Et, tandis que je poussais un cri de joie, tandis que ma femme pleurait de bonheur, il tomba dans un sommeil de plomb dont il ne s’éveilla que douze heures plus tard.

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Il ne s’était pas vanté. L’enfant guérit avec une rapidité merveilleuse, à la profonde stupéfaction de Potain et de Debrême,—qui, d’ailleurs, ignorèrent tout: je devais le secret à notre sauveur.

Vous avouerez que, après une telle aventure, il est bien naturel que je ne croie pas seulement à la science et à la réalité mesurables, mais aussi à l’instinct, à l’intuition, à ces réalités subtiles qui pénètrent toutes choses, comme les physiciens disent de l’éther.


CONTES
DEUXIÈME SÉRIE

LE VIEUX BIFFIN


Quand j’habitais au bout de l’avenue de Clichy, raconta Charles Marlommes, je rencontrais quelquefois un vieux biffin du temps de Louis-Philippe. C’était un paquet d’os. Ses énormes pommettes et ses longues mâchoires laissaient à peine paraître deux petites joues fauves; ses mains, sous leur peau roussâtre, semblaient déjà des mains de squelette; quand il marchait, les oscillations sèches et «discordantes» de son torse lui donnaient l’aspect d’une mécanique très usée.

Vous savez que j’erre volontiers dans la savane parisienne. Elle est aussi sauvage que l’autre, la savane des buffles, des coyotes, des félins et des pécaris; elle est plus riche en bêtes imprévues, farouches, misérables ou grotesques. A force de le voir, j’avais fini par échanger des paroles avec le vieux père Bastien. Même, au bar du Grand Moka, il m’a raconté des histoires qui, en un certain sens, évoquent des temps aussi fabuleux que ceux de Thoutmès III, roi d’Égypte.