Cette parole ayant paru sage, on se résigna au mystère.
Vers la fin du crépuscule, le niveau baissa plus lentement; une onde d’espoir courut sur l’oasis. Mais les chefs des Eaux ni Targ ne partageaient cette confiance: si la déperdition s’atténuait, c’est que le niveau était descendu au-dessous des plus grosses fissures d’écoulement. L’eau contenue actuellement dans le lac pouvait descendre à quatre mètres et, si les sources demeuraient inaccessibles, ce serait, avec la provision des réservoirs, toute l’eau possédée par les Derniers Hommes.
Toute la nuit, les machines des Terres-Rouges creusèrent les nouveaux réservoirs; toute la nuit aussi, l’eau, mère de vie, ne cessa de se perdre dans les abîmes de la planète. Au matin, le niveau était descendu à huit mètres, mais deux réservoirs étaient prêts qui reçurent rapidement leur provision; ils absorbèrent trois mille mètres cubes de liquide.
Leur remplissage abaissa encore le niveau; l’on vit apparaître l’orifice de la première source. Targ y pénétra avant tout le monde et s’aperçut que le sol avait subi des transformations récentes. Plusieurs crevasses s’étaient formées, des masses de porphyre obstruaient le passage; il fallait provisoirement renoncer à définir le désastre.
Une seconde journée passa, funèbre. A cinq heures, l’écoulement souterrain et le remplissage d’un réservoir abaissèrent les eaux à la hauteur de la seconde source, dont l’orifice avait complètement disparu.
A partir de ce moment, la perte cessa; il devint presque inutile de hâter la construction de nouveaux réservoirs. Rem n’en persista pas moins à terminer sa tâche: et, pendant six jours, les hommes et les machines de l’oasis travaillèrent.
A la fin du sixième jour, Targ, harassé et le cœur fiévreux, méditait devant sa demeure. Des ténèbres argentées enveloppaient l’oasis. On apercevait Jupiter; une demi-lune aiguë fendait l’éther: sans doute, la grande planète aussi créait des règnes qui, après avoir connu la fraîcheur de la jeunesse et la force de l’âge mûr, se mourraient de pénurie et d’angoisse.
Erê était venue. Dans un rai de lune, ses grands cheveux semblaient une lumière douce et tiède. Targ l’attira près de lui; il murmura:
—J’avais retrouvé auprès de toi la vie des temps antiques... Tu étais le rêve des genèses...; rien que de sentir ta présence, je croyais aux jours innombrables. Et maintenant, Erê, si nous ne retrouvons pas les sources, ou si nous ne découvrons aucune eau nouvelle, dans dix ans les Derniers Hommes auront disparu de la planète.