Enfin, après un quart d’heure de recherches, je vis des formes remuer au loin, dans une éclaircie; puis des grognements rauques se firent entendre. Je ne sais quel instinct me saisit: je fus certain que le drame était là, je me ruai en foudre et l’éclaircie parut, tout orangée par le soleil. Sept bêtes rosâtres, aux poils roides, aux dos puissants, s’y démenaient étrangement, tassées devant un buisson d’arbustes. Soudain, la réalité innommable, une scène de la profondeur des âges, une scène de la Gaule préhistorique, quand les bêtes et les hommes se disputaient encore la puissance: les porcs fauves dévoraient Mariette!...

Ils lui avaient rongé le visage, les bras et la poitrine; ils venaient de lui ouvrir le ventre!

*
* *

Dareaux demeura pendant quelques minutes les yeux grands, abîmé dans ses souvenirs. Puis il reprit à voix basse:

—On a pu reconstituer le drame... Mariette Dieutegard avait trébuché dans la clairière et, en tombant, le crâne heurté contre une pierre, elle s’était évanouie. C’est alors que les bêtes étaient venues. Elles appartenaient à la race farouche qui, peut-être depuis mille ans, paît dans le bois de la Hesbaigne. Elles flairèrent le sang, qui avait jailli sur la mousse, et, comme la jeune fille demeurait immobile, l’une ou l’autre des brutes commença l’attaque... Ce faisant, elles n’avaient pas fait autre chose que ce que font encore fréquemment leurs congénères lorsque le hasard leur livre un petit enfant au berceau...

LE SAUVETEUR


A Pierre Valdagne.

Nous trouvâmes notre ami sur la falaise, en suroît, bottes de mer et petit chapeau de cuir bouilli. Le temps était doux, l’eau belle, et notre ami soupirait.

—Est-ce drôle? murmura-t-il, je n’aime plus que la tempête et les sauvetages... Je sais bien que c’est immoral, mais je n’y puis rien faire!