perça le bras du jeune homme au moment où il commençait l'escalade; l'autre, poussant un cri de mort, fondit sur Nam pour le broyer. Naoh veillait. D'un bras terrible, il lança une pierre: elle traça un arc dans la pénombre, elle fit craquer le fémur de l'assaillant, qui s'abattit. Avant que le fils du Léopard eût choisi un deuxième projectile, le blessé, avec des rauquements de rage, disparut derrière un buisson.
Puis il y eut un grand silence. Aghoo s'était dirigé vers son frère, il examinait sa blessure. Gaw aidait Nam à regagner la plate-forme; Naoh, debout dans la double clarté du brasier et de la lune, levant à deux mains un quartier de porphyre, se tenait prêt à lapider les agresseurs. Sa voix se fit entendre la première:
—Les fils de l'Aurochs ne sont-ils pas de la même horde que Naoh, Nam et Gaw? Pourquoi nous attaquent-ils comme des ennemis?
Aghoo-le-Velu se dressa à son tour. Ayant poussé son cri de guerre, il répondit:
—Aghoo vous traitera comme des amis si vous voulez lui donner sa part du Feu, et comme des élaphes si vous la lui refusez.
Un ricanement formidable ouvrait ses mâchoires; sa poitrine était si large qu'on aurait pu y coucher une panthère.