Une lueur rouge le réveilla. Soulevant avec peine les paupières, il aperçut, au fond de l’horizon, l’orbe immense du soleil.

—Allons! debout..., se dit-il.

Mais une torpeur invincible le clouait au sol; ses pensées flottaient engourdies, la fatigue lui prêchait le renoncement. Il allait se rendormir, lorsqu’il sentit un léger picotement par tout l’épiderme. Et il vit, sur sa main, à côté des écorchures qu’il s’était faites aux pierres, des points rouges caractéristiques.

—Les ferromagnétaux, murmura-t-il. Ils boivent ma vie!

Dans sa lassitude, l’aventure ne l’effraya guère. C’était comme une chose lointaine, étrangère, presque symbolique. Non seulement il ne ressentait aucune souffrance, mais la sensation se révélait presque agréable; c’était une sorte de vertige, une griserie légère et lente qui devait ressembler à l’euthanasie... Soudain, les images d’Erê et d’Arva traversèrent sa mémoire, suivies d’un ressaut d’énergie.

—Je ne veux pas mourir! gémit-il. Je ne veux pas!

Il revécut obscurément sa lutte, ses souffrances, sa victoire. Là-bas, aux Terres-Rouges, la vie l’attirait, fraîche et charmante. Non, il ne voulait pas périr; il voulait voir longtemps encore les aurores et les crépuscules; il voulait combattre les forces mystérieuses.

Et, rappelant sa volonté dormante, d’un effort terrible, il tenta de se redresser.

VII
L’EAU, MÈRE DE LA VIE

Au matin, Arva ne soupçonna point l’absence de Targ. Il s’était surmené la veille: sans doute, recru de fatigue, prolongeait-il son repos. Pourtant, après deux heures d’attente, elle s’étonna. Et elle finit par frapper à la cloison de la chambre que le veilleur avait choisie. Rien ne répondit. Peut-être était-il sorti alors qu’elle dormait? Elle frappa encore, puis elle poussa sur le commutateur de la porte: celle-ci, en s’enroulant, découvrit une chambre vide.