Il fallut quatre ans pour anéantir le peuple des Hautes-Sources.

Alors, les oasis furent saisies par l’immense désert, les ferromagnétaux occupèrent la place des hommes.

Après la découverte de Targ, les Terres-Rouges prospérèrent. On avait reconstitué l’oasis vers l’Est, dans un territoire où la rareté des ferromagnétaux rendait leur destruction facile. Les constructions, le défrichement, le captage des eaux se firent en six mois. La première récolte fut belle, la seconde merveilleuse.

Malgré la mort successive des autres communautés, les hommes de l’Oasis Rouge vivaient dans une sorte d’espérance. N’étaient-ils pas la peuplade élue, celle en faveur de qui, pour la première fois depuis cent siècles, la loi implacable avait fléchi? Targ entretenait cet état des âmes. Son influence était grande; il avait l’attrait des créatures triomphantes et leur prestige symbolique.

Cependant, sa victoire n’avait impressionné personne autant que lui-même. Il y voyait une obscure récompense et, plus encore, une confirmation de sa foi. Son esprit d’aventure s’épanouissait; il eut des aspirations presque comparables à celles des ancêtres héroïques. Et l’amour qu’il ressentait pour Erê et les deux enfants nés d’elle se mêlait de rêves dont il n’osait parler à personne, hormis sa femme ou sa sœur, car il les savait incompréhensibles aux Derniers Hommes.

Manô ignorait ces fièvres. Sa vie restait directe. Il ne songeait guère au passé, moins encore à l’avenir. Il goûtait la douceur uniforme des jours; il vivait auprès de sa femme, Arva, une existence aussi insoucieuse que celle des oiseaux argentés dont les groupes, chaque matin, planaient sur l’oasis. Comme ses premiers enfants, à cause de leur belle structure, avaient été parmi les émigrants accueillis aux Terres-Rouges, à peine si une mélancolie fugitive le saisissait en songeant au dépérissement des Hautes-Sources.

Au rebours, ce dépérissement tourmentait Targ: maintes fois, son planeur le conduisit à l’oasis natale. Il cherchait l’eau avec acharnement, il s’éloignait des routes protectrices, il visitait des étendues terribles où les ferromagnétaux vivent la vie des jeunes règnes. Avec quelques hommes de l’oasis, il avait sondé cent gouffres. Quoique les recherches demeurassent vaines, Targ ne se décourageait point: il enseignait qu’il faut mériter les découvertes par des efforts opiniâtres et de longues patiences.

IX
L’EAU FUGITIVE

Un jour qu’il revenait des solitudes, Targ, du haut de son planeur, aperçut une foule près du grand réservoir. A l’aide de son télescope, il discerna les chefs des Eaux et les membres du Grand Conseil; quelques mineurs surgissaient des puits de captage. Un groupe d’oiseaux vint à la rencontre du planeur; par eux, Targ sut que la source inspirait des inquiétudes. Il atterrit, vite enveloppé d’une foule frémissante, qui mettait en lui sa confiance. Ses os se glacèrent, lorsqu’il entendit Manô lui dire:

—Les eaux ont baissé.