Leur vie n’en était pas plus longue: beaucoup de microbes bienfaisants ayant disparu avec les autres, les infirmités propres à la machine humaine s’étaient développées, et des maladies nouvelles avaient surgi, maladies que l’on eût pu croire causées par des «microbes minéraux». Par suite, l’homme retrouvait au dedans des ennemis analogues à ceux qui le menaçaient au dehors, et, quoique le mariage fût un privilège réservé aux plus aptes, l’organisme atteignait rarement un âge avancé.
Bientôt plusieurs centaines d’hommes se trouvèrent réunis autour du Grand Planétaire. Il n’y avait qu’un faible tumulte; la tradition du malheur se transmettait depuis trop de générations pour ne pas avoir tari ces réserves d’épouvante et de douleur qui sont la rançon des joies puissantes et des vastes espérances. Les Derniers Hommes avaient une sensibilité restreinte et guère d’imagination.
Toutefois, la foule était inquiète; quelques visages se crispaient; ce fut un soulagement lorsqu’un quadragénaire, sautant d’une Motrice, cria:
—Les appareils sismiques ne signalent rien encore... La secousse sera faible.
—De quoi nous inquiétons-nous? s’écria la femme aux longs yeux. Que pouvons-nous faire et prévoir? Toutes les mesures sont prises depuis les siècles des siècles! Nous sommes à la merci de l’inconnu: c’est une affreuse sottise de s’enquérir d’un péril inévitable!
—Non, Hélé, répondit le quadragénaire; ce n’est pas de la sottise, c’est de la vie. Tant que les hommes auront la force de s’inquiéter, leurs jours auront encore quelque douceur. Après, ils seront morts dès l’heure de leur naissance.
—Qu’il en soit ainsi! ricana le petit-fils de Dane. Nos joies misérables et nos débiles tristesses valent moins que la mort.
Le quadragénaire secoua la tête. Comme Targ et sa sœur, il avait encore de l’avenir dans son âme et de la force dans sa large poitrine. Son regard clair rencontrant les yeux frais d’Arva, une fine émotion accéléra son souffle.
Cependant, d’autres groupes se rassemblaient aux divers secteurs de la périphérie. Grâce aux ondifères, disposés de mille en mille mètres, ces groupes communiquaient librement.
On pouvait entendre, à volonté, les rumeurs d’un district ou même de toute la population. Cette communion condensait l’âme des foules et agissait comme un stimulant énergique. Et il y eut une manière d’exaltation lorsqu’un message de l’oasis des Terres-Rouges vibra dans la conque du Grand Planétaire et se répercuta d’ondifère en ondifère. Il apprenait que, là-bas, non seulement les oiseaux, mais les sismographes annonçaient des troubles souterrains. Cette confirmation du péril resserra les groupes.